La religion dans la vie publique contemporaine

Fribourg : Troisième Forum International des Religions

Jacques Schouwey, pour l’Apic

Fribourg, 30 novembre 2007 (Apic) L’université de Fribourg a vécu son Troisième Forum des Religions le 30 novembre. Réunissant une vingtaine de participants, il s’est penché sur le thème de la place occupée par la religion dans la vie publique contemporaine.

En introduction au 3ème Forum International des Religions de Fribourg, le recteur de l’université, Guido Vergauwen a insisté sur le rôle de cette manifestation. Le Forum, a-t-il dit, se propose de susciter et d’approfondir les discussions et réflexions historiques, théologiques, sociales et culturelles sur des thèmes touchant à la religion, la politique et la culture. Il se présente aussi comme une contribution à la recherche sur les conflits dans le contexte contemporain et sur la paix dans le monde. Dans l’optique des organisateurs, une telle plate-forme de discussion ne vise pas que le public académique, mais toute personne intéressée par ces questions.

L’édition de cette année consacrée à «La religion dans la vie publique» a voulu mettre l’accent sur la visibilité des religions dans la société contemporaine. La présence accrue et plus prononcée des communautés religieuses dans la société civile et la perception de celles-ci répercutée par les médias, suscitent des interrogations nouvelles et exigent des positionnements plus clairs.

«L’islam, une religion dans l’espace public». Tel est l’intitulé de la conférence du professeur Emilio Platti, dominicain, (Louvain), spécialiste des relations entre l’islam, le christianisme et la société moderne. Partant du fait que le mot «islam» est susceptible de plusieurs significations et que deux interprétations fondamentales régissent la compréhension que l’on peut avoir de cette religion dans ses relations avec le monde occidental, le conférencier a cherché à montrer comment le musulman se définit lui-même à partir des textes fondateurs, des sources scripturaires que sont le Coran et les Traditions prophétiques (le Hadîth).

L’existence humaine dans la vision globale de l’islam

D’une analyse serrée de ces textes, il est possible de se faire une idée de l’islam comme foi et pratique, mystique et éthique, code de vie et culte. La grande particularité de la religion musulmane consiste à se concevoir à partir de la nature fondamentale de l’être humain, la «fitra», qui n’existe que par l’intention salutaire du Dieu créateur et qui se dévoile dans la Révélation. A la différence des modes de pensée occidentaux, existentialiste en particulier (Sartre), l’Islam comprend le sens de l’existence humaine dans une vision globale où l’autorité est toujours la source de l’action, que celle-ci soit individuelle ou communautaire.

La vie du musulman dans la cité dépend de la façon dont est interprétée la «charia»: prise au sens littéral, celle-ci peut justifier des «règles» que le monde occidental fondé sur la déclaration universelle des droits de l’homme ne saurait accepter, comme par exemple l’excision ou la lapidation de femmes adultères. Dans cette optique, accepter la loi divine est condition d’humanité, et il est du devoir du musulman de refuser de toutes ses forces tout ce qui contredit à la loi. L’interprétation littérale de la loi n’autorise aucune conciliation, aucune acceptation du mode de vie occidental; cela conduit souvent à un moralisme banal. Pour Emilio Platti, c’est aussi l’enfermement dans une culture unique et l’impossibilité pour l’être humain de faire sa propre culture et sa propre histoire. Face à cette tendance littérale, le théologien discerne dans le monde musulman du 20ème siècle une grande tendance réformiste, qui refuse l’exclusivisme et qui tente de concilier tous les éléments de la tradition avec les conditions de vie moderne occidentale. Il relève les efforts louables de Tariq Ramadan pour tenter une telle conciliation, mais souligne simultanément la difficulté de sa position, soumise à de grandes tensions. L’effort des savants musulmans pour concevoir une «citoyenneté musulmane dans l’espace public sécularisé caractérisé par la globalisation» est contrebalancé par l’attachement inconditionnel de certains aux «avis» des autorités et à la littéralité de la loi. C’est ici que se situe, selon le dominicain, la crise du monde islamique moderne.

Religion et modernité

Pierre Gisel, professeur à Lausanne, faisant référence à Gianni Vattimo avec qui il aurait aimé débattre, mais qui a été empêché de participer au Forum, met l’accent sur les questions à soulever concernant le statut de la religion dans le contexte actuel. Constatant qu’aujourd’hui le lieu de pertinence de la religion n’est plus la métaphysique, ni la théodicée, mais plutôt une théorie de la religion, il énonce la difficulté qu’il y a à préciser ce lieu étant donné la multiplicité des réalités sociales et des conceptions religieuses. Il propose comme lieu de pertinence les dispositifs socioculturels qui organisent notre être au monde: rapport à l’autre, à soi, aux limites et aux excès. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène religieux qui doit être mis en question.

La scène religieuse actuelle est caractérisée par de nombreux éléments qui doivent être pris en compte: perte de la substance sociale des traditions porteuses, émergence d’un espace public au coeur de la modernité, rôle essentiel de l’individu, pluralité des traditions qui peuvent entrer en rivalité, nouveaux mouvements religieux, etc. Ce flottement du religieux dans le monde contemporain demande à être déchiffré, expliqué, interprété quant à sa signification pour l’être humain. La double crise caractéristique de la religion – crise de la représentation d’un Dieu extériorisé et crise du «croire» – doit devenir un objet de réflexion historique pour mieux comprendre le contexte actuel. (apic/js)

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