Battre et violer les femmes, une pratique «normale»
Niamey/Dakar, 16 décembre 2007 (Apic) Les dignitaires musulmans du Niger, qui ont une forte emprise sur la vie sociale et familiale, endoctrinent les femmes du pays, dénoncent des ONG. Ils leur font croire que le fait, pour une femme mariée, d’être battue, violée et humiliée par son époux, père ou frère, est légal.
La violence contre les femmes au Niger est «un tabou absolu» dans le pays où le phénomène est rarement reconnu publiquement. «Lorsqu’une femme est battue par son époux, elle ne peut même pas le dire à sa mère», déplore Mariama Moussa, présidente de l’Organisation non-gouvernementale (ONG) nigérienne «SOS femmes et enfants victimes de violence familiale».
«Si elle en parle à sa mère, bien souvent celle-ci la force à ne rien dire à personne et l’envoie arranger les choses avec son époux», souligne-t-elle. Dans certains cas, cette insistance à voir l’épouse retourner auprès de son mari violent a abouti au décès de celle-ci, alors que le mari meurtrier n’est pas arrêté.
Selon une enquête de l’Organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam, dans certaines régions du Niger, 70 % des femmes interrogées trouvent «normal» que leur mari, leur père et leurs frères les maltraitent.
«Les femmes d’ici sont endoctrinées par leurs familles, les dignitaires religieux et la société, qui leur font croire qu’il s’agit d’un phénomène normal», explique Lisette Quesnel, conseillère en violence sexiste à Oxfam – Niger. Elle commente cette réalité pour l’IRIN (Réseau régional intégré d’information IRIN, une agence de presse de l’ONU). Elle a fait mener une enquête en 2006 auprès des femmes de la région reculée de Zinder (Est).
La véritable ampleur des maltraitances sur les femmes n’est pas connue. Il n’y a aucune statistique nationale sur la fréquence des violences envers les femmes. A la police ou dans les services médicaux, il n’y a jamais de statistiques. Dans les registres des hôpitaux et centres de santé, il n’y a pas de précisions sur la nature des différentes blessures soignées chez les femmes, même si la violence conjugale est avérée.
La famille polygame en cause
Les voies de fait et les maltraitances morales et corporelles font souvent partie de la vie des familles polygames moyennes, souligne Fatima Ibrahima, d’Oxfam. Chargée de lutte contre la violence chez les femmes, elle ajoute que les Nigériennes sont souvent plongées dans la misère du jour au lendemain quand leurs époux polygames les répudient.
Au tribunal, les juges prononcent les divorces sans même entendre un seul mot de la bouche des femmes concernées. Et si par malheur, une femme violentée se rend à la police pour se plaindre, celle-ci rétorque qu’elle a dû avoir un mauvais comportement envers son mari, ajoute Lisette Quesnel.
Des associations et ONG de défense des droits de l’homme tentent de lutter contre cette situation. Sachant que la plupart des Nigériennes ont peur de déclarer les violences qu’elles ont subies, ces organismes ont ouvert des centres d’information à Niamey, la capitale.
Les autorités religieuses doivent s’engager contre la violence faite aux femmes
SOS femmes et enfants et un groupe d’autres ONG locales s’efforcent d’apporter, en toute discrétion, une aide sur mesure aux femmes. Elle va du conseil juridique aux soins médicaux. Toutefois, ont-elles estimé, pour enrayer complètement la violence faite aux femmes, il faut une décision politique au plus haut niveau de l’Etat. Cette décision doit être appliquée par les autorités religieuses et judicaires qui réglementent la société nigérienne. «Pour aider les femmes, nous avons besoin d’une direction politique solide, sinon leurs droits ne seront jamais respectés», a estimé Salamatou Traoré, une autre militante des droits des femmes.
Les ONG souhaitent que le Niger adopte des lois sans équivoque qui interdisent toute forme de violence contre les femmes, et notamment les viols, les mariages précoces, les maltraitances physiques et les divorces arbitraires. En 1999, le Niger a signé la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Mais, il avait émis des réserves sur certains articles de ce document de l’ONU, tels que ceux concernant le droit de la femme mariée à choisir son propre lieu de résidence et à demander le divorce.
Sous la pression des religieux (fondamentalistes et dignitaires musulmans), les députés nigériens ont rejeté cette année un projet de loi du gouvernement sur un nouveau code de la famille. Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, des centaines de femmes ont participé à une marche au centre de la ville de Niamey sans être inquiétées. (apic/ibc/be)
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