Le pape revendique son droit à la parole

Rome : Annulation de la visite du pape à La Sapienza

Rome, 16 janvier 2008 (Apic) Le pape Benoît XVI a affirmé la légitimité de son intervention devant les étudiants de l’université romaine de La Sapienza en publiant le discours qu’il aurait dû lire à l’université romaine le 17 janvier 2008.

Le Saint-Siège a publié le texte que le pape aurait dû prononcer et dans lequel il affirme que «l’on ne peut pas jeter impunément dans la poubelle de l’histoire des idées (.) la sagesse des grandes traditions religieuses».

Dans sa longue intervention, Benoît XVI a ainsi tenté de répondre à plusieurs questions : «Qu’est-ce qu’un pape peut et doit dire lors de sa rencontre avec l’université de sa ville ?» ; «quelle est la nature et la mission de l’université ?» ; «Qu’est-ce que la vérité ?»

Affirmant avoir été invité à parler «comme évêque de Rome», Benoît XVI a reconnu que, «bien sûr, La Sapienza était autrefois l’université du pape» mais qu’elle était, «aujourd’hui, une université laïque (.) libre à l’égard des autorités politiques et ecclésiastiques». Cependant, a-t-il expliqué, «elle doit être liée exclusivement à l’autorité de la vérité». Benoît XVI en a profité pour noter que, lors de son intervention à l’université de Ratisbonne (Allemagne), en septembre 2006, il avait parlé «comme pape, mais surtout en tant qu’ancien professeur de (son) université, en cherchant à établir un lien entre les souvenirs et l’actualité».

Ayant ainsi à coeur de «prendre soin» des habitants de Rome qui lui sont confiés, Benoît XVI a affirmé qu’un pape «parle comme le représentant d’une communauté qui garde en soi un trésor de connaissance et d’expérience éthiques, qui est importante pour l’humanité tout entière : en ce sens il parle comme le représentant d’une raison éthique».

Aux yeux de Benoît XVI, «face à une raison qui nie l’histoire, qui cherche seulement à s’auto-construire dans une rationalité qui nie l’histoire, la sagesse de l’humanité comme telle – la sagesse des grandes traditions religieuses – est à valoriser comme une réalité que l’on ne peut pas jeter impunément dans la poubelle de l’histoire des idées».

Le pape a ensuite défini le rôle actuel de l’université. «Le danger du monde occidental est aujourd’hui que l’homme, face à l’étendue de son savoir et de son pouvoir, s’arrête devant la question de la vérité», a expliqué le pape. «Ceci signifie que la raison, en définitive, se plie devant la pression des intérêts et l’attraction de l’utilité, obligée de la reconnaître comme critère ultime».

Sourde au message

Ainsi, «du point de vue de la structure de l’université, il existe un danger, celui que la philosophie, ne se sentant plus capable de son véritable devoir, se dégrade en positivisme, que la théologie avec son message adressé à la raison, soit confinée à la sphère privé d’un groupe plus ou moins important», a expliqué le pape.

«Si la raison devient sourde au grand message qui vient de la sphère chrétienne et de sa sagesse, elle est déracinée comme un arbre dont les racines ne plongent plus dans les eaux qui lui donnent la vie», a insisté Benoît XVI.

«Appliqué à notre culture européenne ceci signifie : si celle-ci veut s’auto-construire sur le cercle de ses propres argumentations et sur ce qui la convint à un certain moment et – préoccupée par sa laïcité – se détache des racines desquelles elle vit, alors elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais elle se décompose et se brise.

Le Saint-Siège a présenté ce texte comme celui «que Benoît XVI aurait prononcé au cours de sa visite». De toute évidence, l’intervention du pape a subi des retouches majeures après qu’un groupe minoritaire de contestataires a entraîné le Vatican à «surseoir» à l’événement. (apic/imedia/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-annulation-de-la-visite-du-pape-a-la-sapienza-2/