La multinationale glisse sur une peau de banane, avec les Auc

Chiquita devant une Cour d’assise de New York: jugés pour crimes de guerre en Colombie

New York, 15 novembre 2007 (Apic) Une requête de dommages-intérêts «record» pour complicité de «terrorisme, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, exécutions arbitraires et tortures» en Colombie – pour un total de 7,8 milliards de dollars – a été déposée auprès d’une Cour du district sud de New York contre la société bananière américaine «Chiquita Brands International».

Les demandeurs sont 393 proches de victimes des paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (Auc). «Chiquita» avait déjà avoué en mars avoir versé de 1997 à 2004, par le biais de sa filiale colombienne ’Banadex’, au moins 1,7 million de dollars «pour la protection de ses employés», dans les régions septentrionales d’Urabá (Antioquia) et de Santa Marta (Magdalena). Les Auc agirent en tant que «milices privées» se consacrant – selon les termes du procureur général colombien Mario Iguarán – «à la répression indiscriminée» des syndicalistes et des ouvriers agricoles dans les zones bananières.

Outre le fait d’avoir «embauché» les Auc, responsables d’atroces massacres de civils pendant plus de 20 ans – et qui figurent aussi sur la liste des organisations terroristes du Département d’État nord-américain depuis le 11 septembre 2001 – «Chiquita» aurait expressément requis, selon Jonathan Reiter, avocat des plaignants, la «collaboration» des escadrons de la mort paramilitaires «afin de contrôler tous les aspects de la distribution et de la vente de bananes en semant la terreur», par le biais par exemple de l’expropriation forcée de terrains et de plantations appartenant à des familles de paysans.

Vaste trafic

«Les objectifs communs et les bénéfices réciproques de la conspiration entre ’Chiquita’ et les Auc incluaient également le contrôle politique, militaire et économique des régions bananières», lit-on dans la plainte. La compagnie, ajoute le texte cité par Misna, ne se serait pas limitée à payer le mouvement d’extrême droite mais aurait en plus «faciliter» le réapprovisionnement en armes : il est fait ici référence à au moins cinq chargements d’armes, dont un de plus de 3000 fusils Ak-47 et de 5 millions de munitions, arrivé en 2001 au port privé de ’Chiquita’ à Turbo et destiné aux paramilitaires.

Les ports privés de la compagnie auraient également été utilisés «pour l’exportation illégale de grandes quantités de drogue, spécialement de cocaïne». «J’espère – a encore dit l’avocat Reiter – que cette procédure enverra un message clair aux sociétés qui travaillent en Amérique latine ou où que ce soit dans le monde, qu’elles ne pourront échapper à la justice américaine si elles collaborent avec les terroristes». Une plainte analogue avait été présentée en juin contre ’Chiquita’ par les parents de 173 victimes des paramilitaires. Parce qu’elle avait avoué publiquement en mars avoir payé les Auc, la compagnie s’en était sortie avec une amende de 25 millions de dollars qu’un tribunal de Washington D.C. lui avait ordonné de payer. (apic/misna/pr)

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