Philippines: La présidente Arroyo à nouveau au centre d’un scandale de corruption
Manille, 24 octobre 2007 (Apic) L’Eglise catholique des Philippines monte aux barricades pour dénoncer la corruption dans le pays. La présidente Arroyo est à son tour confrontée à la colère des évêques, accusée elle aussi de corruption. Les prélats demandent sa démission. Après avoir obtenu l’éviction des présidents Ferdinand Marcos, en 1986, et Joseph Estrada, en 2001.
Des évêques catholiques des Philippines ont en effet réitéré leurs accusations de corruption, suite à des rumeurs selon lesquelles des employés de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo, confrontée à une nouvelle procédure de destitution, ont corrompu des représentants du Congrès, des gouverneurs et des maires pour qu’ils apportent leur soutien à la présidente en difficulté.
Un porte-parole de la présidente, cité par l’Agence oecuménique ENI, a qualifié les pots-de-vin supposés de «cadeaux», une explication qui n’a fait qu’alimenter la colère des évêques.
«Le mot corruption n’est pas acceptable, même pour les coupables: alors on préfère parler de ’cadeaux’. Pour se sentir bien et échapper aux reproches de sa conscience, les porte-parole de la présidente ont appelé le pot-de-vin un ’cadeau’», a déclaré Mgr Angel Lagdameo, archevêque de Jaro et président de la Conférence épiscopale des Philippines.
La pratique de la corruption, a déclaré l’archevêque, doit être «condamnée de la même manière que le seigneur Jésus Christ a exprimé sa colère face à l’hypocrisie des scribes et des pharisiens». De son coté, Mgr Julio Xavier Labayen, évêque émérite de Infanta, a estimé que «les gens n’ont pas d’autre choix que d’exiger que le leader, le chef exécutif, le commandant en chef, la présidente démissionne et se retire du pouvoir».
Mgr Teodoro Bacani, évêque émérite de Novaliches, a déclaré être attristé par la mollesse des réactions du peuple. Selon lui, la plupart des citoyens sont en train de s’habituer aux fréquentes rumeurs de corruption. Appelant la population à se montrer vigilante envers tout comportement de ce genre, Mgr Bacani a également exhorté l’église catholique à dénoncer ces comportements.
Pression des évêques
«Nous nous devons de faire preuve de conviction dans nos déclarations. Comme l’a dit Saint Grégoire le grand, lorsqu’un berger refuse de parler, il perd ses brebis», a déclaré l’ancien évêque de Novaliches sur la radio catholique philippine Radio Veritas.
Auparavant, le quotidien Philippine Daily Inquirer avait cité – sans les nommer – des représentants du Congrès, qui affirmaient qu’ils avaient reçu de l’argent en liquide suite à une rencontre entre la présidente Arroyo et plus d’une centaine de parlementaires essentiellement favorables au gouvernement.
Le 15 octobre, les gouverneurs provinciaux Eddie Panlilio et Jonjon Mendoza ont déclaré avoir reçu de l’argent liquide d’un représentant du gouvernement non identifié le 11 octobre après une réunion des gouverneurs présidée par Gloria Arroyo. Les gouverneurs Panlilio et Mendoza ont déclaré qu’une personne leur a donné à chacun un sac contenant un demi-million de pesos (8’000 euros).
Eddie Panlilio, ancien prêtre catholique aujourd’hui gouverneur de la province de Pampanga, a déclaré avoir écrit à la présidente pour lui demander d’où provenait l’argent qui lui a été remis et à quel usage il était destiné, lui indiquant qu’il le rendrait s’il n’obtenait pas d’explications.
Sous la pression des évêques, la présidente Arroyo a demandé d’enquêter sur le scandale de corruption présumée. La présidente est confrontée à une nouvelle procédure de destitution en raison d’accusations portant sur l’attribution illégale d’un marché d’Internet à haut débit de plusieurs millions de dollars. Aux Philippines, pays essentiellement catholique, l’Eglise et ses évêques ont contribué à susciter des révolutions populaires qui ont entraîné l’éviction des présidents Ferdinand Marcos, en 1986, et Joseph Estrada, en 2001. (apic/eni/pr)
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