Le Vatican inquiet

France: Le Sénat met la pilule abortive à la Sécu

Rome, 19 novembre 2007 (Apic) Le Sénat français a adopté, dans la nuit du 16 au 17 novembre 2007, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008. La pilule abortive (RU 486) pourra être délivrée par les médecins des centres du planning familial à partir de janvier prochain. Interview d’un membre de l’Académie pontificale pour la vie.

En France, l’avortement médicamenteux (par la pilule abortive RU 486) ne pouvait être prescrit que par les gynécologues, les généralistes, le personnel médical scolaire et par les médecins hospitaliers. Dans une interview accordée à I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, Mgr Jacques Suaudeau, médecin et membre de l’Académie pontificale pour la vie, commente ce changement important dans l’accessibilité à la pilule abortive dans l’Hexagone.

Q. Autorisée en France depuis 1975, comment l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a-t-elle évolué depuis ?

Mgr Suaudeau: En 2004, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse en France était évalué à 210 664, soit une hausse annuelle de 1,8 % depuis 1995. Ce chiffre n’inclut pas les interruptions médicales de grossesse, 6000 par an, et la soi-disant ’contraception d’urgence’. Le nombre d’IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans est ainsi passé de 12,3 en 1995 à 14,6 en 2004. Le nombre d’IVG chez les mineures, en constante progression depuis 1990, a atteint 11 500 en 2004, soit une jeune fille de 15-17 ans sur 100. Paradoxalement, on observe que cette augmentation du nombre des avortements en France va de pair avec l’augmentation de l’utilisation de la contraception, de plus en plus habituelle chez les jeunes. La France est un des pays qui a le plus recours à la contraception dans le monde. Depuis 1975, elle semble s’être lancée dans une véritable fuite en avant face au problème de l’avortement, avec un double langage: officiellement, on se lamente des chiffres toujours en hausse de l’avortement, de ce qu’ils traduisent des mentalités et de l’état des ’valeurs’, et aussi, de ce qu’ils font craindre pour l’avenir économique du pays. C’est le déclin démographique. Tandis que, sur le plan pratique, tout semble être fait pour aggraver la situation.

Q. Une plus large diffusion des méthodes contraceptives n’a donc pas fait diminuer le nombre des avortements ?

Mgr Suaudeau: Les chiffres montrent en effet clairement que le développement de la contraception n’a pas fait décroître le nombre d’avortements, comme on ne cesse pourtant de le prédire depuis 1968. Il semble en fait l’accompagner. Ceci est encore plus vrai en ce qui concerne la ’contraception d’urgence’. Ce sont les jeunes filles et les femmes qui ont déjà recours à la contraception qui demandent par la suite une IVG, en cas d’échec ou d’oubli de cette contraception. En d’autres termes, la diffusion de la mentalité contraceptive, de refus de l’enfant, introduit à la mentalité abortive, d’élimination de l’enfant. Un examen objectif de ces chiffres devrait dissiper les illusions soigneusement entretenues sur les mérites de la contraception et de la ’pilule du lendemain’ comme armes pour faire tomber le nombre d’avortements provoqués.

Q. Que pensez-vous de l’accessibilité plus grande à l’avortement médicamenteux depuis janvier 2008 ?

Mgr Suaudeau: En partie remboursés par la Sécurité Sociale, pouvant être prescrits par un médecin depuis 2004, les avortements ’médicamenteux’ ont rapidement augmenté en France. Ils représentaient 14 % des avortements en 1990 et, en 2004 ils ont atteint 42 %. On a voulu mettre à la portée de toutes les femmes cette possibilité de mettre fin ’à moindres frais’ à leur grossesse, et maintenant on envisage de faire délivrer la mifépristone (RU 486) par les centres de planning familial, pour faciliter encore le recours à la pilule RU 486, en particulier par les femmes les plus déshéritées, les plus ’fragiles’ psychologiquement ainsi que pour les adolescentes. Quant on sait que c’est justement dans ces cas de ’femmes très seules’ que la contraception médicamenteuse doit être plus particulièrement évitée, il y a dans cette proposition une gageure, si ce n’est une pure contradiction.

Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard. I.MEDIA (apic/imedia/ami/vb)

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