Energie consacrée . à affronter les tracasseries administratives

Liestal: Des jeunes s’engagent depuis 10 ans auprès d’enfants en Roumanie

Katharina Rilling, Apic / Traduction: Bernard Bovigny

Liestal, 9 novembre 2007 (Apic) Depuis 10 ans, un groupe de la pastorale catholique des jeunes de Liestal, dans le canton de Bâle-Campagne, se rend chaque été dans un home pour enfants à Verseni dans le nord de la Roumanie. Ces jeunes travaillent pour payer leur voyage, offrent de leur temps aux enfants et doivent même affronter les tracasseries administratives locales.

«Le plus difficile en Roumanie est de surmonter les anciennes structures encore implantées dans l’administration et dans les têtes. Cela nécessite beaucoup d’énergie, de courage et de persévérance. Et si, durant cette semaine estivale, nous pouvons contribuer ne serait-ce qu’avec une petite goutte à procurer une énergie positive, une estime de soi et un peu plus de pouvoir, alors nous voulons être cette goutte».

Ces phrases concluent le cahier empli d’histoires hautes en couleurs rédigé par le groupe de jeunes de Liestal sur son dernier voyage en Roumanie, et sur le bilan de ses dix ans d’expériences, marquées par de nombreux événements.

Encore aujourd’hui, une bonne partie des Roumains vivent comme en Europe il y a 50 ans. Trois des cinq régions les plus pauvres d’Europe sont situées au Nord-est de la Roumanie. C’est dans l’une d’entre elles que se trouve Verseni. Ce village à vocation rurale compte 2’000 habitants. Il n’est traversé que de deux routes, non goudronnées et parsemées de nids-de-poule. En Roumanie, près de 32’000 enfants doivent vivre dans des homes à cause de la misère et 20’000 autres sont placés dans des familles d’accueil.

Enfants dans une situation d’exclusion

Environ 40 enfants de 5 à 16 ans vivent dans le home de Verseni. Malgré le fait que cette institution soit le pourvoyeur d’emplois le plus important du village, ces enfants se trouvent dans une situation d’exclusion. «Les enfants placés en institution n’a pas de valeur pour les gens du village. On les évite. Ils sont traités comme des lépreux», affirme, la gorge nouée, Noëmi. Cette jeune de 20 ans porte visiblement ces enfants dans son coeur. Elle s’est rendue déjà quatre fois à Verseni. Cette femme habituellement joviale, qui suit une formation d’infirmière en pédiatrie, est une des 18 jeunes de 17 à 25 ans qui vont chaque année en Roumanie visiter les enfants placés dans cette institution à Verseni.

Sur place, durant une semaine, ils accomplissent des promenades jusqu’au fleuve de la Moldau, ils font des bricolages, jouent et chantent avec les enfants. Le programme et les thèmes sont définis en détails par les jeunes en Suisse, et le matériel est emporté avec eux. Cela permet d’économiser un temps précieux en Roumanie.

«Il est étonnant de voir à quel point les enfants sont malhabiles avec les ciseaux et la colle. Ce n’est pas qu’ils soient stupides. Ils ne les connaissent simplement pas. Mais ils apprécient beaucoup». Thierry Moosbrugger sourit en entendant cela. Le responsable de la pastorale catholique des jeunes (Juseso) de Liestal accompagne des groupes depuis dix ans à Verseni. Il se souvient des débuts de ce projet et du premier voyage dans cette région pauvre, qui a impressionné et secoué les participants. «En fait, tout est dû au hasard. J’avais visité une amie en Roumanie et j’ai été tellement impressionné par la situation que j’ai voulu la montrer aux jeunes de la Juseso.»

En 1997, il leur propose de se rendre sur place en lançant un projet sur le thème: «Qui veut déjà aller en Roumanie?». Dix jeunes ont répondu: «Moi!». Et sont partis visiter le pays et ses habitants. Ils ont été impressionnés par les conditions de vie des gens, et en particulier par les enfants placés dans le home de Verseni, qu’ils ont pu rencontrer grâce aux personnes de contact sur place en Roumanie.

«Alléger la mauvaise conscience d’Occidentaux gâtés»

Les jeunes Suisses ont continué à se rencontrer et ont cherché ensemble comment véritablement apporter une aide. Quel sens donner à leur action? Comment éviter le piège d’alléger la mauvaise conscience «d’Occidentaux gâtés»? Le groupe a finalement décidé de ne pas simplement apporter de l’argent à un projet en Roumanie, mais d’offrir de son temps aux enfants défavorisés placés dans cette institution.

Lorsque le groupe dispose d’un peu d’argent, il soutient des projets qui garantissent un peu d’amélioration de vie dans le foyer pour enfants, même s’il ne s’agit souvent que d’objets considérés comme usuels par les Occidentaux, comme des ampoules ou des portes en bon état. Le projet de partenariat n’est soutenu financièrement par aucune organisation. Une part du montant nécessaire aux voyages provient de donateurs, mais les jeunes doivent assurer la plus grande part des frais par des actions entreprises durant l’année: disco rétro, collectes lors de célébrations, ainsi que des actions ponctuelles comme le «Crazy Challenge». Il consiste à réaliser ensemble des tâches et des défis à priori impossibles, comme «Organisez un Marché de Noël!». Cette année, ils ont mené à terme une party, avec un programme musical au goût du jour, de tendance «house».

Des débuts difficiles

Au tout début, les jeunes Suisses se sentaient insécurisés. Les enfants roumains ne prêtaient simplement aucune attention aux nouveaux visages et détournaient leur regard. Plus tard, le groupe a appris que les petits Roumains se réjouissaient de les rencontrer depuis plusieurs semaines, et n’avaient pas d’autre sujet de conversation que la visite des étrangers. Mais ils étaient simplement trop timides.

Depuis le premier voyage, il y a toujours eu de nombreux obstacles et problèmes, relève Thierry Moosbrugger. Un montant minimal est versé par le gouvernement pour chaque enfant placé en institution. Mais il ne suffit que pour assurer le strict nécessaire. «J’ai l’impression que le gouvernement tente d’empêcher le concept couronné de succès du foyer pour enfants, ainsi que notre soutien».

L’animateur de jeunes est en colère. Et lorsqu’il évoque le dernier voyage accompli par le groupe, il n’arrête pas de secouer la tête, avant de raconter les chicanes du gouvernement dont il a été victime: «Nous avons tous dû nous soumettre à un test psychologique absolument risible: dessiner des arbres, et qualifier des visages de sympathiques ou non. On a ainsi voulu vérifier si nous étions pédophiles».

Et avant le test, ils ont dû faire parvenir un curriculum vitae, une demande d’autorisation de voyage en Roumanie pour chaque membre du groupe, un extrait du casier judiciaire, une expertise psychiatrique, des références, une attestation médicale et une copie du passeport.

Les invraisemblables tracasseries du gouvernement

Thierry Moosbrugger pourrait raconter d’innombrables autres histoires illustrant la façon dont le directeur du foyer, Ionel Ipate, subit des tracasseries. Le montant pour les frais d’essence suffit pour 100 litres par mois. Tout ce qui dépasse doit être payé par lui. Un litre coûte un euro, ce qui correspondrait chez nous, en se basant sur le montant des salaires, à environ 33 francs. Or, Ionel Ipate doit se rendre trois fois par semaine au département de l’instruction publique, ce qui représente 500 kilomètres par mois. Et son foyer pour enfants reçoit le même montant que ceux qui sont implantés dans la ville où se trouve le département de l’instruction publique.

Des collègues demandent souvent à Ionel Ipate: «Pourquoi t’engages-tu ainsi? Ca n’apporte rien!» Sa réponse: «C’est pour les enfants» ne provoque que des réactions de scepticisme. D’ailleurs, le premier principe en vigueur en Roumanie est: Ne t’engage jamais pour les autres. Le deuxième: Ne t’attends jamais à être soutenu par tes supérieurs dans ton engagement.

Ionel Ipate s’est heurté à ces principes. Depuis qu’il est devenu directeur de ce home, en 1999, il a fait d’un foyer en situation de désolation et menacé de fermeture un projet pilote, qui fait fureur dans tout le pays. La combinaison du home et d’une ferme avec ses propres légumes, ainsi que des vaches, des poules et des porcs ne sert pas seulement aux propres besoins de la maison, mais constitue pour elle une source de revenus. Les porcs sont appréciés dans toute la région en raison de leur qualité. Les enfants participent activement aux travaux de la ferme. Le foyer est ainsi cité comme un modèle dans le pays. La Banque européenne a d’ailleurs soutenu financièrement deux des trois maisons de l’institution.

«Je n’ai plus goût à rien. Je suis comme saturé. Je suis à bout de souffle.» Le groupe de jeunes Suisses entend ces plaintes de la part de Ionel Ipate lors de chaque arrivée en Roumanie. Ils se mettent à son écoute, et tentent de lui communiquer des forces et de l’estime de soi. Et au milieu de la semaine, il affirme déjà: «L’an prochain, nous entreprenons ça et ça .».

Encadré:

La pastorale des jeunes dans le décanat de Liestal

La pastorale régionale des jeunes (Jugendseelsorge / Juseso) dans le décanat de Liestal est un service de l’Eglise catholique. Elle est portée par les paroisses de Pratteln, Frenkendorf-Füllinsdorf, Liestal, Oberdorf, Sissach et Gelterkinden. Ce service soutient la pastorale des jeunes dans ces paroisses et propose certaines activités. L’engagement en Roumanie est le seul projet diaconal dont la responsabilité est assumée par des jeunes dans le canton de Bâle-Campagne, affirme le Juseso sur son site internet. (www.verseni.ch).

Avis aux rédactions: Des photos gratuites peuvent être commandées à l’agence Apic/Kipa à l’adresse courriel kipa@kipa-apic.ch.

(apic/khr/bb)

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