L’OSAR ainsi que le Forum Tamouls Suisse très inquiets

Suisse : Suspendre les renvois au Sri Lanka

Berne, 22 janvier 2008 (Apic) Au vu de la nouvelle dégradation de la situation au Sri Lanka, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) demande aux autorités suisses de renoncer pour l’heure renvoyer des Sri Lankais vers ce pays. Quant au Forum Tamouls Suisse, il demande un blocage de l’aide internationale.

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR se montre très préoccupée à l’égard des récents développements qu’a connus la situation au Sri Lanka. Suite à la révocation du cessez-le-feu, on assiste à une nouvelle augmentation des affrontements armés. Le processus de paix a échoué. La poursuite des violences armées et des violations des Droits de l’homme est prévisible. La première victime en est la population civile, prise en tenaille entre les fronts.

En conséquence, l’OSAR demande aux autorités suisses de ne plus procéder à des renvois vers le Sri Lanka. La majorité des requérants d’asile parvenant en Suisse est en effet constituée de Tamouls originaires des régions en guerre de l’Est et du Nord du pays. Près de 30’000 tamouls sont réfugiés en Suisse.

A l’heure actuelle, il n’existe plus de région au Sri Lanka où ces personnes peuvent trouver un havre de sécurité. Le nombre de déplacés est estimé, suivant les sources, de 500’000 à 1’000’000 de personnes. Il faut s’attendre à ce que la reprise des combats entraîne de nouveaux mouvements de population.

Faciliter l’entrée en Suisse de nouveaux ressortissants sri lankais

L’OSAR appelle les autorités helvétiques à prolonger jusqu’à nouvel avis les délais de départ impartis à des requérants d’asile déboutés. En outre, l’entrée en Suisse de ressortissants sri lankais ne devrait pas faire l’objet de procédures bureaucratiques : « l’Office fédéral des migrations (ODM) se doit de traiter sans délai et sans chicanes les demandes d’asile présentées par des ressortissants sri lankais auprès de l’ambassade suisse à Colombo », plaide l’OSAR.

En outre, le Forum Tamouls Suisse a demandé en début de semaine que l’aide internationale au Sri Lanka soit coupée. Après la récente rupture du cessez-le feu sur l’île de l’océan Indien, ils craignent que cet argent ne serve à financer la guerre.

La Suisse, qui a joué par le passé un rôle important entre les parties conflits, a investi 10 millions de francs en 2007 dans des projets de développement au Sri Lanka.

Survenue mercredi, la rupture officielle de la trêve de six ans entre les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) et le gouvernement sri lankais fait craindre le pire au Forum Tamouls Suisse. L’association des Tamouls en Suisse a en effet peur que la population civile soit livrée à l’armée sri-lankaise une fois que les observateurs internationaux se seront retirés. Le fait que Colombo ait dénoncé le cessez-le-feu indique «que le gouvernement projette une guerre voire même un génocide», écrit le Forum dans un communiqué.

Les Tigres tamouls quant à eux s’en prennent aussi à la population civile sri-lankaise. Mercredi 16 janvier, ils se sont par exemple rendus responsables d’un attentat qui a fait 27 morts, indique l’association des Tamouls en Suisse.

Le Sri Lanka, qui compte quelque 20 millions d’habitants, est «complètement» dépendant de l’aide internationale, souligne le Forum Tamouls Suisse. C’est pourquoi il serait facile, selon l’association, de faire pression sur le gouvernement en supprimant l’aide internationale.

L’Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont déjà menacé de couper leur aide. En Suisse, la question fait débat. L’organisation d’aide au développement suisse Helvetas, qui est présente au Sri Lanka depuis 1978, se prononce quant à elle contre une suspension des fonds internationaux. «Si l’aide humanitaire est coupée, ce sont ceux qui souffrent déjà le plus qui en pâtiront, et non les dirigeants des parties prenantes du conflit», explique le porte-parole d’Helvetas Andreas Friolet à l’agence Swissinfo.

Critiques face au silence de la communauté internationale

Quant à Anton Ponrajah du «Center for just Peace and Democracy», dont le siège est en Suisse, il estime nécessaire de coordonner la suspension de l’aide internationale. Le Japon, l’UE, la Chine et les Etats-Unis sont les plus importants donateurs pour le Sri Lanka, indique-t-il.

Le Forum Tamouls Suisse critique également le silence de la communauté internationale, dont la Suisse, face au conflit. Au début de la trêve en 2002, la communauté internationale s’est fortement engagée. «Mais avec le temps, l’intérêt s’est affaibli».

Au moins 48 personnes ont été tuées depuis dimanche 20 janvier au Sri Lanka dans des combats au nord entre l’armée et les rebelles séparatistes tamouls, a affirmé le ministère de la défense. Le gouvernement de Colombo et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ne sont plus tenus depuis le 16 janvier par le très fragile cessez-le-feu qu’ils avaient signé le 23 février 2002, sous l’égide de la Norvège. Le contrôle de cette trêve assuré par Oslo et par l’Islande a ainsi pris fin le 16 janvier.

Les Tigres tamouls, hindouistes, se battent pour l’indépendance du nord et du nord-est du Sri Lanka, un pays peuplé à 75% de Cinghalais bouddhistes. Leur île de 20 millions d’habitants s’enlise dans le plus vieux conflit en cours en Asie, une guerre qui date de 1972, où alternent phases de combats, attentats et périodes d’accalmie. (apic/com/ag/vb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/suisse-suspendre-les-renvois-au-sri-lanka/