Québec: Commission de consultation gouvernementale Bouchard-Taylor

«Reléguer la religion dans le privé, c’est favoriser l’intégrisme»

Québec, 13 décembre 2007 (Apic) Au nom de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, le président, Mgr Martin Veillette, a demandé que soit respectée la place de la religion dans l’espace public et que soit assuré aux immigrants un accueil authentique par la société québécoise.

Défendant leur position dans la société auprès de la Commission de consultation gouvernementale Bouchard-Taylor, les évêques catholiques défendent la nécessité de maintenir une place pour la religion dans l’espace public. Ils plaident en faveur d’une laïcité «ouverte».

Avec le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal et de Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean-Longueuil, le représentant des évêques du Québec a souligné d’entrée de jeu que les évêques s’exprimaient en tant que citoyens du Québec, mais aussi en tant qu’évêques catholiques représentant une institution qui a marqué l’histoire du Québec dès son origine.

Les évêques reconnaissent au sein de la population la présence de deux courants souvent opposés mais contribuant tous les deux à accentuer le malaise et à nourrir le débat. D’un côté, il y a ceux qui réagissent encore avec agressivité à la place dominante qu’a occupée le catholicisme dans l’histoire de la province, pour d’autres c’est la religion elle-même qui est dépourvue de pertinence dans un monde marqué par la raison.

Partie intégrante de l’identité d’une majorité de Québécois

L’une des difficultés, c’est la manière négative dont est souvent traitée la question religieuse dans notre société, déclarent les évêques catholiques. On oublie, estiment-ils, que l’adhésion plus ou moins profonde à une religion est partie intégrante de l’identité d’une majorité de Québécois. Il n’est pas surprenant qu’un grand nombre d’entre eux souhaitent afficher leur appartenance religieuse sur la place publique. C’est un droit qui leur est reconnu, en particulier par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Refuser ce droit au nom d’une laïcité stricte serait manifestement un recul pour une société de droit.

«La religion se vit en société, en communauté. Si on la relègue dans la sphère du privé, on favorise le repli sur soi et la montée de l’intégrisme»,affirment les prélats, qui espèrent que dans la définition qu’il veut se donner de la laïcité, «l’État adopte une attitude positive par rapport au religieux». Il ne s’agit pas pour lui de promouvoir une religion ou l’autre. «Il s’agit d’accueillir les acquis d’une histoire marquée entre autres par le christianisme. Et aussi de reconnaître le rôle que peuvent jouer les diverses Églises et communautés croyantes à l’édification du bien commun de la société».

L’accueil des immigrés

Promouvoir une politique d’immigration et accueillir de nouveaux arrivants implique, selon les évêques, que l’on soit capable de reconnaître leur apport positif, que l’on soit prêt aussi à des ajustements personnels et collectifs pour favoriser leur insertion dans la société d’accueil, estiment-ils encore. Il y a des valeurs communes à partager, des principes à respecter, ont-ils mis en avant. L’archevêque de Montréal, Mgr Jean-Claude Turcotte, quant à lui, a affirmé n’avoir aucun problème avec le fait de porter des signes religieux ostentatoires dans l’espace public.

D’autres groupes religieux ont également présenté leur mémoire à la commission Bouchard-Taylor, mais avec des points de vue différents.

Historique de la Commission: afin de répondre aux expressions de mécontentement qui se sont élevées dans la population autour de ce qu’on a appelé les accommodements raisonnables, face aux revendications de valeurs portées par des groupes religieux issus de l’immigration non chrétienne, le premier ministre du Québec, Jean Charest, avait annoncé, le 8 février dernier 2007, l’ouverture d’une Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement liées aux différences culturelles.

Le modèle d’intégration culturelle québécois en question

La seconde façon d’aborder le mandat de la Commission consiste à voir dans le débat sur les accommodements raisonnables le symptôme d’un problème plus fondamental concernant le modèle d’intégration socioculturelle institué au Québec depuis les années 1970. Cette perspective invitait à revenir sur l’interculturalisme, l’immigration, la laïcité et la thématique de l’identité québécoise. (apic/aecq/vb)

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