Tensions entre castes et missionnaires évangéliques étrangers

Inde: La violence religieuse dans l’Orissa causée par une évangélisation agressive

New Delhi, 11 mars 2008 (Apic) Le conflit religieux dans l’Etat d’Orissa, au nord-est de l’Inde, a été alimenté par une évangélisation agressive menée par des missionnaires évangéliques venus d’ailleurs et des tensions entre castes, affirme un responsable de la principale Eglise protestante du Nord de l’Inde.

Les causes des tensions sont à chercher dans les préoccupations relatives à la conversion des hindous au christianisme et dans un différend qui couve depuis longtemps au sujet des droits et des avantages accordés aux convertis chrétiens dans le système de castes indien. C’est ainsi que le pasteur Enos Das Pradhan, secrétaire général de l’Eglise de l’Inde du Nord, explique les causes des violences interreligieuses dans cette région. Dans un entretien accordé à l’agence oecuménique ENI, le révérend Das Pradhan relève que la recrudescence de l’évangélisation par des missionnaires venus de l’étranger et de l’Inde du Sud a attisé les tensions dans la région.

En décembre 2007, dans le district de Kandhamal, une violente confrontation entre chrétiens et membres d’un groupe hindou opposé aux conversions a déclenché une vague de représailles. Ces attaques ont causé d’importants dommages aux biens des chrétiens, alors en pleine célébration de Noël, leur fête sainte.

Ceux qui veulent se convertir doivent demander la permission.

Les préoccupations concernant l’évangélisation chrétienne dans l’Orissa remontent aux années 70, lorsque une législation anti-conversion fut adoptée par l’Etat. Selon cette loi, les personnes souhaitant se convertir au christianisme doivent faire une demande auprès des autorités du district pour se faire baptiser, faute de quoi elles sont passibles d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement. Depuis, sept autres Etat ont adopté une législation similaire. Dans chacun de ces Etats, les lois ont pour objectif de fixer des conditions à la conversion, mais les peines imposées sous la forme de perte des droits économiques et scolaires après la conversion varient.

Les Indiens de basses castes, aujourd’hui appelés dalits, auraient été la cible principale des violences dans l’Orissa. L’Inde s’est dotée d’une législation de discrimination positive, réservant aux personnes issues de castes économiquement ou socialement marginalisées un accès à certains postes gouvernementaux et des possibilités d’éducation. Les dalits chrétiens se sont cependant toujours vu refuser ces avantages pour la raison qu’en tant que chrétiens, ils ne subissent pas la discrimination fondée sur le système hindou de castes.

Les 160 millions de dalits de l’Inde représentent un septième de la population du pays. Les craintes que les propositions visant à étendre les avantages de la discrimination positive aux chrétiens dalits rendent la conversion plus attrayante ont conduit des hindous à s’opposer à ces propositions. Par ailleurs, compliquant encore plus la situation, les personnes issues des tribus aborigènes de l’Inde qui se convertissent au christianisme sont autorisées à conserver leurs prérogatives découlant de la discrimination positive. Les dalits et les aborigènes constituent prés de 75 % de la totalité des chrétiens convertis en Inde.

Pradip Thomas, spécialiste de la communication d’origine Indienne et professeur à l’Université du Queensland, en Australie, a déclaré que la présence d’évangélistes extérieurs avait contribué à la montée du militantisme anti-conversion dans des organisations hindoues telles que le Vishva Hindu Parishad (VHP) et le Bajrang Dal.

«L’avenir de la laïcité de l’Inde est en jeu»

Dans un communiqué publié en décembre dernier, l’organisation de défense des droits de la personne «Human Rights Watch» a exhorté les responsables tant hindous que chrétiens à oeuvrer en faveur d’une réconciliation pacifique, affirmant que l’identité laïque de l’Inde était en péril.

Selon le pasteur Pradhan, «le défi auquel est confrontée l’Eglise chrétienne en Inde aujourd’hui est d’apprendre à vivre en tant que chrétiens forts dans une société pluraliste». Il a ajouté que 60 ans après l’indépendance de l’Inde, «l’avenir de la laïcité est en jeu». Le christianisme, avec environ 26 millions de fidèles, est la religion de 2,3 % du 1,1 milliard d’habitants que compte l’Inde. Il s’agit de la troisième religion du pays, après l’hindouisme et l’islam. Le judaïsme est arrivé en Inde il y a près de 2 500 ans. (apic/be/eni/be)

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