Il souligne le devoir de demander pardon aux victimes

Fribourg: Mgr Bernard Genoud se dit profondément bouleversé par les cas de pédophilie

Fribourg, 1er février 2008 (Apic) L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) s’est déclaré le 1er février «totalement bouleversé» par les douloureux cas de pédophilie qui ont été mis en lumière ces dernières semaines dans le diocèse. Tout en demandant aux médias «d’arrêter la chasse aux sorcières» car «notre clergé est sain dans sa large majorité», «il travaille de façon exemplaire et répond aux exigences de l’Evangile», Mgr Bernard Genoud a souligné le devoir pour l’Eglise de demander pardon aux victimes.

Devant une presse venue en nombre de tous les coins du pays vendredi à l’évêché de Fribourg, Mgr Genoud a révélé la mise sur pied d’une Commission diocésaine «SOS Prévention», destinée à gérer les cas d’abus sexuels commis par des prêtres (*). Cet organe pluridisciplinaire et indépendant aura pour tâche d’enregistrer toutes les informations arrivant à l’évêché à propos d’éventuels abus sexuels.

La Commission vérifiera ces données et établira un rapport à l’intention de l’autorité diocésaine, «qui les traitera selon les dispositions canoniques en vigueur, mais sans oublier la justice civile». L’évêque a déclaré d’emblée qu’il aurait souhaité parler plus tôt, car d’aucuns lui ont fait le reproche d’être «aux abonnés absents» lors de la médiatisation des affaires de pédophilie dans son diocèse.

L’état de santé de l’évêque a retardé son intervention publique

Mais il a souligné que son état de santé s’était détérioré l’automne dernier, un cancer exigeant qu’il se soumette «à une chimiothérapie qui n’est pas sans effets secondaires». L’évêque souhaitait également que la communication se fasse d’abord sur des faits concrets, et il avait chargé pour cela son tout nouvel official, l’abbé Nicolas Betticher, puisqu’il s’agissait de questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence. Il lui a donc demandé de répondre aux questions des médias, «dans la limite de la préservation de la sphère privée et de la présomption d’innocence».

Il a reconnu qu’il fallait établir une distinction claire entre les fonctions d’official et d’attaché de presse, mais que l’abbé Betticher avait dû intervenir dans l’urgence pour faire face à la tourmente médiatique. Il l’a remercié d’avoir assumé «ce rôle délicat et souvent ingrat». Dans un avenir proche, la situation sera examinée pour savoir comment organiser au mieux ces deux fonctions.

Aux côtés de Mgr Genoud durant cette conférence de presse, on notait la présence de Mgr Rémy Berchier, vicaire général du diocèse de LGF, de l’abbé Nicolas Betticher, et du nouveau chancelier de l’évêché, Louis Both. Avec gravité, l’évêque a rappelé qu’avec la pédophilie, on aborde une pathologie dont les victimes sont des enfants. «Dans cette matière, tous nos engagements, tous nos efforts doivent d’abord être destinés aux enfants, à la prévention, à l’accompagnement des victimes, connues et inconnues, et auxquelles je ne sais comment assez demander pardon pour leurs injustes souffrances», a-t-il déclaré d’emblée.

Le silence sur les crimes de pédophilie a conduit à des situations dramatiques

Tout en soulignant que la pédophilie interpelle toute la société, pas seulement l’Eglise, Mgr Genoud a relevé qu’il serait erroné de vouloir stigmatiser l’Eglise dans son ensemble «quand ces crimes sont le fait de quelques-uns de ses ministres». Il a encore qualifié d’inacceptable «une espèce de traque» sur internet lancée contre un prêtre neuchâtelois. «Cette démarche va au-delà des limites légales, et elle est inacceptable!»

Concernant l’utilisation du droit canonique dans les procédures en cause, il a estimé qu’il ne fallait pas voir là une concurrence entre deux systèmes juridiques, «mais une double approche, l’une à caractère laïc, civil, l’autre à dimension spirituelle qui ne servent qu’un bien, celui des enfants en priorité».

Il a regretté que trop souvent et pendant trop longtemps, «dans les divers milieux de la société, et aussi en Eglise», la pédophilie ait fait l’objet d’un tabou. «Ses drames sont recouverts d’une chape de plomb». Mgr Genoud a toutefois reconnu des «manques de transparence, de clarté, de communication voire de courage qui ont pu conduire, malheureusement, à des récidives (.) Nous devons avoir le courage de l’avouer, devant tout le monde. Seule la reconnaissance de nos limites nous permet de demander pardon».

L’évêque de LGF a également relevé, en évoquant les procédures retenues par le Saint-Siège et la Conférence des évêques suisses – et il se doit de respecter le droit de l’Eglise avec ses règles propres – l’importance primordiale du travail des instances civiles: «Nous ne sommes pas à même de tout gérer à l’interne (.) C’est la raison pour laquelle nous proposerons systématiquement aux victimes de se présenter à la justice civile, et au besoin, nous les accompagnerons. Cela n’enlève en rien l’obligation pour la justice canonique de faire son travail».

Mais il a souhaité, comme l’abbé Betticher, un meilleur échange d’informations entre diocèses et au niveau mondial pour éviter que des prêtres pédophiles puissent se déplacer incognito d’un endroit à l’autre de la planète.

Déjà 14 appels sur la «hotline»

Mgr Genoud a relevé la possibilité, pour des raisons graves, de lever la prescription afin qu’une procédure canonique puisse tout de même être menée. «En cela, l’Eglise, au plan moral, ne connaît pas le principe absolu de la prescription», a-t-il confirmé. L’évêque a également précisé que l’évêché avait reçu 14 appels sur la «hotline» qu’il a mise en place. Sur l’ensemble, 9 personnes voulaient simplement parler, tandis que 5 demandaient un rendez-vous. Mgr Genoud en a déjà reçues deux. «J’ai rappelé tout le monde, sauf une que je n’ai pu atteindre. Ce sont des souffrances qui remontent à 20 ans, voire à 50 ans, et pas nécessairement dans notre diocèse». Il a encore précisé que la formation continue des agents pastoraux et celle des futurs prêtres dans ce domaine allaient être renforcées.

Mgr Berchier a lui aussi reconnu que l’Eglise n’était pas assez préparée face à ces problèmes et que les structures ecclésiales en place devaient être améliorées. «Nous avons essayé d’accompagner, mais nous n’étions pas suffisamment préparés.», reconnaît-il.

Et d’affirmer que les actes commis sur les enfants sont «graves, criminels et irréversibles», tout en reconnaissant ces blessures profondes et combien les victimes sont brisées. Présentant alors un «cheminement de pardon», le vicaire général propose au nom de l’évêque plusieurs démarches, notamment de célébrer des messes pour les victimes de pédophiles, qu’ils soient prêtres ou non.

Il demande aussi d’ouvrir des espaces de prière dans l’église mère de chaque canton où seront disposés une croix manifestant le Christ vainqueur de la mort et du mal, une reproduction de l’Enfant prodigue de Rembrandt et le texte d’une prière composée par Mgr Genoud demandant pardon aux victimes. Le jour du Vendredi Saint, l’évêque ajoutera une intention particulière pour les victimes et pour les prêtres pédophiles, et demandera officiellement pardon.

Conscient que pour les victimes, la guérison est le chemin de toute une vie, avec l’évêque, en lien avec des psychologues, le diocèse va réfléchir comment mettre sur pied des groupes anonymes qui pourraient accueillir des victimes et les aider à se soutenir mutuellement. De tels groupes pourraient également être mis sur pied pour les familles. Ces démarches, a-t-il conclu, sont encore à l’étape de la réflexion et nécessitent conseils, formation et professionnalisme. JB

Encadré

La famille Allaz demande le respect de sa sphère privée

Dans le cadre de la conférence de presse, Mgr Genoud a lu un message de la part du «neveu et de la victime du Père Joël», ce capucin parti de Fribourg en 1989, et qui a défrayé la chronique notamment en raison de ses agissements dans le diocèse de Grenoble. La victime et sa famille «demandent instamment que cesse le harcèlement médiatique», relevant que la sphère privée de la famille est un bien précieux qu’il faut préserver. «De plus, la famille Allaz communique que des éléments publiés dans la presse la concernant sont partiellement ou entièrement erronés et qu’il est dans l’intérêt de l’enquête, de l’opinion publique, de la famille, de son entourage au sens large du terme, et de la presse, que cesse toute allusion à notre famille. De plus, nous affirmons qu’aucun des aspects tragiques vécus dans notre famille ces dernières années n’a de liens avec l’affaire du Père Joël». La famille Allaz termine sa demande en affirmant que polémiquer davantage sur sa vie privée est une «cruelle preuve d’irrespect». Elle dit espérer désormais ne pas avoir à l’endurer. La famille a insisté pour que l’évêque donne connaissance de ce message.

Dans cette affaire, l’évêque ainsi que Mgr Rémy Berchier, dès qu’ils ont reçu le témoignage d’une victime, ont agi avec célérité, c’est-à-dire dès le lendemain du 1er octobre 2002. «Le 2 octobre, j’étais à Grenoble chez Mgr Louis Dufaux, pour lui transmettre une lettre de Mgr Genoud et lui faire part dans les détails de tout ce que nous avions entendu durant la soirée», confirme Mgr Berchier. JB

(*) Cette Commission est présidée par Françoise Morvant, ancienne Juge d’instruction du canton de Fribourg, actuelle coordinatrice du GRIMABU, le Groupe interprofessionnel fribourgeois de prévention contre la maltraitance et les abus sexuels sur les enfants. Elle est assistée de Franziska Bolliger, ancienne Juge d’instruction pour les affaires LAVI (Loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions), du docteur Michel Schmidt, médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, Me Jacques Meyer, avocat, et de l’abbé André Vienny, prêtre. Adresse courriel: sos.prevention@bluewin.ch, tél. de la Commission: 079 831 03 33 (apic/be)

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