Rome: Le Père Kolvenbach souligne l’aspect missionnaire de la Compagnie de Jésus
Rome, 6 janvier 2008 (Apic) Le Père Peter-Hans Kolvenbach, actuel préposé général de la Compagnie de Jésus sera remplacé au cours de la 35e Congrégation générale des jésuites qui s’ouvrir lundi 7 janvier 2008 à Rome. Le «général» des jésuites rappelle le caractère «missionnaire» de son ordre au fil de l’histoire.
Dans une interview accordée le 4 janvier 2008 à L’Osservatore Romano et à Radio Vatican, le religieux à la tête de l’ordre depuis 24 ans évoque notamment la question de l’évangélisation de la Chine et du dialogue avec l’islam.
Mission sur les nouvelles frontières
«Le jésuite est essentiellement un homme de mission», souligne ainsi le Père Kolvenbach. Aujourd’hui, les jésuites désirent continuer cette mission parmi les hommes et les femmes de notre temps, par-dessus tout là où il y en a le plus besoin, poursuit-il. Aux yeux de l’actuel préposé général, ceci comporte une présence aux frontières qui autrefois étaient plutôt des frontières géographiques de la chrétienté. «Aujourd’hui, ce sont plutôt des frontières entre Evangile et culture, entre foi chrétienne et science, entre Eglise et société, entre la ’bonne nouvelle’ et un monde tourmenté et désorganisé».
A la question de savoir comment il voit l’évangélisation de la Chine et du monde asiatique, le Père jésuite fait part de «l’urgence missionnaire» de l’annonce évangélique à un peuple aussi nombreux et de culture aussi avancée que la Chine. «Les jésuites ne peuvent pas oublier la tradition de leur présence en Chine depuis les premiers temps de la Compagnie, à commencer par le rêve de saint François Xavier de continuer la merveilleuse activité apostolique de Matteo Ricci et de ses compagnons». Ils réussirent à prêcher le Christ avec le langage de la culture et de la mentalité chinoise, dépassant les préjugés et les sentiments de supériorité européens, relève le Père Kolvenbach. Pour lui, cette tradition «nous pousse à ne pas détacher notre regard du monde chinois».
La Chine, encore le temps de l’attente
Quand, en 1949, les jésuites furent expulsés de Chine, beaucoup d’entre eux restèrent dans les pays proches, attendant une bonne occasion pour retourner à leur place. Pour la Compagnie, à part une présence actuelle assez modeste, c’est encore le temps de l’attente, a-t-il ajouté. «Attente que les efforts du Saint-Siège pour reprendre les relations avec la Chine nous permettent de retourner à une mission autant liée à l’histoire de la Compagnie de Jésus».
Dans cette interview, le Père jésuite affirme aussi que pour qu’un dialogue soit possible avec l’islam, il est nécessaire de commencer par un respect mutuel sincère qui va au-delà de la simple courtoisie. «Sans cela il n’y aura pas de dialogue, mais tout au plus confrontation», a-t-il ajouté.
Le Père Kolvenbach a enfin souligné qu’en choisissant l’un ou l’autre des milliers de jésuites capables de devenir préposé général, la Compagnie dit ce que l’on attend pour son avenir: «un prophète ou un sage, un innovateur ou un modérateur, un contemplatif ou un actif, un homme de pointe ou un homme d’union». En effet, conclut-il, la Congrégation générale commence par une évaluation de sa situation présente, avec un discernement sur ce qui, dans la Compagnie, est lumière ou plutôt ombre dans son service à l’Eglise et au monde». MS/JB
Le Père Peter-Hans Kolvenbach a fait entrer les jésuites dans le troisième millénaire
Elu alors que la Compagnie de Jésus traversait une grave crise, le Père Peter-Hans Kolvenbach, a réalisé le défi de faire entrer son ordre dans le troisième millénaire. C’est ce qu’explique Hervé Yannou, journaliste de l’agence I.MEDIA et correspondant au Vatican du quotidien français Le Figaro dans un ouvrage intitulé Jésuites et Compagnie (paru le 3 janvier 2008 aux éditions Lethielleux à Paris). La Compagnie de Jésus va dès ce lundi s’atteler à élire son nouveau «pape noir» au cours de la Congrégation générale qui s’ouvre le 7 janvier à Rome.
«S’il a fait entrer la Compagnie dans le troisième millénaire, selon les volontés de Jean Paul II et malgré un certain scepticisme affiché par les jésuites face au projet de ’nouvelle évangélisation’ du pape polonais, il a surtout réussi à stabiliser une institution profondément marquée par le généralat précédent», explique ainsi Hervé Yannou à propos du Hollandais Peter-Hans Kolvenbach.
Le jour de son élection, en effet, le 13 septembre 1983, le Père Kolvenbach était un inconnu pour beaucoup. Pour le journaliste français, il prenait la tête des jésuites alors qu’une grave crise entre la Compagnie et la papauté était ouverte. Le prédécesseur du Père Kolvenbach, le Père Pedro Arrupe, gouverna la Compagnie de Jésus 18 ans durant, avec la mission de «répondre aux exigences et à l’application de l’aggiornamento de l’Eglise décidé par le Concile». Une période très difficile au cours de laquelle la Compagnie a dû faire face aux divisions internes, aux départs de plus en plus nombreux de ses membres. «Devant cette crise polymorphe, les tensions commencèrent donc à naître avec la papauté, inquiète des orientations disciplinaires et philosophiques de la Compagnie et des frondes internes», explique le journaliste spécialiste des questions vaticanes.
En 1980, le Père Arrupe demandait à être démis de ses fonctions. Refus de Jean Paul II jusqu’à ce qu’un accident cérébral foudroie, en 1981, le Père Arrupe, le laissant hémiplégique et privé de la parole. Jean Paul II nomma immédiatement un successeur intérimaire, «un homme à l’orthodoxie pontificale confirmée». «Le gouvernement normal des jésuites était suspendu par volonté du pape», ajoute Hervé Yannou, soulignant que cette manière de faire représentait une intrusion sans précédent de l’autorité pontificale dans la Compagnie de Jésus.
Ce n’est qu’en 1983 que Jean Paul II décide la réunion d’une Congrégation générale, la 33e, pour élire un nouveau préposé général. Le Père Kolvenbach a été alors élu pour ’réformer’ la Compagnie, du moins pour la recentrer sur les volontés du pape. Pour Hervé Yannou, il a ainsi conduit à une réconciliation qui a demandé une dizaine d’années et un homme clef pour poursuivre la métamorphose et la modernisation des jésuites après le Concile Vatican II.
Aujourd’hui, les relations avec la papauté se sont normalisées, estime encore le journaliste français. Benoît XVI leur a confié une nouvelle mission: celle d’aller «à la rencontre des nécessités urgentes de l’Eglise en dialoguant avec la culture moderne» pour lutter contre la perte des valeurs morales et religieuses dans la société. La Compagnie de Jésus doit désormais faire face à un certain nombre de défis universels comme ceux de la foi ou de l’indifférence face au phénomène religieux mais aussi, en interne, à son rapport à l’obéissance et à son identité actuelle. C’est en fonction de ces défis que le profil du nouveau préposé général se définira.
Une chose est sûre, alors que la réalité de la Compagnie de Jésus est de moins en moins occidentale, les jésuites ne pourront se passer d’un homme polyglotte doté d’une vision universelle de l’ordre. Peut-être, après les 28 successeurs européens de saint Ignace, le 29e sera-t-il, pour la première fois dans l’histoire des jésuites, un Latino-américain, un Asiatique ou encore un Australien. (apic/imedia/ms/be)
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