Egypte: Mohamed Higazi, converti de l’islam, ne peut être chrétien sur sa carte d’identité
Le Caire, 31 janvier 2008 (Apic) L’Egyptien Mohamed Ahmed Higazi, converti de l’islam il y a quelques années, ne peut être chrétien sur sa carte d’identité. Selon les autorités égyptiennes, quiconque qui se convertit à une autre religion que l’islam porte atteinte à l’unité nationale et à la tradition égyptienne.
Invoquant ce type d’arguments, la Haute cour administrative d’Egypte a rejeté mardi la demande de celui qui se fait appeler Bichoï, du nom du « père du désert » saint Bichoï, disciple de saint Macaire.
Le jeune converti, âgé de 25 ans – qui vit caché avec sa famille -, voulait être reconnu comme chrétien sur ses papiers d’identité. Le tribunal a déclaré que les religions monothéistes ayant été envoyées par Dieu selon un ordre chronologique, « le fait de revenir de la religion la plus nouvelle à une plus ancienne est inhabituel ».
Un « baha’ï » autorisé à laisser vierge la mention de la religion sur ses papiers
Pour la Cour, celui qui choisit cette foi « s’éloigne du droit chemin et menace les principes, les valeurs et les préceptes de l’islam ainsi que les traditions égyptiennes ». Ce tribunal avait pourtant permis le même jour à un membre de la minorité « baha’ï » de laisser vierge la mention de la religion sur sa carte d’identité. Cette mention est qualifiée de discriminatoire par nombre d’organisations de défense des droits de l’Homme. En Egypte, les baha’ïs sont considérés comme des apostats.
Les nouvelles cartes d’identité égyptiennes ne mentionnent que les trois religions monothéistes reconnues par l’islam: christianisme, judaïsme et islam. Et ce document est obligatoire pour trouver un emploi, passer son permis de conduire, acquérir une propriété, ouvrir un compte à la banque ou même envoyer ses enfants à l’école ou s’inscrire à l’Université. En effet, le gouvernement exige que tous les papiers officiels comportent la mention de l’affiliation religieuse.
Sans carte d’identité ou sans acte de naissance, où ces mentions sont obligatoires, les Egyptiens sont privés de nombreux droits liés à la citoyenneté comme l’accès à l’emploi, à l’éducation ou aux services médicaux et financiers. L’an dernier, l’organisation de défense des droits de l’Homme « Human Rights Watch » avait estimé que la mention obligatoire de la religion sur les papiers officiels était source de discriminations.
Conversion de l’islam interdite
Il n’est pas question en Egypte pour un adepte de la confession majoritaire de se convertir au christianisme. Récemment une fatwa le menaçant de mort a été lancée contre Higazi. Ce jeune musulman est accusé d’apostasie suite à sa demande d’enregistrement, sur sa carte d’identité, de sa conversion auprès d’un tribunal civil. Higazi avait porté plainte contre le ministère égyptien de l’Intérieur, relevant que les chrétiens n’ont aucun mal à se convertir à l’islam, mais qu’en revanche pour un Egyptien musulman, il n’existe aucun moyen de faire reconnaître une conversion sur les papiers d’identité.
Ce n’est là qu’un exemple des discriminations qui frappent les chrétiens aux bords du Nil, bien que la Constitution égyptienne garantisse formellement la liberté religieuse. Le gouvernement laisse à la justice le soin de traiter les cas de convertis, et la décision dépend de la tendance du juge, qui peut être libéral ou un adepte strict de la charia, la loi islamique.
Le Père Samir Khalil Samir, jésuite égyptien, expert de l’islam, a expliqué à l’agence catholique italienne AsiaNews que la conversion de l’islam est considérée comme un scandale religieux, social et politique. Si un musulman se convertit au christianisme, encourage d’autres à le suivre, il devient une « plaie pour la société ». Il est considéré « comme un traître et un espion contre sa propre nation et par conséquent mérite la mort ».
En Egypte, toutefois, si le gouvernement affirme que celui qui abandonne l’islam porte atteinte à l’unité nationale, il n’applique pas la peine de mort pour les apostats. Mais Mohamed Ahmed Higazi n’a pas pu assister aux audiences de la Cour, car sa tête est mise à prix par les fondamentalistes islamistes. Des juristes islamiques ont accusé le gouvernement égyptien de ne pas en faire assez pour contrer l’évangélisation menée par certains milieux chrétiens. Dans ce pays, propager l’islam est considéré comme un devoir, par contre tout prosélytisme chrétien est interdit. (apic/asian/be)
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