Vendus pour être soldats

New York: Human Rights Watch dénonce l’enrôlement d’enfants dans l’armée birmane

New York, 31 octobre 2007 (Apic) Confronté à une pénurie d’effectifs militaires, le gouvernement birman recrute de force un grand nombre d’enfants comme soldats. Certains n’ont pas plus de 10 ans, dénonce l’organisation Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié le 31 octobre.

«Je ne me rappelle pas quel âge j’avais la première fois que j’ai combattu. Environ 13 ans. Cette fois-là, nous sommes tombés dans une embuscade karenni et quatre de nos soldats sont morts. J’avais peur parce que j’étais très jeune, alors j’ai essayé de repartir en courant mais le capitaine m’a crié: Ne pars pas! Sinon, c’est moi qui vais te tirer dessus! (Aung Zaw, décrivant sa première expérience au combat).

«Ils ont rempli les formulaires et m’ont demandé mon âge. Et quand j’ai dit 16 ans, ils m’ont frappé et le sergent m’a dit: ’Tu as 18 ans. Réponds 18 ans’. Il m’a reposé la question et j’ai dit: ’Mais c’est vraiment mon âge’. Le sergent m’a demandé, ’Alors, pourquoi t’es-tu enrôlé dans l’armée?’J’ai répondu: ’C’était contre mon gré. J’ai été capturé’. Il a dit: ’OK, ferme-la alors’, et il a complété le formulaire. Je voulais seulement rentrer chez moi et je leur ai dit, mais ils ont refusé. J’ai dit: ’Alors, s’il vous plaît, laissez moi simplement donner un coup de fil’. Mais ils ont refusé cela aussi». (Maung Zaw Oo, décrivant son deuxième enrôlement forcé dans l’armée, en 2005).

Un autre garçon a confié à Human Rights Watch qu’il avait été recruté de force à l’âge de 11 ans, en dépit du fait qu’il ne mesurait qu’1m30 et pesait moins de 31 kilos.

Dossiers d’enrôlement falsifiés

Ces trois cas font partie des très nombreux recensés par l’organisation de défense des droits humains dans son rapport de 135 pages intitulé «Sold to be Soldiers: The Recruitment and Use of Child Soldiers in Burma», (New York: Human Rights Watch dénonce l’enrôlement d’enfants dans l’armée birmane: Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats en Birmanie). Les officiers travaillant dans les centres de recrutement falsifient régulièrement les dossiers d’enrôlement afin de faire passer les enfants pour des jeunes de 18 ans, l’âge minimum légal pour le recrutement, dénonce HRW.

Le rapport publié aujourd’hui révèle que les recruteurs de l’armée ainsi que des intermédiaires privés reçoivent des versements en espèces et autres primes pour chaque nouvelle recrue, même si celle-ci viole clairement les normes établies en matière d’âge minimum ou de santé. Les recruteurs ciblent les enfants qui se trouvent dans les gares de trains et d’autobus, sur les marchés et autres lieux publics, et ils les menacent souvent d’arrestation s’ils refusent de s’engager dans l’armée. Certains enfants sont battus jusqu’à ce qu’ils acceptent de se porter «volontaires». Les groupes armés non gouvernementaux, notamment les groupes d’insurgés constitués sur une base ethnique, recrutent et utilisent également des enfants soldats, mais dans des proportions bien moindres, selon HRW.

Enfants obligés de participer à des violations humaines

En règle générale, les enfants soldats suivent un entraînement militaire de 18 semaines. Certains sont envoyés dans des situations de combat quelques jours après leur déploiement dans des bataillons. Les enfants soldats sont parfois obligés de participer à des violations des droits humains tels que des incendies de villages et l’utilisation de civils pour le travail forcé, dénonce HRW. Ceux qui tentent de s’évader ou de déserter sont battus, à nouveau recrutés de force ou emprisonnés.

Tous les ex-soldats interrogés dans le cadre de ce rapport ont signalé la présence d’enfants dans leurs unités d’entraînement. HRW en déduite que des milliers d’enfants sont présents dans les rangs de l’armée, bien que leur prédominance varie considérablement d’un bataillon à l’autre.

En 2004, le gouvernement militaire, connu sous le nom de Conseil d’État pour la Paix et le Développement a formé un comité de hauts responsables chargé de prévenir le recrutement d’enfants au sein de l’armée. Human Rights Watch a constaté que le comité a consacré la majeure partie de ses efforts à dénoncer les nouvelles provenant de l’étranger relatives au recrutement d’enfants. Pas plus tard qu’en septembre, les médias dirigés par l’État ont annoncé que le gouvernement s’attelait à révéler que les accusations d’utilisation d’enfants soldats étaient «totalement fausses». «Le comité gouvernemental chargé de s’attaquer au recrutement d’enfants est une imposture», a déploré Jo Becker, directrice de campagne à la division Droits des enfants de HRW.

HRW annonce qu’un groupe de travail du Conseil de Sécurité de l’ONU va prochainement examiner les violations commises à l’égard des enfants en Birmanie. (apic/com/bb)

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