Jean Paul II acceptait les diverses expressions liturgiques

Paris: Les journalistes de l’information religieuse ont rencontré Mgr Piero Marini

Jean-Claude Noyé, correspondant de l’Apic à Paris

Paris, 30 novembre 2007 (Apic) Les journalistes français de l’information religieuse ont rencontré, le 28 novembre, Mgr Piero Marini, qui a été pendant 20 ans le maître des célébrations liturgiques pontificales de Jean Paul II puis de Benoît XVI. Ce dernier a souligné que le pape allemand est bien plus réservé que son prédécesseur dans l’acceptation des expressions liturgiques locales.

Mgr Marini est aujourd’hui président du Comité pontifical pour les congrès eucharistiques. Questionné sur l’attitude de Benoît XVI vis-à-vis de l’inculturation de la liturgie, l’ex-cérémoniaire du pape a précisé d’emblée que l’actuel souverain pontife était à ce sujet bien plus réservé, plus mesuré que son prédécesseur. Jean Paul II, a-t-il rappelé, «aimait profondément les cultures du monde. Il voulait les connaître et en acceptait les diverses expressions dans la liturgie».

Illustration faite avec les danses des tribus indiennes en pleine messe papale à la cathédrale Notre-Dame-de Guadalupe, à Mexico, en juillet 2002. Ou à l’ouverture du synode des évêques de l’Océanie, en 1998, par la présence de danseuses jugées trop peu vêtues par certains membres de la Curie. Jean Paul II, bien que très tolérant, n’a-t-il pas été désarçonné par le rite zaïrois auquel il a assisté lors d’une visite en Afrique? Mgr Piero Marini s’empresse de préciser que le terme «rite zaïrois» est inadéquat: «Il ne s’agit jamais que d’adaptations locales et approuvées du rite romain.» Et de constater que la globalisation gomme les différences de culture.

L’Eglise doit-elle accompagner ce nivellement par le bas ou y résister ? «Mais elle ne peut pas résister!», proteste le prélat. Avant de rappeler que le propre de la liturgie catholique, c’est de faire mémoire du passé (l’anamnèse) pour aujourd’hui. Dit autrement: il s’agit d’articuler la pérennité de l’esprit de la liturgie, de sa structure, et l’évolution des formes. De lier le passé et le présent. «Tel est bien ce qui s’est passé», se félicite-t-il, «avec la réforme liturgique de Vatican II. Elle a débouché, de fait, sur une internationalisation du rite romain.»

La réforme liturgique était lancée avant le concile

L’homme, assurément, n’est pas nostalgique du rite de saint Pie V. Il admet que celui-ci lui l’a appuyé dans sa dévotion personnelle (par la liberté offerte de prier Marie et les saints). Mais il ne regrette en rien le caractère répétitif de l’ancienne messe ni son exaltation de l’évêque au détriment du peuple de Dieu. Et de pointer du doigt la coupure trop marquée entre le prêtre et l’assemblée. Ou encore de rappeler que si la réforme liturgique (à ses yeux, la base de toutes les autres réformes) a été accélérée par le dernier concile, elle avait déjà été engagée bien avant (réhabilitation de la vigile pascale, par exemple) et s’inscrivait dans un vaste processus de redécouverte, que ce soit des Pères de l’Église ou de la Bible.

Quid alors de l’autorisation donnée par Benoît XVI de célébrer à nouveau la messe selon le rite de saint Pie V? Mgr Marini répond prudemment que pour sa part, il ne pourrait pas célébrer la messe comme autrefois. Il rappelle que la décision du pape a été guidée par sa volonté de créer plus d’unité dans l’Église. Jean Paul II lui-même a reçu des milliers de lettres lui demandant l’autorisation du rite ancien. Bien que s’obligeant à un devoir de réserve vis-à-vis de cette épineuse question, l’ancien cérémoniaire du Vatican lâche qu’il espère certes que le motu proprio de Benoît XVI amènera ceux qui ont rompu avec l’Eglise catholique romaine à adopter une position de communion avec ceux qui n’ont pas rompu. Mais il est permis d’en douter… Et de faire la distinction entre une Eglise d’amis (on se ressemble, on s’assemble) et une Eglise de frères (par-delà nos divergences, on cherche une communion). Sans omettre de préciser que cette question du rite ancien, sensible en France, ne concerne pas l’Italie.

Des réserves sur les célébrations des JMJ

Le prélat a encore évoqué ses réserves personnelles sur les célébrations liturgiques des JMJ, en faisant valoir que dire la messe devant de telles foules, dans de telles situations (par exemple, sur les lieux même où les jeunes ont dormi au coude à coude la veille), ne permet pas de le faire de manière ad hoc. Il approuve par contre la messe télévisée, une heureuse initiative, même si la communauté de fidèles ainsi formée n’est pas réelle et relève plus de la communication que d’autre chose;

Questionné sur ses nouvelles fonctions et la préparation du congrès eucharistique qui aura lieu au Québec du 15 au 22 juin prochain sur le thème «l’eucharistie, un don pour la vie du monde», il a souligné combien il est important que ces congrès aient lieu dans des pays différents pour exprimer la catholicité de l’Eglise. Leur fonction est d’abord de donner aux fidèles une formation intérieure. Et, tout bonnement, de mieux leur faire comprendre l’importance de la célébration eucharistique. (apic/jcn/bb)

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