République centrafricaine: Des missionnaires sollicités comme médiateurs
Bocaranga, Centrafrique, 22 octobre 2007 (Apic) Dans un pays à peu près oublié et où sévissent rebelles et bandits, des missionnaires sont chargés de mettre en place des négociations et des entretiens aussi bien avec les bandits qu’avec les groupes rebelles. En l’absence de structures, ils reconstruisent même les ponts détruits par les conflits.
La République Centrafricaine, État de 3,5 millions d’habitants, est confrontée à une situation chaotique, notamment au nord-ouest du pays. Le Père Cipriano VIgo, un Capucin d’Arenzano, en Ligurie (Italie), y vit depuis 1960, date de l’indépendance du pays, colonisé par la Franc. Il avait à l’époque 26 ans . «On peut dire que j’ai vieilli en même temps que le Centrafrique», dit-il. A Bocaranga, où il dirige aujourd’hui une école de catéchistes. Il parle d’un pays abandonné de tous où règne l’instabilité depuis deux ans. «On y trouve des bandits, des rebelles et l’armée : tous contre tous, ce qui donne lieu à des violences et des combats, qui ont poussé des milliers de personnes à abandonner leurs foyers pour trouver refuge dans les campagnes, dans la forêt, en ville (à Bozoum, on en compte au moins 11.000), voire au-delà de la frontière, au Tchad et au Cameroun».
300’000 déplacés
Selon les agences humanitaires, les personnes déplacées s’élèveraient à 300’000. Bandes armées, mouvements rebelles et troupes gouvernementales s’affrontent. Les civils, accusés de part et d’autre d’être ralliés au camp opposé, se retrouvent être les principales victimes de la violence, tandis que les femmes sont souvent violées.
En outre, la malnutrition fait des ravages. Selon les statistiques de l’ONU, chaque semaine, on enregistre dans les districts septentrionaux 450 décès de sous-alimentation infantile.
La mission de paix conjointe des Nations Unies et de l’Union européenne, qui devrait être déployée au Centrafrique et au Tchad au cours des prochains mois, risque de n’avoir que peu de retombées positives sur les populations, prédit le Père capucin, dans la mesure où l’objectif principal du contingent international, sous l’égide de la France, visera le contrôle de la frontière du Darfour, la région occidentale soudanaise où sévit depuis février 2003 un conflit interne.
«Cultiver la terre est devenu dangereux, explique Père Cipriano. Sans les aides de l’Unicef et du Programme alimentaire mondial, la situation serait encore pire. Les grands marchés camerounais de Mbayboum sont devenus inaccessibles eux aussi : les camions sont escortés par les militaires ; ceux qui s’aventurent seuls sont souvent obligés de payer de gros péages illégaux pour pouvoir passer. Et de nombreux villages ont été brûlés.
Dans cette guerre de pauvres contre les pauvres, les missionnaires jouent un rôle de médiation, reconnu également par les parties en cause. Des sources de l’agence MISNA rapportent que plusieurs missionnaires ont été chargés d’organiser des négociations et des entretiens, aussi bien avec les bandits qu’avec les groupes rebelles. Des conseillers proches du président François Bozizé, ainsi qu’un général français ont frappé à la porte d’une mission pour requérir l’intervention des missionnaires en faveur de la pacification de la région»Les missionnaires reconstruisent des ponts, détruits par les combats
«Toujours plus de personnes sont enlevées par des bandes armées qui demandent ensuite le versement de rançons si exorbitantes que les proches se retrouvent obligés de vendre tout ce qu’ils ont», témoigne le capucin. Dans au moins trois cas d’enlèvement, un missionnaire est parvenu à obtenir la libération des otages au risque de sa propre vie. Chaque semaine, les missionnaires rencontrent les rebelles, les bandits et les soldats gouvernementaux ; en même temps, ils reconstruisent des ponts, rouvrent des routes, rétablissent la sécurité. «Moi je reste un optimiste inguérissable», conclut, souriant, Père Cipriano, qui est entouré dans sa tâche de deux autres Italiens, deux Centrafricains et d’un Polonais «Lorsque nous nous déplaçons, nous ne prenons rien avec nous : nous mangeons avec nos gens, parfois nous partageons le même toit, nous vivons avec eux».
Par ailleurs le pape Benoît XVI a reçu samedi 20 le président François Bozizé. Les thèmes concernant le processus de paix récemment lancé dans le pays et le rôle joué par l’Eglise dans les domaines de la santé et de l’éducation ont été abordés. Ainsi que «la nécessité du soutien de la communauté internationale pour que le Centrafrique puisse dépasser l’état de pauvreté» dans lequel il se trouve. (apic/misna/imedia/vb)
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