Cuba: L’athéisme officiel n’a pas pénétré profondément l’âme du peuple cubain
Eichstätt, 19 novembre 2007 (Apic) L’athéisme officiel imposé depuis des décennies par le régime castriste n’a pas pénétré profondément l’âme du peuple cubain. Près de 90% des Cubains croient toujours en Dieu, estime le cardinal Jaime Ortega. L’archevêque de La Havane participait en fin de semaine à la huitième édition du «pont» entre l’Eglise catholique à Cuba et le diocèse d’Eichstätt, en Bavière.
Etre chrétien à Cuba exige le courage de nager à contre-courant, «et en Europe, nous pouvons beaucoup apprendre de vous», a souligné l’évêque d’Eichstätt, Mgr Gregor Maria Hanke, en relevant en particulier l’engagement personnel du cardinal Jaime Ortega.
Cette 8e session internationale du programme de dialogue avec Cuba, qui s’est tenu à Eichstätt les 16 et 17 novembre, avait pour thème l’humanisation et la société à Cuba aujourd’hui, et les défis que cela représente pour la chrétienté.
Certes, a relevé le cardinal Ortega, l’athéisme prêché officiellement depuis plus de 30 ans est resté en surface, et la foi en Dieu est restée quasiment constante au sein de la population cubaine. La population croyante atteint aujourd’hui encore un pourcentage de 90%.
Malgré ces chiffres réjouissants, note-t-il, on constate tout de même une certaine superficialité face à la réalité religieuse. Le cardinal relève qu’en moyenne le Cubain n’a pas, dans son approche de la foi, la profondeur que la question de la relation de l’Homme à Dieu mériterait. Il s’en approche avec la superficialité que l’on a à propos de thèmes comme la mode ou son sport préféré, lance-t-il.
Les cultes afro-cubains se développent
C’est à l’époque où l’Etat imposait à l’Eglise de se taire à propos de l’existence de Dieu que s’est développée la tendance des cultes afro-cubains. «On prend part à ces rites quand on a envie ou quand on peut; il n’y a pas de grandes exigences morales et les éléments magiques offrent la paix ou la sécurité du moment qu’on les pratique», souligne le cardinal cubain. La publicité touristique fait la promotion de ces cultes «typiquement cubains», en popularisant ce syncrétisme composé de danses, de chants et de folklore.
Face à ce développement des cultes syncrétistes, à l’ésotérisme et à la magie, le cardinal Ortega se montre pourtant convaincu que le rôle central de l’Eglise catholique se maintiendra dans la société cubaine postmoderne. Le redécouverte du rôle historique de l’Eglise à Cuba va dans ce sens. L’Eglise jouit d’une bonne réputation pour son engagement social dans le passé mais également aujourd’hui. La sympathie à son égard a progressé dans ces temps de difficultés économiques et aussi à une époque où elle a connu l’oppression. «L’indépendance de l’Eglise cubaine et son unité face au pouvoir politique suscitent l’admiration», affirme l’archevêque de La Havane.
Soulignant que les rythmes du monde ne sont pas ceux de l’Eglise et que l’Eglise ne doit pas rechercher la reconnaissance de ce monde, le cardinal Ortega voit dans les temps actuels une grande chance pour l’Eglise, en raison notamment de sa «catholicité», du fait qu’elle se comprend comme une grande famille dotée d’une histoire bimillénaire. (apic/kna/be)
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