Rome: Le Vatican salue la possibilité de créer des cellules souches sans embryon

Mgr Sgreccia met en garde contre «le machiavélisme éthique»

Propos recueillis à Rome par Hervé Yannou

Rome, 22 novembre 2007 (Apic) Le Vatican salue la possibilité de créer des cellules souches sans embryon. Le président de l’Académie pontificale pour la vie, salue cette avancée. Mais met en garde contre «le machiavélisme éthique».

Après la découverte simultanée par une équipe japonaise et américaine d’un nouveau procédé révolutionnaire réussissant à transformer des cellules de peau humaine en cellules souches, et l’annonce par Ian Wilmut, le «père» du premier mammifère cloné de l’abandon de ses recherches sur le clonage, une nouvelle page du débat bioéthique semble s’ouvrir, estime-t-on au Vatican.

Mgr Elio Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie, salue cette avancée tout en mettant en garde contre «le machiavélisme éthique». Il a répondu aux questions d’I.Media, partenaire romain de l’Apic.

Q.: Comment réagissez-vous à l’abandon par Ian Wilmut, le «père» de Dolly, de ses recherches sur le clonage ?

Mgr Sgreccia: Nous sommes heureux qu’un scientifique de ce niveau ait abandonné la voie du clonage et celle de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Les raisons de son choix sont scientifiques et répondent à des critères d’efficacité. La voie du clonage est inefficace, incertaine et coûteuse. La nouvelle recherche qui se profile ne semble pas devoir poser de problèmes éthiques. Développée aussi aux Etats-Unis, elle semble avoir rejoint une certaine maturité. L’Eglise catholique a toujours soutenu l’illégitimité du clonage humain et combattu la destruction de cellules souches, même dans un objectif thérapeutique, au nom de la dignité humaine. C’est une règle fondamentale que chaque scientifique devrait comprendre même face à l’argument de l’efficacité scientifique.

Q.: Soutenez-vous la nouvelle technique de production de cellules souches mise au point par une équipe japonaise et américaine ?

Mgr Sgreccia: Le professeur Shinya Yamanaka, de l’université de Kyoto, a participé l’année dernière aux travaux de l’Académie pour la vie, ici, au Vatican. A l’heure actuelle nous tenons son processus pour licite, sous réserve de vérifications ultérieures. Pour le moment, ce protocole semble préservé de problèmes éthiques. Il pourrait aussi être le plus économique. L’Eglise ne se soucie pas de processus techniques, elle relève seulement si un procédé lèse ou non la dignité humaine. Pour le reste, la science est libre de ses recherches en recourant à un large horizon technique. Mais sur le long terme, l’éthique de la recherche scientifique et l’efficacité thérapeutique doivent finir par coïncider.

Q.: La recherche sur le clonage et les cellules souches a toujours été présentée comme un moyen pour sauver des vies, alors pourquoi la condamner ?

Mgr Sgreccia: Nous ne condamnons pas les fins. Nous condamnons les moyens. On ne peut pas faire du bien à quelqu’un en faisant du mal à un autre, on ne peut sauver la vie d’une personne en en tuant une autre. C’est du machiavélisme éthique, un utilitarisme insensible et aveugle. Une vie humaine en vaut une autre.

Le reste, c’est de l’instrumentalisation. Je sais qu’il y a un courant scientifique qui estime qu’un embryon humain n’a pas la même valeur qu’un malade d’Alzheimer ou qu’un autre malade atteint d’une maladie dégénérative. Mais pour une bonne recherche science, pour une philosophie juste et pour les droits de l’homme, un être humain est égal à un autre. La voie à suivre est celle des bons moyens pour arriver à de bonnes fins. Ceci est valable dans le domaine politique, économique et scientifique. (apic/imedia/hy/pr)

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