Une étude à point nommé pour contredire les arguments de l’OMC

Monde: Libéralisation du commerce du riz: une catastrophe pour les riziculteurs

Genève, 8 novembre 2007 (Apic) La libéralisation du commerce du riz a entraîné un accroissement de la faim et de la pauvreté chez les personnes vivant d’une agriculture de subsistance dans au moins trois pays en développement, conclut une étude menée par l’Alliance oecuménique « agir ensemble » (AOAE), basée à Genève. En un mot comme en cent, la libéralisation du commerce du riz est une catastrophe pour les petits producteurs de riz.

Les conclusions de l’étude contredisent l’argument clé des négociations à l’OMC, selon lequel la libéralisation du commerce international aurait pour objectif d’aider les pays les plus pauvres à sortir de leur pauvreté grâce aux exportations.

La publication de cette étude, citée par l’Agence ENI, qui s’intéresse aux conséquences découlant des décisions d’ouvrir les marchés nationaux du riz aux importations étrangères au Ghana, au Honduras et en Indonésie, coïncide avec une étape critique des négociations mondiales sur le commerce qui se poursuivent à Genève en novembre.

« L’accès à une nourriture suffisante et aux moyens de l’acquérir est un droit fondamental de la personne que pratiquement tous les pays ont accepté de défendre », a déclaré Linda Hartke, coordinatrice de l’AOAE. « Cette étude confirme ce que nous suspections, c’est-à-dire que la libéralisation du commerce est utilisée pour créer des conditions injustes qui violent directement ce droit qui est essentiel à la vie. »

L’étude a montré que les riziculteurs ghanéens de Dalun, dans le nord du pays, avaient constaté une chute de 75 % de la demande pour leur production depuis 2000, tandis que le riz provenant des Etats-Unis, du Vietnam et de la Thaïlande a inondé le marché local. Selon cette étude, la production de riz s’est effondrée au début des années 90 au Honduras, lorsque le gouvernement a supprimé les droits de douane et le soutien aux producteurs dans le cadre de programmes du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

A qui profite les mesures

Linda Hartke a précisé à ENI que cette étude est une des premières à se pencher sur l’impact de la libéralisation du commerce du point de vue des droits de la personne. Selon elle, l’étude montre que la réduction des droits de douane et autres mécanismes nationaux de contrôle du marché, la réduction du soutien aux producteurs locaux, ainsi que le niveau élevé du soutien accordé aux producteurs agricoles dans certains pays développés constituent un grave problème. « Ces mesures ont entraîné d’importantes augmentations subites des importations, qui ont anéanti les moyens de subsistance de petits exploitants déjà vulnérables à la pauvreté.

L’AOAE est un réseau international d’Eglises et d’organisations liées à l’Eglise collaborant pour la défense d’intérêts dans les domaines du commerce mondial et du VIH et sidaa. Au nombre de ses membres se trouvent le Conseil oecuménique des Eglises, l’Alliance réformée mondiale, la Fédération luthérienne mondiale, Caritas Internationalis et plus de 100 autres organisations.

Cette étude reflète les affirmations de pays comme le Brésil, selon lesquelles les négociations du Cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce, qui se trouvent à un tournant, n’aboutiront pas si les pays en développement n’obtiennent pas des conditions équitables répondant à leurs besoins.

Un aliment de base, pourtant.

L’étude de l’AOAE soutient l’opinion selon laquelle les politiques de libre-échange aggravent la faim et la pauvreté au lieu de les en libérer. Pour l’étude, le riz a été choisi, car il s’agit d’un aliment de base pour la moitié de la population mondiale, essentiel à la sécurité alimentaire dans le monde entier. Selon l’AOAE, pour deux millions de gens, la principale source de revenus dépend de la production de riz. Parmi eux, 90 % sont des petits exploitants, travaillant généralement sur un lopin de terre de moins d’un hectare, et la plupart d’entre eux sont des femmes.

Linda Hartke a expliqué que les résultats des recherches effectuées au Ghana, au Honduras et en Indonésie démontraient que les riziculteurs, bien qu’ils ne meurent pas de faim, étaient obligés de réduire les dépenses consacrées à l’éducation de leurs enfants, à la santé et, parfois, à l’alimentation, et que les gagnants de l’importation de riz bon marché étaient les entreprises qui importent la céréale et non pas les consommateurs. (apic/eni/pr)

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