Lausanne: A l’Action de Carême, le droit à l’alimentation n’est pas une utopie

Apic- Interview

Les OGM: Une vraie fausse solution, pour Jean-Claude Huot

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Lausanne, 28 janvier 2008 (Apic) A deux semaines du lancement de la campagne oecuménique de Carême, Jean-Claude Huot, Secrétaire romand de l’Action de Carême, explique le choix du thème du droit à l’alimentation. S’il ne donne pas de délai pour éradiquer définitivement la faim dans le monde, le responsable de l’oeuvre d’entraide catholique affirme avec conviction qu’il faut agir concrètement pour créer plus de solidarités entre les continents. Interview.

Apic: Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir le thème de l’alimentation pour l’actuelle Campagne de Carême?

J.-C. Huot: Il y a plusieurs raisons. La première est qu’on ne peut pas rester insensible aux 850 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. La deuxième raison est que nos partenaires asiatiques, africains et sud-américains travaillent quotidiennement sur des problématiques comme la sécurité et la souveraineté alimentaires, l’accès aux ressources comme la terre, la mer, etc. Il nous paraît donc important de servir de relais au sein de l’opinion publique suisse pour faire entendre toutes ces préoccupations.

La troisième raison est que, comme le rappelle Jean Ziegler, rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, ce droit est négligé. Il est pourtant inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et dans le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels. Son respect est donc une obligation des Etats, obligation d’autant plus urgente que la récente augmentation des prix des céréales fait craindre le pire. Le droit à l’alimentation est plus que jamais menacé.

Apic: N’êtes vous pas utopique de vouloir éradiquer ainsi la faim dans le monde ?

J.-C. Huot: Quand 16’000 enfants meurent directement de la faim chaque jour, on ne peut pas parler d’utopie. C’est une question de survie. On ne doit pas perdre de temps. Il faut se battre avec de nombreuses volontés déterminées à faire respecter le droit à l’alimentation.

Apic: Quels sont vos partenaires pour l’actuelle campagne?

J.-C. Huot: En Suisse, nous menons cette campagne avec «Pain pour le Prochain» et «Etre Partenaire» qui sont respectivement des oeuvres d’entraide des Eglises protestantes et catholique chrétienne.

Au Sud de la planète, nous travaillons aussi avec des responsables locaux qui font un travail énorme auprès des populations. C’est le cas du Sénégalais Thierno Ba, hôte de la Campagne 2008. Coordinateur de Bamtaare, une organisation partenaire de l’Action de Carême active dans le nord du Sénégal, il est très engagé dans le développement à la base Il partage un objectif commun de développement durable pour son pays. Il sera présent en Suisse romande du 5 au 19 février et participera jeudi 7 février 2008 à 19h à un débat sur le thème du droit à l’alimentation à l’Espace Culturel des Terreaux, à Lausanne.

Apic: Quelles sont vos stratégies pour gagner la cause?

J.-C. Huot: Nous participons à l’alliance de 70 organisations avec lesquelles nous avons lancé la pétition «0.7% Ensemble contre la pauvreté» pour demander au Parlement suisse d’augmenter l’aide publique au développement à ce niveau du PNB. Nous faisons aussi un travail de lobbying auprès de l’ONU pour qu’elle rende les droits humains comme le droit à l’alimentation, plus contraignants pour les multinationales.

Apic: Quel est le délai que vous vous donnez pour qu’il n’y ait plus de faim dans le monde ?

J.-C. Huot: Ce combat n’est jamais gagné. Mais la réalisation des droits humains est possible chaque fois que des hommes et des femmes se lèvent pour en exiger le respect.

Apic: Que pensez-vous de la solution des OGM comme moyen de lutte contre la faim?

J.-C. Huot: Le monde n’a pas besoin d’organismes génétiquement modifiés (OGM) pour vaincre la faim. Indépendamment de l’inconnu lié aux questions de santé qu’ils posent, ils n’ont d’autre avantage que remettre le pouvoir aux multinationales qui s’approprient ainsi les droits sur les gènes des plantes ou des animaux alors que pendant des centaines d’années, des paysans en ont amélioré la qualité gratuitement. C’est une vraie fausse solution.

Apic: N’est-ce pas imprudent de refuser une solution qui pourrait un jour sauver l’humanité?

J.-C. Huot: Notre point de vue à l’Action de Carême est partagé par les partenaires du Nord et ceux du Sud. Au Brésil par exemple, les OGM sont jusqu’à maintenant utilisés seulement par de grands propriétaires fonciers et de grandes entreprises. Les petits paysans n’y trouvent aucun intérêt. Au contraire, ils se heurtent à de sérieux problèmes car ils dépendent complètement des semenciers à qui ils doivent acheter chaque année les semences. Ils perdent le droit de les reproduire eux-mêmes.

Apic: Comment les Suisses réagissent-ils à votre campagne?

J.-C. Huot: Les chrétiens nous accordent un soutien fort. On sent bien une volonté de s’engager auprès des plus démunis dans le monde.

Apic: Y a-t-il des difficultés auxquelles vous vous heurtez pendant la campagne ?

J.-C. Huot: Certaines personnes que nous rencontrons nous disent parfois leur lassitude, leur sentiment d’impuissance, y compris face à leur vie quotidienne, aux problèmes familiaux ou professionnels. Il est vrai que nous vivons dans un monde incertain. On vit dans une société qui perd ses repères et ses valeurs communes.

Il s’agit donc de se battre contre cette tendance à l’isolement et à l’impuissance pour créer plus de solidarités entre les continents. Nous travaillons également avec des personnalités politiques d’ici et du Sud. C’est par la mise en réseau que nous arrivons à des résultats.

Quand des villages arrivent à s’unir pour échapper à leurs créanciers en Inde ou au Sénégal, c’est un succès. Quand de l’argent caché en Suisse retourne dans le pays d’origine, comme ce fut le cas pour le Nigeria et comme nous le demandons pour Haïti, c’est un résultat positif. Tous ces chantiers restent ouverts, mais il faut oser poser sa pierre, si petite soit-elle. (apic/dng/be)

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