Afrique de l’Ouest : 200’000 enfants exploités dans les plantations de cacao
Abidjan/Accra/ Dakar, 24 février 2008 (Apic) L’exploitation des enfants dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest continue, selon des Organisations non-gouvernementales (ONG). Et cela, malgré le tollé international que cette pratique a soulevé en 2000 et les nombreux programmes mis en oeuvre, depuis, par les gouvernements.
Très peu de choses ont changé pour les quelque 284’000 enfants ouvriers agricoles en Afrique de l’Ouest. Les Etats n’ont pas vraiment respecté les engagements pris.
Le Ghana et la Côte d’Ivoire assurent à eux seuls environ les trois quarts de la production mondiale de cacao, indique le Département d’Etat américain. Ils emploient 200 000 enfants dont environ 12 000 sont victimes du trafic transfrontalier, introduits clandestinement en Côte-d’Ivoire pour travailler dans des plantations de cacao.
Phil Lane, directeur Europe de « Stop the Traffik », une ONG américaine, citée par l’agence de presse onusienne « IRIN » (Réseau d’information régionale intégrée), a déclaré que beaucoup d’entre eux sont contraints de travailler dans des conditions dangereuses, pour un salaire de misère, ou parfois gratuitement.
« Aujourd’hui, les professionnels du secteur doivent accorder leurs actes à leur discours en investissant dans des projets pour soustraire les enfants ouest-africains des plantations et les ramener à l’école, où ils devraient être normalement », déclaré à IRIN Aidan McQuade, directeur d’Anti-Slavery International, une autre ONG.
Retards dans l’application du protocole visant à réduire le nombre d’enfants exploités
En 2001, neuf Êtats ouest-africains ont conclu avec le gouvernement américain un accord « volontaire » visant à diminuer le nombre d’enfants utilisés dans les plantations agricoles en Afrique de l’ouest. Connu sous l’appellation de « protocole Harkin-Engel » (du nom des deux sénateurs américains qui l’ont fait adopter), c’est accord est un protocole qui prévoyait, à l’époque, une réduction avant 2005, du nombre d’enfants travaillant dans les plantations, l’amélioration de leurs conditions de travail et une certification indiquant que la moitié de la production de cacao en Afrique de l’Ouest serait obtenue sans recourir au travail forcé des enfants.
L’échéance a été reportée à fin 2008 à cause des difficultés d’application, tels que le manque de ressources, le conflit en Côte-d’Ivoire, a souligné Muriel Guigue, porte-parole de la Fondation de l’initiative internationale sur le cacao (International Cocoa Initiative – ICI). Celle-ci regroupe des fabricants de chocolat, des ONG et des syndicats, et a été créée pour lutter contre le travail forcé des enfants dans les plantations de cacao.
La porte-parole de la Fondation Fairtrade, pour sa part, Eileen Maybin, estime que la certification du cacao est une politique qui n’apporte qu’une solution partielle au problème du travail des enfants, puisqu’elle ne s’attaque pas à la cause sous-jacente qu’est le faible prix du cacao.
Fonds insuffisants des gouvernements et des fabricants
L’initiative Harkin-Engel est financée par des gouvernements et des fabricants de cacao. Mais, pour certaines ONG, elle n’a pas fourni « assez de fonds » pour s’attaquer aux causes réelles du problème : la pauvreté qui pousse les planteurs à exploiter les enfants. Plusieurs organisations, comme l’ICI, travaillent avec des communautés pour les sensibiliser sur les dangers de la main d’oeuvre constituée d’enfants et de jeunes et à dénoncer ces pratiques illégales d’exploitation et de trafic des enfants. Ces organisations peuvent en partie résoudre le problème. Elles ont obtenu des résultats « positifs », à travers 16 projets en Côte- d’Ivoire et au Ghana. Dans ces deux pays, plus de 80% des plantations n’obligent plus les enfants à travailler avec des pesticides dangereux ou à porter de lourdes charges.
« Il faudra investir 112 millions de dollars pendant 10 ans pour aider tous les enfants victimes de l’exploitation dans les plantations de Côte -d’Ivoire et du Ghana », a fait remarquer Mc Quade d’Anti-Slavery International, une autre ONG engagée dans la lutte contre le travail des enfants dans les plantations agricoles.
Une plus grande partie de ces financements devrait être supportée par le secteur privé des pays acheteurs de cacao, a relevé de son côté Eileen Maybin de la Fondation Fairtrade. (apic/ibc/vb)
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