La baisse du nombre de catholiques n’est pas si alarmante

St-Gall: Etude de l’Institut suisse de sociologie pastorale sur l’Eglise catholique

St-Gall, 9 janvier 2008 (Apic) Manque de prêtres, érosion des membres, baisse des entrées fiscales, . L’évolution de l’Eglise catholique est-elle aussi alarmante que le font croire les médias? Avant d’interpréter les chiffres, ceux-ci doivent s’avérer fiables. C’est justement ce à quoi s’est attelé l’Institut suisse de sociologie pastorale, à St-Gall. Il édite le 9 janvier une publication de 120 pages sur le paysage catholique en Suisse.

Peu avant Noël, la Fondation Bertelsmann révélait à partir d’un sondage international qu’en Suisse, 80% des habitants attachent une certaine importance à la religion. L’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) diffuse quelques jours plus tard un document portant sur les statistiques dans l’Eglise catholique. Cet ouvrage en allemand (avec une introduction et un aperçu de évolutions en français) bat partiellement en brèche l’impression générale selon laquelle le nombre de membres est en chute libre dans l’Eglise. Et réalité, la baisse est légère depuis plusieurs années.

Il est cependant vrai que le paysage religieux s’est profondément transformé depuis moins de 40 ans. En 1970, presque chaque habitant en Suisse était catholique ou réformée. Les sans-religion et membres des autres communautés religieuses constituaient en tout le 5% de la population. Lors du recensement 2000, la proportion de ceux qui se déclaraient sans appartenance religieuse était passée à 11%, et 75% des habitants étaient encore membres d’une des deux Eglises principales. L’étude fait apparaître clairement que les autres religions et confessions ont connu durant ces dernières décennies une nette augmentation. Alors que depuis les années 1960 et jusque vers la fin des années 1980 la grande majorité des immigrants provenaient de pays catholiques (Italie, Espagne, Portugal, .), dès les années 1990 les mouvements migratoires en provenance de pays à majorité musulmane (Turquie, Bosnie, Kosovo, .) ou orthodoxe (Serbie, Russie, .) ont pris davantage d’ampleur.

Plus qu’un tiers de protestants en 2000

Ainsi, de 1970 à 2000, la proportion des protestants en Suisse est passée de 46% à 33%, et celle des catholiques de 49% à 42%. Durant cette même période, la population a cependant fortement augmenté, passant de 6,3 à 7,3 millions d’habitants, ce qui a pour effet une baisse finalement moins forte du nombre de croyant que ce que les statistiques pourraient faire croire. Par ailleurs, parmi la population née en Suisse, la proportion des catholiques romains était encore de 41% en 2000 et celle des réformés de 43%. Et parmi la population étrangère établie en Suisse, 44% se disent catholiques et seulement 5% protestants.

L’étude du SPI se penche également sur la question des sorties d’Eglise, pour constater d’abord qu’elle ne joue pas un rôle important dans l’érosion des membres. Ce phénomène, mais aussi celui de la baisse des entrées, n’ont que très légèrement pris de l’ampleur entre 2000 et 2005. Dans maints cantons, les chiffres relatifs aux sorties d’Eglise au cours des cinq dernières années n’ont pas varié par rapport à ceux enregistrés au début des années 1990.

Un regard sur les statistiques révèle une autre évolution. Alors qu’en 1970 dix cantons suisses étaient encore en majorité protestants, ce n’était le cas que du canton de Berne 30 ans plus tard. Les mouvements migratoires ont conduit au fait que dans les grandes villes de tradition réformée, à l’exception de Berne, le nombre de catholiques est supérieur à celui des réformés. Zürich, la ville de Zwingli, ne compte par exemple que 30% de réformés. A Genève, la ville de Calvin, cette proportion n’est plus que de 14%.

C’est dans les grandes villes que l’on retrouve le plus de personnes se déclarant sans-confession. Alors que leur pourcentage au niveau national est de 11%, ils sont 18% de la population dans les dix plus grandes villes, et même 30% à Bâle.

Bâle, on « sonderfall »

La ville de Bâle constitue d’ailleurs un cas à part dans ces statistiques. Alors que 46’802 personnes s’affirment catholiques à Bâle-Ville, ils ne sont en réalité que 35’741 à apparaître comme tels dans les registres paroissiaux. Et c’est dans ce demi-canton que se passent nettement le plus de sorties d’Eglise en Suisse. Par exemple, alors que Zürich et Winterthur ont connu entre 6 et 9 sorties d’Eglise pour 1’000 catholiques ces 15 dernières années, Bâle en a enregistré entre 15 et 30. Selon Roger Husistein, principal auteur de cette étude, ce phénomène s’explique surtout l’obligation faite aux membres de payer des impôts paroissiaux, contrairement à la plupart des autres cantons où l’Etat contribue aux coûts de l’Eglise ou alors la contribution des fidèles n’est pas obligatoire.

Les sorties d’Eglise ne constituent pas le seul motif de la baisse du nombre de catholiques en Suisse. Beaucoup d’enfants ne sont plus baptisés, donc plus répertoriés dans les registres paroissiaux. Ainsi, entre 1996 et 2005, les baptêmes ont baissé de 13% du côté catholique. De plus, durant cette même période, les naissances en Suisse ont connu une diminution de 9%.

L’étude du SPI se penche ensuite sur la situation des agents pastoraux au service de l’Eglise catholique pour mettre en évidence quelques profonds changements. Durant ces 25 dernières années, le nombre de prêtres a baissé d’un tiers. Une bonne partie d’entre eux sont actuellement à l’âge de la retraite et fonctionnement comme auxiliaires. Cette diminution est compensée par un fort accroissement du nombre de théologiennes et théologiens laïcs et de diacres, avec cependant de grandes disparités selon les régions. Pratiquement inexistants au Tessin et dans les Grisons, ils représentent actuellement la moitié de l’effectif pastoral dans les diocèse de Bâle et de St-Gall, ainsi que dans les cantons de Zürich et de Glaris. BB

Encadré :

La situation de l’Eglise en Suisse en huit chapitres

L’ouvrage «Katholische Kirche in der Schweiz. Zahlen-Fakten-Entwicklungen 1996-2005» est édité par le « Schweizerisches Pastoralsoziologisches Institut » de St-Gall, dirigé par Judith Könemann, docteur en théologie. Il est avant tout l’oeuvre de Roger Husistein, collaborateur scientifique au SPI.

L’étude porte essentiellement sur la période allant de 1996 à 2005, avec des périodes plus larges lorsque le matériel statistique le permet. Quelques données comparatives portent également sur l’Eglise évangélique réformée, ainsi que sur la situation des pays voisins sur certains sujets précis.

L’étude est divisée en 8 chapitres, portant sur l’appartenance religieuse de la population suisse, la structure et la répartition des diocèses, le personnel de l’Eglise catholique, la population étrangère, les congrégations religieuses, la relève en pastorale, les baptêmes et mariages y compris chez les réformés, la situation de l’Eglise catholique dans les pays limitrophes.

Schweizerisches Pastoralsoziologisches Institut SPI. «Katholische Kirche in der Schweiz. Zahlen-Fakten-Entwicklungen 1996-2005» (Eglise catholique en Suisse. Données – Faits – Evolutions). SPI St.Gallen, 2007. 120 pages. 30 frs. www.spi-stgallen.ch

(apic/as/bb)

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