Inde: Les chrétiens sont de la «matière explosive» dans le système des castes

Mise en garde du cardinal T. Toppo, archevêque de Ranchi

Mumbai, 14 janvier 2008 (Apic) Les violences antichrétiennes dans l’Etat indien d’Orissa, dans l’est de l’Inde, ont causé un véritable «tsunami humain», a mis en garde le cardinal Telesphore Placidus Toppo, archevêque de Ranchi. Président de la Conférence épiscopale indienne (CBCI), le cardinal Toppo a visité les zones où des chrétiens ont été attaqués par des fondamentalistes hindous fin décembre.

Le cardinal a déclaré que les autorités locales l’ont empêché de parler avec les victimes. Mais ce qu’il a vu sur place ressemble à un «tsunami provoqué par des êtres humains», a-t-il souligné au retour de sa visite dans la zone de Bubhaneshwar, capitale de l’Etat de l’Orissa, récemment frappée par une vague de violences anti-chrétiennes commises par les fondamentalistes du mouvement nationaliste hindou Vishva Hindu Parishad (VHP).

Dans la période de Noël, entre le 24 et le 27 décembre, des groupes extrémistes se sont déchaînés contre les propriétés de la minorité chrétienne, des Dalits et des membres des groupes tribaux. En Inde, les intouchables» ou «hors castes» ainsi que les tribaux, les «Adivasis», sont 170 millions. Lors de ces émeutes, 6 personnes ont trouvé la mort tandis que 70 églises et institutions chrétiennes ont été attaquées, détruites ou incendiées et 600 maisons ont été endommagées ou détruites.

Le cardinal Telesphore Toppo a été reçu du 2 au 4 janvier par Mgr Raphael Cheenath, archevêque de Cuttack-Bubhaneshwar. Mais les autorités locales l’ont empêché de rencontrer les victimes des agressions dans leurs habitations. Le cardinal a cependant pu en interroger certains à la résidence épiscopale. Il a pu également se rendre dans certaines zones qui ont subi les assauts des fanatiques du VHP, «où les gens sont encore sous le choc et vivent dans la peur et l’angoisse».

En fait, estime-t-il, le VHP a des motifs politico-religieux, craignant que les chrétiens ne progressent en nombre dans la région. «Nous sommes un réel danger pour leur système de castes». D’après le cardinal Toppo, 60 à 70% des catholiques de l’Inde sont des Dalits ou des «Adivasis», qui sont hors castes. En fait, dans la région touchée par les attaques des militants extrémistes du VHP, l’Eglise catholique a fortement progressé ces dernières années. En 2002, ce sont les minorités musulmans de l’Etat du Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, qui ont été victimes d’attaques du même type.

Des actes prémédités

Le prélat a également rencontré le Premier ministre indien Manmohan Singh pour attirer son attention sur la situation en Orissa. Dans la lettre qu’il lui a remise, le cardinal Toppo a qualifié de «vraiment tragique» la série d’attaques «injustifiées» contre les chrétiens dans le district de Kandhamal. «Sans aucun doute, écrit-il, il s’agit d’actes prémédités et menés par des forces sectaires». Dans une lettre circulaire, le cardinal a invité tous les diocèses et les institutions catholiques de l’Inde à envoyer aux communautés affectées par ces troubles de l’aide matérielle et des moyens financiers pour aider à la reconstruction.

Les chrétiens de l’Orissa ont été victimes d’actions menées par les hautes castes hindoues, qui veulent empêcher le travail de l’Eglise en faveur du développement des Dalits, estime le Père Cosmon Arockiaraj, secrétaire exécutif de la Commission pour les castes et les tribus classées (SC/ST) de la Conférence épiscopale indienne. (Dans les textes législatifs, ces groupes sont désignés par diverses expressions: «scheduled castes» et «scheduled tribes», respectivement castes et tribus classées, répertoriées, nda)

Suite aux critiques accusant les autorités indiennes d’inefficacité et d’»apathie» – accusations venant notamment de mouvements de défense des droits humains -, la Commission nationale pour les minorités (NCM) s’est rendue dans le district de Kandhamal dix jours après les «pogroms» antichrétiens. La délégation a notamment rencontré le «Chief Minister» (chef de l’exécutif) de l’Etat d’Orissa

Les missionnaires chrétiens, avec leurs programmes de formation et d’aide sociale et sanitaire pour les populations hors castes ont favorisé leur décollage, affirme le cardinal Toppo. Bien qu’ils ne soient qu’un faible pourcentage de la population, les quelque 30 millions de chrétiens jouent aujourd’hui un rôle important dans la société indienne. Ils pourraient croître à 200 millions, si tous les hors castes et les groupes tribaux devenaient chrétiens, estime-t-il, menaçant l’hégémonie du système traditionnel des castes. (apic/kna/asian/be)

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