Tchéquie : Les biens confisqués aux Églises tchèques pourraient leur être rendus
Prague, 3 janvier 2008 (Apic) Après dix-huit ans de litige, le gouvernement tchèque et les Églises du pays pourraient enfin parvenir à un accord sur la restitution des biens confisqués par le régime communiste entre 1948 et 1989, confirme le quotidien «La Croix» dans son édition de jeudi.
Selon le quotidien catholique, jamais le contexte politique ne semble avoir été aussi favorable. Les disputes entre l’État tchèque et les diverses Églises du pays sur la possession de biens confisqués par le régime tchécoslovaque après le «coup de Prague» semblaient s’éterniser depuis la «révolution de velours».
Les diocèses, ordres et instituts religieux tchèques de toutes obédiences souhaitent recouvrer la possession des biens immobiliers dont ils ont été spoliés en 1949, ainsi que des propriétés foncières qui constituaient le fondement de leurs revenus. L’Église catholique n’est pas la seule à souffrir de difficultés de financement liées à ces confiscations : d’autres Églises chrétiennes parmi les 17 enregistrées dans le pays – telles que l’Église hussite ou l’Église des Frères de Bohême – sont engagées dans le processus de restitution, notamment au sein d’une commission d’experts constituée de représentants du Conseil oecuménique tchèque et des ministères concernés.
Toujours selon «La Croix», cette commission, qui doit présenter le fruit de ses travaux dès le premier conseil des ministres de 2008, est parvenue à un accord qui semble relativement satisfaire toutes les parties. Il s’agit, pour une part, de la restitution physique directe, à partir du 1er janvier 2009, de biens ayant appartenu aux communautés religieuses et dont la rétrocession est encore possible.
En outre, les deux tiers de la valeur des biens restituables donneront lieu à une contrepartie financière, la restitution ne pouvant opérer dans tous les cas : certaines propriétés ont été vendues à la chute du régime, de nombreux bâtiments sont utilisés par les collectivités locales, etc. L’Église a donc accepté d’être dédommagée à hauteur de 83 milliards de couronnes (3,13 milliards d’euros) payables sur soixante-dix ans. La somme totale (incluant les intérêts) de ce que l’État devrait s’engager à verser sera ainsi nettement supérieure: 267 milliards de couronnes (10,13 milliards d’euros), selon les déclarations du ministre des finances, Miroslav Kalousek, reprises pour «La Croix» par Diane Dupré La Tour, à Prague.
Que fera le Parlement ?
La principale incertitude réside dans l’aval du Parlement au projet de loi que le gouvernement doit lui présenter dans les semaines à venir. La pilule risque de passer difficilement, au sein d’une représentation nationale où les chrétiens-démocrates sont en minorité et où l’opinion publique – la plus sécularisée d’Europe – sera prise en compte. Il ne devrait pas y avoir de mots d’ordre des différents partis, chaque parlementaire étant renvoyé à sa propre conscience.
Si le projet de loi était adopté, une telle somme permettrait à l’Église tchèque de prendre son indépendance financière vis-à-vis de l’État, qui verse actuellement leur salaire aux membres du clergé, note le quotidien français. Au-delà du remboursement, c’est une évolution vers un nouveau mode de gestion qui serait rendu possible par cet accord.
Selon Jiri Grecka, cet accord concernerait essentiellement l’Eglise catholique, qui possédait 95% des biens confisqués après 1948, lorsque les communistes arrivèrent au pouvoir.
«L’opinion publique s’oppose au versement de dédommagements, car les gens ne voient pas pourquoi les Eglises avaient besoin d’être propriétaires au départ», a-t-il commenté. «Les gens pourront avoir une opinion plus positive quand ils se rendront compte que cette proposition permettra enfin aux Eglises de devenir indépendantes et de ne plus avoir besoin de l’argent public».
Zuzana Dvorakova, secrétaire générale du Conseil oecuménique des Eglises de la République tchèque, qui rassemble 11 Eglises non catholiques, tempère toutefois. Il n’est pas sur que la proposition soit approuvée au Parlement, où les députés sociaux-démocrates et ex-communistes se sont déjà fermement opposés par le passé aux projets de loi visant à régler les conflits de propriété avec l’Eglise. Toutefois, a indiqué Zuzana Dvorakova, «il s’agit de la plus importante tentative de ces dernières années pour résoudre ce problème». (apic/cx/ddlt/eni/pr)
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