Espagne: Demande de pardon de l’Eglise pour son attitude durant la guerre civile
Madrid, 23 novembre 2007 (Apic) La demande de pardon de l’Eglise pour son attitude durant la guerre civile en Espagne (1936-1939), énoncée très prudemment lundi par Mgr Ricardo Blazquez Perez en ouverture de l’assemblée générale de la Conférence épiscopale espagnole (CEE), suscite la critique dans ses propres rangs. L’archevêque de Séville, le cardinal Carlos Amigo Vallejo, a expliqué que le président de la CEE a parlé uniquement à titre personnel et pas au nom de tous les évêques espagnols.
L’évêque de Bilbao et président de la CEE a, sur la pointe des pieds, rompu le long silence de l’Eglise sur son passé aux côtés du régime franquiste. Il a demandé pardon pour des «agissements concrets» durant cette période dramatique de l’histoire espagnole. Mais cet aveu ne fait pas le bonheur de tout le monde, surtout pas au sein de l’épiscopat, où le discours de son président s’est heurté chez la plupart des prélats à un silence révélateur.
Cette demande de pardon au suscité la grogne dans les rangs du Parti populaire, le PP, qui mène une opposition virulente au gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. «Bien que ce ne fut pas sa volonté, Mgr Blazquez a suscité une controverse», affirme ainsi Jorge Fernandez Diaz, député du PP. Le gouvernement espagnol et le parti socialiste (PSOE) par contre ont salué les déclarations du président de l’épiscopat espagnol.
Elles ont été considérées pourtant comme «insuffisantes» par des partis de gauche comme Izquierda Unida (IU) et les républicains indépendantistes catalans d’Esquerra Republicana Catalunyia (ERC).
PSOE qui rit, PP qui pleure
L’évêque de Bilbao, au Pays basque, une région qui a terriblement souffert de la répression franquiste, avait pourtant déclaré lundi ne pas vouloir retourner au passé pour rouvrir des blessures et attiser les rancoeurs. Son discours se situe dans le contexte de la récente béatification des martyrs espagnols tués durant la guerre civile et de la Loi sur la mémoire historique voulue par les victimes du franquisme. Ainsi le ministre de la Justice espagnol Mariano Fernandez Bermejo a salué les déclarations de Mgr Blazquez, estimant qu’elles «l’honorent».
Mais du côté de la gauche plus radicale, le président du groupe parlementaire de IU-ICV, Gaspar Llamazares, a demandé à l’Eglise espagnole de condamner le franquisme de vive voix, «avec la bouche grande ouverte». Le PP, héritier du franquisme, a quant à lui tenté de minimiser la portée des paroles du président de la Conférence épiscopale. Son porte-parole au Congrès, Eduardo Zaplana, a déclaré ne pas donner «la plus minime importance» aux déclarations de Mgr Blazquez, qui s’inscrivent dans le discours habituel des évêques sur le pardon et la réconciliation entre les personnes touchées par la guerre civile.
D’ordinaire, le PP cherche l’appui des évêques espagnols. L’Eglise espagnole n’est pas coutumière de critiquer sa propre attitude durant la dictature franquiste, préférant rappeler qu’elle fut victime de l’anticléricalisme de la part des Républicains espagnols. (apic/com/be)
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