Québec: Une visite du pape en juin 2008 est à l’étude, selon le cardinal Ouellet

Le Québec «touché par une sécularisation extrême»

Québec, 27 novembre 2007 (Apic) Venu à Rome pour participer aux consistoires convoqués par Benoît XVI du 23 au 25 novembre, l’archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet, en a profité pour redire au pape son souhait de le voir participer au Congrès eucharistique international organisé dans la province canadienne en juin 2008. Interrogé par I.MEDIA, le cardinal Ouellet s’est par ailleurs justifié sur sa récente lettre ouverte aux catholiques québécois.

«Le Saint-Père m’a écouté attentivement lui exposer les raisons pour lesquelles une visite à Québec en cette circonstance était très importante», a confié le cardinal Ouellet peu après avoir rencontré Benoît XVI au Vatican le 26 novembre. «Il m’a exprimé les questions qu’il se pose lui-même», a encore affirmé le haut prélat canadien, ajoutant que le pape réfléchit à l’éventualité d’un voyage à Québec et que «sa décision sera connue plus tard». Le pape et le cardinal Ouellet se connaissent bien, et ce dernier a reconnu que ce n’était «pas forcément un atout», car «il est plus facile de faire accepter à un ami que l’on ne peut pas aller chez lui».

Parmi les raisons avancées par le cardinal canadien pour une visite du pape à Québec, «la première» est celle de la place de «l’Eucharistie» dans l’Eglise et la société. Alors que, «depuis l’année jubilaire, l’Eglise insiste sur l’Eucharistie» avec une série de documents et d’initiatives, affirme le cardinal Ouellet, «on a perdu le sens religieux et culturel du dimanche, un jour où l’on se repose mais aussi un jour pour la famille et pour Dieu au coeur duquel il y a l’Eucharistie comme témoignage de la communauté ecclésiale qui se rassemble».

D’après lui, les chrétiens, qui sont majoritaires dans la société occidentale, «n’ont pas de raison d’abandonner leurs signes et leurs symboles au nom du marché ou de l’argent». «Il ne s’agit pas simplement de remplir le petit devoir moral d’aller à la messe, renchérit-il, mais du témoignage que l’Eglise rend au Christ ressuscité».

Avec le congrès eucharistique, l’archevêque canadien espère ainsi «qu’il y aura un retour de balancier, d’une certaine manière, pour récupérer des valeurs essentielles face au problème du suicide des jeunes, du manque d’enfants, du désir d’une République sans sujet, dans un Québec touché par une sécularisation extrême».

49e Congrès eucharistique international à Québec

Lors du 49e Congrès eucharistique international qui aura lieu à Québec du 15 au 22 juin 2008, le cardinal Marc Ouellet table sur la présence de «50 à 70 cardinaux» du monde entier, contre 33 à Guadalajara (Mexique) en octobre 2004. Cela n’a pas empêché l’archevêque de Québec, lors du consistoire extraordinaire qui a réuni un peu plus de 140 cardinaux à huis clos au Vatican le 23 novembre dernier, de demander une meilleure coordination du calendrier des grands événements d’Eglise.

Devant Benoît XVI, il a ainsi regretté que les prochains événements internationaux où sont invités les cardinaux – le congrès mondial sur la Miséricorde divine en avril 2008, le Congrès eucharistique international en juin, les Journées mondiales de la jeunesse en juillet, la rencontre mondiale des familles en janvier 2009 – aient lieu à seulement quelques mois de différence.

A propos du consistoire extraordinaire convoqué par le pape, le cardinal Marc Ouellet est revenu sur la question de la communication de l’Eglise, abordée durant les discussions. «Nous sommes conscients que l’Eglise doit améliorer sa communication», a-t-il confié, reconnaissant qu’il existe «des moyens d’éviter que les documents d’Eglise soient d’abord interprétés par la presse et que, sur place, nous ayons seulement à réagir à ce qu’elle dit de ces documents». Ainsi, il a suggéré que, «lors de la présentation d’une encyclique, au lieu de faire une présentation à Rome pour le monde entier, on puisse coordonner cela sur place, faisant une présentation qui soit adaptée à chaque milieu».

Une lettre ouverte pour inviter à une réflexion plus profonde

Par ailleurs, le cardinal Ouellet est revenu sur sa ’Lettre ouverte aux catholiques du Québec’ publiée le 21 novembre dernier. Il y a entre autres demandé «pardon pour tout le mal» causé par l’Eglise et les catholiques par le passé, dressant une liste des erreurs commises. Cette lettre a déclenché une polémique jusque dans les rangs de l’Eglise catholique au Canada. «J’ai souhaité inviter à une réflexion plus profonde», se justifie le cardinal Ouellet, «en reconnaissant aussi les erreurs de l’Eglise avant la révolution tranquille des années 1960, ainsi que les étroitesses qui ont favorisé la discrimination envers les femmes ou les homosexuels par exemple». «Je comprends qu’elle ait pu susciter des interrogations», reconnaît l’archevêque qui affirme cependant que sa lettre «est un premier pas» et qu’il y aurait «beaucoup d’autres choses à dire».

«C’est bien qu’il y ait un débat et je crois que cela va porter du fruit», déclare encore le cardinal Ouellet qui estime en outre que «le problème du Québec n’est pas celui de la place de la religion dans l’espace public, mais le vide spirituel» qui s’y installe. «La majorité catholique a perdu ses points de repères, ses fêtes, ses coutumes», regrette-t-il. «Elle ne sait plus très bien ce qu’elle est, elle se sent inquiétée par d’autres identités religieuses plus fermes et elle entre en crise». (apic/imedia/ami/bb)

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