Italie: L’interruption de grossesse divise
Rome, 8 janvier 2008 (Apic) L’Eglise catholique et la classe politique italienne s’affrontent vivement autour de la question d’un moratoire sur l’interruption de grossesse. Un affrontement relancé par une phrase de Benoît XVI prononcée le 7 janvier 2008 devant le corps diplomatique, soutenant le moratoire contre la peine de mort et le «caractère sacré de la vie» a été interprétée par certains médias comme un encouragement en faveur d’un moratoire sur. l’avortement, projet lancé courant décembre en Italie.
En adressant ses voeux aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, le 7 janvier, Benoît XVI a traditionnellement fait un large tour d’horizon de la situation internationale. Il a aussi tracé les grandes priorités de l’Eglise catholique. Le pape y a entre autres déploré «les attaques continuelles perpétrées, sur tous les continents, contre la vie humaine». «Je me réjouis que, le 18 décembre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies ait adopté une résolution appelant les Etats à instituer un moratoire sur l’application de la peine de mort et je souhaite que cette initiative stimule le débat public sur le caractère sacré de la vie humaine», a-t-il ensuite lancé.
En Italie, cette prise de position a été interprétée par la presse et par le monde politique comme un soutien de Benoît XVI à un projet de moratoire sur l’avortement apparu courant décembre en Italie.
«Le pape ne veut pas démanteler la loi sur l’avortement»
Au lendemain des mots prononcés par le pape, le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, l’Avvenire, a indiqué dans un éditorial que les propos du souverain pontife n’avaient pas «le ton de l’anathème» et n’exprimaient pas «l’ordre du Vatican de démanteler la loi sur l’avortement de tel ou tel Etat».
Le journal des évêques s’est cependant demandé pourquoi «la culture sur l’avortement» devrait «aspirer à un statut intangible». Mais quelques heures à peine après l’intervention de Benoît XVI devant les diplomates, Radio Vatican et L’Osservatore Romano, organes liés au Saint-Siège, relayaient pour leur part des prises de position en faveur de ce moratoire.
De son côté, la ministre italienne de la santé, Livia Turco, a estimé que la loi sur l’avortement était «intouchable», acceptant toutefois que soient revues «les limites» au-delà desquelles l’avortement ne devait pas être pratiqué. Datant de 1978, la loi italienne autorise ainsi l’interruption de gossesse jusqu’à 90 jours et permet également l’avortement thérapeutique au-delà, parfois jusqu’à 24 semaines. Face aux progrès en matière médicale depuis 1978, les opposants à l’interruption de grossesse soutiennent qu’un foetus est désormais viable dès la 23e semaine de conception et souhaitent que les avortements thérapeutiques ne puissent être effectués au-delà de 22 semaines.
L’idée d’un moratoire sur l’avortement lancée par un quotidien conservateur
L’idée d’un moratoire sur l’avortement a été lancée par le directeur du quotidien conservateur italien Il Foglio, Giuliano Ferrara le 18 décembre dernier, lors d’une émission télévisée, Cet appel d’un proche de Silvio Berlusconi et journaliste d’opinion a eu lieu le soir même de l’adoption par les Nations Unies d’une résolution en faveur d’un moratoire sur la peine de mort. La résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies avait alors été largement promue par l’Italie.
Le lendemain, Il Foglio publiait l’appel de son directeur en vue d’un «moratoire sur le massacre des innocents». Celui-ci était ensuite relayé par le quotidien Avvenire, journal de la Conférence épiscopale italienne, puis par le quotidien du Vatican lui-même, L’Osservatore Romano.
L’ancien président de la Conférence épiscopale de la péninsule, le cardinal Camillo Ruini, a salué l’appel de Giuliano Ferrara. Le vicaire de Rome a ainsi souhaité «stimuler et réveiller la conscience de tous pour aider à se rendre compte que l’enfant dans le ventre de sa mère est réellement un être humain et que sa suppression est inévitablement la suppression d’un être humain».
Mgr Bagnasco favorable à un moratoire sur l’interruption de grossesse
Puis, à son tour, l’actuel chef de l’Eglise catholique italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, s’est déclaré favorable à un moratoire sur l’avortement. Cette initiative, a-t-il estimé, «est louable car elle constitue un rappel fort et clair à l’intention des Etats sur la protection et la promotion de la vie humaine». Il a également jugé «souhaitable» une révision de la loi italienne de 1978 autorisant l’avortement, et cela en raison «des progrès technologiques et scientifiques» enregistrés depuis 30 ans.
Dans le débat qui agite la classe politique italienne, la sous-secrétaire en charge des affaires familiales, la socialiste Chiara Acciarini, a indiqué avec ironie que c’est «sur les ingérences de l’Eglise catholique dans la vie civile et politique des Etats qu’il serait opportun de demander au plus vite un moratoire». (apic/imedia/ami/vb)
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