Irak: L’élévation au cardinalat du patriarche Delly attire l’attention sur le sort des chrétiens
Bagdad/Rome, 26 novembre 2007 (Apic) L’élévation au cardinalat du patriarche chaldéen de Bagdad, Emmanuel-Karim Delly, lors du consistoire de samedi, attire l’attention du monde sur le sort des chrétiens d’Irak.
Ces derniers font l’expérience dans leur propre chair des conséquences dramatiques d’un conflit qui persiste et vivent maintenant dans une position délicate et fragile, a laissé entendre le pape Benoît XVI.
Le cardinal Delly a déclaré qu’il resterait en Irak pour continuer d’agir auprès des responsables politiques et religieux afin de travailler ensemble pour créer un climat de paix et améliorer la sécurité dans le pays. Le patriarche chaldéen de Bagdad a assuré que quand il voyage à l’étranger, où se trouvent déjà plusieurs millions de réfugiés irakiens, il essaye de convaincre tous ceux qui ont quitté le pays de retourner en Irak et les invite à rentrer construire le pays tous ensemble.
La communauté chrétienne d’Irak décimée par les départs
On estime que la moitié des 700’000 chrétiens (3% de la population irakienne) qui vivaient entre Tigre et Euphrate avant l’invasion américaine de mars 2003 sont désormais des réfugiés. Certains se sont réfugiés près de Mossoul – dans la Plaine de Ninive – , dans la région du Kurdistan, d’autres ont cherché leur salut hors des frontières, en Jordanie, en Syrie, au Liban, voire plus loin encore.
Beaucoup de réfugiés qui ont fui le pays n’ont pas l’intention de revenir, a déclaré à l’agence de presse catholique américaine CNS Joseph T. Kassab, directeur exécutif de la Fédération chaldéenne d’Amérique, basée à Farmington Hills, dans le Michigan. «Ils ont beaucoup de mauvais souvenirs, ils sont sans le sou, leurs maisons ont été occupées par d’autres. Des quartiers entiers ont été vidés de leur population chrétienne, c’est une véritable épuration ethnique!»
Joseph Kassab relève que la situation était si dangereuse pour la petite minorité chrétienne de Bassora, un bastion chiite, qu’il y a un an, le pape a déplacé son frère, l’évêque chaldéen de la ville, Mgr Djibrail Kassab, pour le nommer en Australie, à la tête de l’éparchie de St-Thomas l’Apôtre, à Sydney.
Le cardinal Delly a souligné que le Premier ministre irakien, le président et le parlement avaient tous envoyé des délégations à Rome pour le consistoire. Il y avait même des représentants politiques du Conseil suprême islamique irakien, un parti chiite qui est l’un des plus puissants d’Irak, et des émissaires du gouvernement régional du Kurdistan irakien.
La délégation officielle irakienne, forte de 20 membres, était conduite par la ministre des Droits humains, Wijdan Mikhail Salim, une catholique chaldéenne, qui a exprimé l’espoir que l’élévation au cardinalat du patriarche Delly soit un «bien pour tout l’Irak». Elle a assuré que le gouvernement irakien ne souhaite pas que les chrétiens quittent le pays, car il veut que tous les groupes vivent ensemble harmonieusement. Le gouvernement essaye d’améliorer la sécurité pour tous, a-t-elle assuré.
La ministre irakienne a souligné que son gouvernement désirait exprimer ses remerciements au pape Benoît XVI pour avoir attiré l’attention du monde en élevant le patriarche Delly au cardinalat. Elle a remercié l’Eglise catholique pour son soutien à tout le peuple irakien, pas seulement aux chrétiens. Bien que des églises, des mosquées et des responsables religieux aient été souvent la cible d’attentats à la bombe ou de kidnappings, Wijdan Mikhail Salim estime que la guerre qui frappe l’Irak depuis plusieurs années n’est pas un conflit religieux. C’est l’oeuvre de «criminels, de terroristes et d’autres groupes (.) qui se cachent derrière des symboles religieux tout en poursuivant des buts politiques».
«Tous les chrétiens doivent quitter l’Irak»
Bien que le discours officiel tende à minimiser les attaques spécifiques contre une présence chrétienne qui remonte aux premiers siècles, la petite minorité chrétienne subit des agressions ciblées: présent à Rome pour le consistoire, le Père Salem Basel Yaldo, 37 ans, vice-recteur du grand séminaire Saint-Pierre à Bagdad, a été enlevé durant trois jours par des inconnus en septembre de l’année dernière. C’était suite au discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne.
Le pape avait fait scandale en milieu musulman en citant, le 12 septembre 2006 à l’Université de Ratisbonne, un empereur byzantin, Manuel II Paléologue, qui interrogeait l’islam sur ses rapports à la raison et à la violence. Les menaces contre le prêtre avaient été telles qu’il a dû être transféré de Bagdad dans une paroisse du Michigan. Le Père Yaldo a été battu si violemment qu’il a mis du temps à pouvoir remarcher correctement. Le prêtre irakien a précisé à CNS qu’il n’a pas été enlevé pour de l’argent, mais à la condition qu’il fasse comprendre au patriarche «que tous les chrétiens devaient quitter l’Irak».
Le Père Yaldo précise que lui et sa famille ont été menacés de mort et qu’il est encore trop dangereux pour lui de retourner en Irak. Les membres de sa famille ont dû rester au pays, car ils n’ont pas les moyens financiers de se déplacer. «De plus, ils ne peuvent pas obtenir de visas, et s’ils abandonnent leur maison, elle sera prise par des musulmans», ajoute-t-il. JB
Encadré
Le chef de l’Eglise anglicane critique la politique américaine en Irak
L’archevêque de Canterbury Rowan Williams, chef de l’Eglise anglicane d’Angleterre, a pour sa part vivement critiqué la politique menée par les Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. Le primat de l’Eglise anglicane a dénoncé la politique étrangère «hégémonique» des Etats-Unis, dans un entretien au magazine musulman britannique «Emel». Pour Rowan Williams, les Etats-Unis ont désormais perdu leur supériorité morale depuis les attentats du World Trade Center.
Le prélat anglican souligne que pour regagner cette place, les Américains devraient mettre en place un programme d’assistance «généreux aux sociétés qui ont été ravagées», limiter l’exploitation économique des territoires vaincus et en retirer leurs forces armées.
Dans une première réaction, l’ambassade américaine à Londres a rejeté les accusations selon lesquelles les Etats-Unis n’aidaient pas à la reconstruction des pays touchés par la guerre. Elle affirme que les Etats-Unis sont «le plus grand donateur d’aide de tous les pays du monde» et que des «milliards de dollars d’aide financière, technique et médicale» ont été donnés à la population irakienne. (apic/cns/bbc/be)
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