Venezuela: La politique de Chavez passe par les urnes, dimanche lors du référendum

Eglise et opposants mobilisés pour faire passer le «non»

Pierre Rottet, Apic

Caracas, 27 novembre 2007 (Apic) Le président Hugo Chavez pourrait bien perdre dimanche son pari d’une dixième victoire devant les électeurs, avec son référendum visant la réforme de la Constitution. Eglise catholique et opposants sont mobilisés pour faire passer le «non». Une victoire lui assurerait cependant d’asseoir pour longtemps sa politique socialiste bolivarienne commencée en 1998, avec les outils pour la mener à bien, y compris en semant la zizanie dans le concert d’une diplomatie peu habituée à un langage aussi peu orthodoxe de la part d’un chef d’Etat.

De Washington à Bruxelles, en passant par Bogota et Madrid – pays avec lesquels Chavez vient de «geler les relations diplomatiques» -, des mains se frottent déjà, y compris au niveau de la hiérarchie de l’Eglise catholique vénézuelienne, violemment opposée à ce référendum. Les derniers sondages ne sont guère favorables au trublion de l’Amérique du Sud, un «président grande gueule» qui dérange. Y compris le roi d’Espagne avec son désormais célèbre «Pourquoi tu ne te tais pas», lâché le 10 novembre au Chili.

Une suggestion que souhaitent bien entendu les opposants de Chavez au Venezuela, qui se sont montrés plus d’une fois dans les rues de Caracas pour défendre la démocratie, disent-ils. La campagne a du reste été émaillée par de nombreuses violences qui ont fait plusieurs victimes. Des manifs souvent emmenées par les étudiants, accusés par le président de n’être que «des fils à papa».

Un raccourci qui a au moins le mérite de situer le clivage dans ce pays divisé entre pro et anti-chavistes. Ce dont en profite une partie des étudiants qui mènent la danse des manifestations qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes, au-delà des partis politiques discrédités par les échecs essuyés pour renverser Chavez.

Les dirigeants estudiantins accusent le pouvoir chaviste d’armer les milices urbaines pour attiser la violence. Une accusation que retourne le palais présidentiel contre les partisans du «non» au référendum, au sein desquels est venu se joindre l’ancien ministre de la défense et général à la retraite Raul Baduel, qui vient de tourner le dos à Chavez.

Pas social en avant ou menace de dictature?

Le référendum de dimanche permettra à 16 millions d’électeurs de rejeter ou d’approuver la réforme de 69 articles constitutionnels. 30 ont été proposés par le président Chavez, dans la foulée du programme qui lui a valu d’être réélu à 63 % en décembre 2006. 39 autres ont été ajoutés par l’Assemblée nationale au terme de discussions avec des collectifs citoyens. La réforme porte «essentiellement sur la généralisation de la démocratie participative, devenant le pilier de l’Etat, et la protection sociale pour tous les travailleurs».

Après huit ans de révolution, assure-t-on dans les rangs du pouvoir, il s’agit d’adapter les institutions politiques aux besoins sociaux. Hormis la fin de la limitation du nombre de mandats présidentiels, le projet de Chavez comprend des mesures comme la réduction du temps de travail, le financement des municipalités, l’amélioration des services sociaux, de la santé et de l’éducation.

Les «ennemis» de Chavez, à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, voient dans ce référendum une volonté de se maintenir au pouvoir contre vents et marées, l’instauration d’une présidence à vie, en d’autres termes, l’ébauche d’une dictature inspirée du régime castriste. La hiérarchie de l’Eglise catholique au Venezuela fait partie du camp réfractaire, contrairement à un certain clergé, prêt à appuyer Chavez sur le terrain de l’action. Le clivage est à l’image du pays. Profondément divisé.

En octobre, les évêques clamaient haut et fort leur opposition, estimant «inacceptable» la proposition de Réforme constitutionnelle parce que nuisible aux droits fondamentaux de la démocratie». Le climat entre évêques et le président n’a jamais cessé de se détériorer, depuis l’appui apporté par l’épiscopat à la tentative avortée du putsch en 2002. Un climat qui risque fort de se détériorer, avec le violent appel, le 26 novembre, sous forme de tract, de l’épiscopat à voter «non» à un référendum jugé «immoral». (www.cev.org.ve)

Sondages contradictoires

Dans ce concert parfois virulent de critiques, Chavez peut néanmoins compter sur des alliés de poids en Amérique latine, à commencer par le Nicaragua, l’Equateur, la Bolivie, Cuba bien entendu, et même le Brésilien Lula, qui soutient ouvertement le référendum. Ceci expliquant cela: des évêques du continent américain réunis en octobre au Vatican avaient déploré «la montée d’un courant néo-marxiste dans certains pays du continent», il est vrai de plus en plus marqué des couleurs rose et rouge.

A en croire les sondages aussi peu fiables les uns que les autres selon leur provenance, Chavez pourrait donc être battu dimanche soir. D’après le quotidien de l’opposition «El Universal», les partisans du «non» sont crédités de 38%, contre 26% pour le «oui». Des chiffres inversés à en croire «Ultimas Noticias». Le quotidien chaviste donne 38% de «oui», contre 26% de «non».

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits, sur le terrain de la manipulation, surtout que le «non» à la réforme est martelé par les télés privées ou par d’autres grands médias aux mains de l’opposition. Reste qu’un «non» au référendum de dimanche ne mettrait pas fin au mandat du président Chavez, nommé pour sept ans à la tête du pays par une écrasante majorité (63%) en décembre 2006.

Dans son livre «Le Venezuela de Chavez», Maurice Lemoine, rédacteur en chef du «Monde diplomatique», résume la réalité bolivarienne, en relevant que des centaines de milliers de Vénézueliens maudissent chaque jour l’homme et voudraient le voir mort, ou tout au moins écarté du pouvoir. «A Washington, quelques importants personnages n’en pensent pas moins. Et pourtant, depuis 1998, élection après élection, dans un cadre démocratique, le ’peuple’ – c’est-à-dire la majorité – appuie celui qu’il considère son meilleur représentant». Et d’expliquer:» Je crois que ce qui rend Chavez différent des autres dirigeants est qu’il parle au peuple. Comme on dit ici: ’il parle criollito’». Selon Maurice Lemoine, spécialiste des questions latino-américaines, «Chavez est aimé par le ’peuple’ parce qu’il tient ses promesses».

Pétrole et programmes sociaux

Un avis que partage sans doute Rafael Angel Suarez, député indigène, qui rappelle la Constitution de 1999, qualifiant le pays de pluri-culturel et multiethnique. «Nos langues ont d’ailleurs reçu un statu officiel, en tant que patrimoine de la nation et de l’humanité». Caracas a du reste décrété le 12 octobre de chaque année au Venezuela «Jour de résistance indigène».

La politique sociale de Chavez, rendue possible grâce à la manne que représente un pétrole de plus en plus cher sur le marché international – le Venezuela est le cinquième exportateur et huitième producteur mondial du pétrole et possède les plus importantes réserves de gaz d’Amérique latine -, a permis des programmes alimentaires et éducatifs, la distribution de terres aux paysans, la création de coopératives, l’alphabétisation massive d’enfants, sans parler de l’assainissement de nombreux bidonvilles les plus insalubres.

Même s’il qualifie le président Bush de «fasciste psychopathe», Chavez n’en demeure paradoxalement pas moins soutenu par une partie du marché international du pétrole, échaudé, de l’avis de l’analyste vénézuelien Julio Césae Pineda, par la paralysie du secteur lors de la grève menée par l’opposition de décembre 2002 à février 2003.

Dimanche l’Amérique latine et Washington en particulier, mais aussi l’Union européenne, auront le regard tourné vers Caracas, au soir d’un scrutin qui s’annonce indécis. Au point de faire dire à Hugo Chavez, s’adressant à ses partisans, «que toute personne qui voterait contre ses réformes serait un ’vrai traître’». (apic/pr)

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