Berne: Lancement de la campagne «Euro 08 contre la traite des femmes»
Berne, 7 mars 2008 (Apic) En vue de la compétition européenne de football qui a lieu en Suisse et en Autriche en juin prochain, une bonne vingtaine d’organisations ont présenté vendredi 7 mars à Berne la campagne «Euro 08 contre la traite des femmes». Les organisatrices de la campagne veulent profiter de ce grand événement sportif et médiatique pour dénoncer ce fléau qui touche également la Suisse.
La campagne sera lancée officiellement le 8 mars, Journée Internationale de la Femme, par une vaste coalition d’organisations de femmes, de mouvements pour les droits de la personne, de centres spécialisés, d’oeuvres d’entraide, d’organisations religieuses et de syndicats. La campagne veut interpeller les hommes, qui sont des «clients potentiels des prostituées» à l’occasion de cet événement sportif, et encourager leur prise de conscience pour une meilleure protection des victimes.
Diverses actions de sensibilisation auront lieu ce samedi dans les villes de Suisse hôtes de l’Euro 08, a expliqué vendredi à Berne l’ancienne conseillère nationale bernoise Ruth-Gaby Vermot-Mangold (socialiste) et coprésidente de cette campagne. Ainsi des victimes symboliques de la traite des femmes traverseront le centre ville de Genève, Berne, Bâle et Zurich.
Les fans de foot, «clients potentiels de prostituées»
Les organisatrices veulent toucher le public le plus large possible par des spots publicitaires diffusés sur grand écran pendant l’Euro 08, des manifestations, un site internet détaillé et du matériel d’information, tout en récoltant des signatures pour une pétition en faveur d’une meilleure protection des victimes et des témoins. La campagne veut mobiliser en particulier les hommes, qui forment l’essentiel des fans de foot.
Au total, 23 organisations lancent la pétition pour «Plus de protection et de droits pour les victimes de la traite des femmes», avec des revendications claires à l’adresse de la Suisse. La pétition demande au Conseil fédéral et aux Chambres fédérales l’octroi de titres de séjours pour étrangères victimes de la traite des femmes, un droit «qui ne dépende pas de la volonté de témoigner» des victimes. Quelque 200 victimes demandent de l’aide chaque année, avec le risque le plus souvent d’être expulsées de Suisse, y vivant au noir. La pétition réclame également que la Suisse ratifie rapidement la Convention du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains.
La pétition prie les gouvernements cantonaux de ne pas criminaliser les victimes de la traite des femmes mais de leur octroyer un permis de séjour, de leur procurer un lieu de séjour sûr ainsi que l’assistance de spécialistes. Elle demande que la police, la justice et les services des migrations soient mieux formés, et qu’ils collaborent avec les centres spécialisés qui travaillent dans le domaine de la traite des êtres humains.
Marge de manoeuvre des cantons, malgré un climat peu favorable aux étrangers
Présentant les revendications de la pétition, Stella Jegher, d’Amnesty International Suisse et membre du comité de la campagne «Euro 08 contre la traite des femmes», a reconnu vendredi que le climat en Suisse apparaît bloqué concernant le droit des étrangers. «Mais les cantons ont tout de même une marge de manoeuvre pour la protection des victimes de la traite, ils ont la possibilité de leur octroyer un permis de séjour», a-t-elle déclaré.
L’objectif de cette campagne est d’informer sur la traite des femmes en Suisse et de mobiliser le grand public contre cette grave violation des droits humains. Environ deux millions et demi de personnes dans le monde sont victimes chaque année de la traite des êtres humains. 80% de ces victimes sont des femmes, rappellent les organisatrices de la campagne qui se poursuivra pendant tout le Championnat d’Europe.
La campagne, qui s’achèvera en automne prochain, est soutenue notamment par la section suisse d’Amnesty International (AI), des groupes religieux comme l’Armée du salut, le Conseil oecuménique des églises (COE), l’Entraide Protestante Suisse (EPER), la Ligue suisse des femmes catholiques (SKF), les Femmes Protestantes en Suisse (FPS), la Fédération suisse des femmes catholiques-chrétiennes, d’autres mouvements comme les Femmes socialistes suisses, des oeuvres d’entraide comme Terre des Hommes Suisse, l’OEuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), Swissaid ou les syndicat Unia et comedia. D’autres organisations soutiennent la campagne en tant que membres collectifs de l’association «Euro 08 contre la traite des femmes et la prostitution forcée».
Le comité de cette campagne, également soutenue financièrement par la Confédération, est coprésidé par la Bernoise Ruth-Gaby Vermot-Mangold, membre de l’Assemblée parlementaire Européenne, et la Zurichoise Doro Winkler, du Centre d’information pour les femmes d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est (FIZ). S’il n’existe pas actuellement de statistiques fiables dans ce domaine, le Conseil de l’Europe estime qu’au moins 500’000 personnes sont touchées par le trafic d’êtres humains en Europe, dont plusieurs milliers rien qu’en Suisse, avant tout des femmes et des enfants, selon Ruth-Gaby Vermot-Mangold. JB
Encadré
Une forme moderne d’esclavage
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), quelques deux millions et demi de personnes sont victimes chaque année de la traite des êtres humains. 80% d’entre elles sont des femmes ou des jeunes filles. Selon les estimations de l’Office fédéral de la police, entre 1’500 et 3’000 personnes sont ainsi acheminées chaque année vers la Suisse. Ces chiffres ne sont que des estimations, et doivent sans doute être revus à la hausse, affirme la campagne «Euro 08 contre la traite des femmes».
La traite des êtres humains est une forme moderne d’esclavage ainsi qu’un commerce très lucratif dont le bénéfice annuel est estimé à environ 35 milliards de dollars. C’est-à-dire qu’avec le commerce de drogues et d’armes la traite des êtres humains est l’une des activités criminelles les plus lucratives au monde, insistent les initiateurs de la campagne.
Ce sont les personnes recherchant un meilleur avenir pour elles et leur famille qui sont les principales victimes de ce trafic. Les intermédiaires leur promettent un emploi stable à l’étranger. Une fois arrivées dans le pays de leurs rêves, ces personnes ne trouvent qu’exploitation et travail forcé, bien souvent dans le domaine de la prostitution. Liées par des dettes fictives, menacées et violentées, les victimes de la traite ne peuvent que très difficilement se libérer de cette situation.
Lors de contrôles de police, les femmes concernées sont généralement immédiatement renvoyées dans leur pays d’origine. Même si elles sont reconnues en tant que victimes, elles n’obtiennent pas de permis de séjour à long terme. Au mieux, elles peuvent rester en Suisse si elles sont prêtes à témoigner contre les auteurs et uniquement pour la durée de la procédure. Elles doivent ensuite rentrer dans leur pays d’origine où elles se voient souvent stigmatisées et exposées à des actes de vengeance. Les victimes de la traite des êtres humains ne reçoivent qu’exceptionnellement un permis de séjour à long terme. (apic/com/be)
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