«La réforme agraire doit être poursuivie et approfondie»

Philippines: Les évêques débattent de la pauvreté en milieu rural

Manille, 30 janvier 2008 (Apic) 76 évêques catholiques des Philippines étaient réunis au centre catholique Pie XII, à Manille, du 22 au 24 janvier, afin de réfléchir au thème de la pauvreté en milieu rural, et de débattre des suites à donner à la réforme agraire de 1988. Ils ont fait part, à des parlementaires venus les rencontrer, de leur désir de voir reconduite et modernisée cette réforme, qui arrive officiellement à son terme en juin prochain.

C’est en 1988, sous la présidence de Corazon Aquino, qu’une loi sur la réforme agraire a été votée par le Congrès philippin, rappelle Eglises d’Asie (EDA) dans un communiqué diffusé le 30 janvier. Dans ce pays marqué par une pauvreté endémique en milieu rural et où les grands propriétaires terriens constituent une oligarchie puissante, le CARP (Comprehensive Agrarian Reform Program) avait pour objectif, en dix ans, de redistribuer des terres agricoles à 8,5 millions de petits paysans ou de paysans « sans terre » (à savoir possédant moins de trois hectares de terre agricole). Après avoir été reconduit en 1998 pour une nouvelle période de dix ans, le programme doit s’achever en juin prochain. Selon le dernier recensement, de 2002, l’agriculture et la pisciculture représentent 15% du PIB philippin et, sur une population de 85 millions d’habitants, les Philippines compte 5,5 millions de personnes travaillant la terre.

« Nous avons exprimé à nos parlementaires notre désir de voir poursuivie et approfondie la réforme agraire », a expliqué le président de la Commission pour l’action sociale, la justice et la paix de la Conférence épiscopale, Mgr Broderick Pabillo, évêque auxiliaire de Manille. Juste avant de se réunir pour leur assemblée plénière, du 25 au 28 janvier, l’épiscopat philippin a ainsi signifié au pouvoir législatif que, pour l’Eglise des Philippines, le partage des terres était essentiel si l’on voulait voir le pays sortir de ses difficultés.

Des évêques ont demandé que la réforme aille au-delà de la seule redistribution des terres et facilite l’accès des paysans aux semences, au crédit ainsi qu’à la formation. Ils ont aussi dénoncé l’accaparement de certaines des meilleures terres par les industriels de l’agro-alimentaire.

Tensions entre propriétaires terriens et les petits paysans

A l’issue de la réunion, Mgr Pabillo a confié que l’ensemble des prélats avaient été « satisfaits » de sentir un vrai soutien de la part des législateurs, et de voir que ces derniers souhaitaient, eux aussi, la prorogation de la réforme agraire. Cependant cette réforme ne fait pas l’unanimité. Dans la province de Negros Occidental, par exemple, les tensions entre les propriétaires terriens et les petits paysans sont vives et ne sont pas exemptes de violence.

Pour Mgr Martin Jumoad, évêque de la prélature d’Isabella, dans le sud philippin, la réforme doit certes être prorogée mais elle doit aussi être approfondie. Ces dernières vingt années, la volonté politique a fait défaut dans l’application de la réforme. Aujourd’hui, la redistribution des terres ne suffit pas, a-t-il expliqué. Trop souvent, les paysans reçoivent des terres mal desservies par le réseau routier, peu productives car difficiles à irriguer ou bien encore les moyens manquent pour leur mise en culture. Ces petits paysans se retrouvent contraints à vendre les terres qu’ils ont reçues. L’agriculture figure parmi les thèmes prioritaires que s’est donnée la Conférence épiscopale pour 2008. (apic/eda/mc)

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