Apic reportage
Projet de centre spirituel et interculturel à Bâle
Josef Bossart, Apic / Traduction : Bernard Bovigny
Bâle, 23 janvier 2008 (Apic) « Parfois les gens nous regardent bizarrement quand ils nous aperçoivent avec notre habit de religieux, mais c’est normal », affirme Prasad Nellivilthekkathil en souriant. Cet Indien de 39 ans fait partie de la congrégation religieuse des carmes déchaux. Il vit à Bâle depuis septembre 2007 en compagnie de deux autres confrères. Ensemble, ils forment la communauté du « Prophète Elie ».
Il est pourtant vrai que le Kleinbasel est le coeur multiculturel de la ville rhénane. Mais le visiteur reste surpris lorsqu’un religieux indien vêtu d’une soutane brune lui ouvre la porte de ce couvent situé à quelques pas de l’église St-Joseph. A côté de la sonnette, on peut lire « Kloster Prophet Elias ».
C’et dans un appartement de cinq pièces, à la Müllheimerstrasse, que vit le Père carme Prasad avec deux compatriotes et confrères, Père Augustine Thayamattuparambil (39 ans) et Père Paxy Alumkal (35 ans). A côté des heures de prière, de contemplation et de pastorale – ainsi que d’études universitaires pour les Pères Augustine et Paxy – les achats, la cuisine et le nettoyage font également partie du quotidien. Action et contemplation, comme le prescrit la vocation de l’ordre des carmes.
Une des missions de cette communauté issue d’une province indienne dans le Kerala consiste à mettre en place à Bâle un centre spirituel et interculturel. Il devrait provisoirement avoir son siège à l’église St Joseph, dans l’espoir qu’il rayonne dans toute la région bâloise.
Ce projet inhabituel tire son origine d’une rencontre entre le Père Prasad et Ruedi Beck, curé de la paroisse St Joseph. Lors des JMJ 2005 à Cologne, nous avons parlé ensemble de l’Eglise, de l’ordre des carmes et aussi de Bâle, et nous sommes restés en contact, explique Prasad Nellivilthekkathil. Ce dernier, tout comme son confrère Augustine, a vécu plusieurs années en Allemagne et parle donc couramment l’allemand. Puis l’idée de ce projet a pris forme peu à peu. Après que le feu vert ait été donné par la congrégation et l’évêché de Bâle et que le financement ait été assuré par la création d’une fondation, le projet a pu démarrer. Au début septembre, la nouvelle communauté des carmes a été accueillie à l’église St Joseph lors d’une célébration.
Remarqués à cause de leur habit religieux
Depuis, le projet dans lequel apparaît aussi la diversité de l’Eglise catholique s’est développé de façon étonnante, se réjouit Ruedi Beck. De nombreux contacts ont été établis avec les personnes, groupes et institutions les plus divers. Egalement en ville de Bâle, les trois religieux sont devenus très connus. « Bien entendu, il se font notamment remarquer à cause de leur habit de religieux », lance l’abbé Beck.
Le Père Prasad a consacré sa thèse de doctorat au théologien et philosophe allemand Nikolaus von Kues (1401-1464). Il dirige maintenant la nouvelle communauté implantée à Bâle. Tous trois se trouvent encore dans la phrase d’apprentissage, dit-il. « Afin de comprendre ce dont ont besoin les gens d’ici, nous devons nous intégrer et nous inculturer ». La communauté vient d’organiser ses premières conférences, consacrées aux droits de l’homme en Inde et au militant pour l’indépendance Mahatma Gandhi (1869-1948), et elles ont rencontré un réel intérêt. Elle a en outre collaboré à la réalisation de la Semaine des religions.
Les trois religieux sont amenés à oeuvrer dans un domaine pastoral très vaste. Ils ont récemment collaboré à une journée de prière à l’église Ste Claire, avec adoration et confessions. Ils ont remarqué à cette occasion que beaucoup de personnes sont actuellement en situation de recherche spirituelle. « Il y a une grande soif de Dieu, et cela, même si les gens ne le disent pas ainsi », fait remarquer Père Prasad. Il se dit surpris par l’importance des problèmes de relation, des dépressions et de solitude, et par l’absence de soutien des liens familiaux.
Bienvenue aux visiteurs spontanés
La porte du couvent carme « Prophète Elie » est ouverte en permanence. Les visiteurs spontanés sont toujours les bienvenus, ce qui fait que les collusions de rendez-vous sont inévitables, affirme Prasad Nellivilthekkathil. Il est donc arrivé qu’au lieu de trois, on soit huit convives à table pour le repas de midi, raconte-t-il en souriant.
Aux yeux de Ruedi Beck, la grande disponibilité pastorale des trois carmes fait partie des chances offertes à leur projet : « Ici se trouvent trois prêtres, qui ont le temps et sont abordables en tout temps. Et c’est exactement ce que de nombreuses personnes cherchent aujourd’hui et ce dont elles ont besoin : pas de rendez-vous à prendre, mais pouvoir entrer en dialogue là et maintenant ».
Du fait que les trois carmes ne soient pas liés aux structures ecclésiales courantes, ils entrent en contact avec des personnes tout autres que celles qui s’adressent à un agent pastoral paroissial : « C’est surtout dans les domaines interculturel et interreligieux que se développent de toutes nouvelles initiatives », affirme l’abbé Beck.
Soigner la vie en communauté
Action et contemplation : tel est le programme de la communauté des carmes. C’est pourquoi, en dehors de la pastorale, il est pour eux tout autant important de soigner la vie en communauté et d’être ancrés dans la prière. Le Père Prasad l’exprime ainsi : « Nous devons d’abord vivre nous-mêmes notre spiritualité et être heureux. Et ensuite nous avons la force spirituelle nécessaire pour pouvoir donner quelque chose. Si nous n’avons rien, nous ne pouvons rien donner non plus ». Le matin et le soir, les trois carmes sont ensemble à l’église St Joseph pour la prière des heures : à 6h30 pour les laudes et la méditation, et à 18h30 pour les vêpres et la méditation. Surtout le soir, il arrive que jusqu’à vingt autres personnes soient présentes dans l’église pour participer à la prière.
Naturellement on pourrait souhaiter que cette communauté devienne plus grande, mais une telle décision ne leur appartient pas. Elle est du ressort de la direction de leur congrégation et du diocèse de Bâle, soulignent-ils. Et si on leur ordonne de revenir en Inde, ils n’ont plus qu’à obtempérer, conformément aux voeux d’obéissance exprimés à leur ordre.
Pour ce qui concerne le projet qu’ils doivent mener à Bâle, ils en confient avec confiance sa réalisation dans les mains de Dieu. Le Père Prasad l’affirme : « En fait nous sommes persuadés que nous ne pouvons rien bâtir nous-mêmes. Seul Dieu peut faire quelque chose. Nous sommes simplement des instruments à son service ».
Ruedi Beck le voit pour sa part ainsi : les relations humaines, les rencontres et la communauté sont des réalités qui ne se fabriquent pas. Elles demandent « du temps, de l’amour, des déceptions et des recommencements ». C’est pourquoi, s’il y a une réalité qui doit être développée chez les trois religieux, c’est la persévérance. Et sur ce point, il se montre très confiant.
Avis aux rédaction : Une photo sur ce sujet peut être commandée à l’Apic au prix de 80 frs. Adresse de commande : kipa@kipa-apic.ch
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