Dakar: Les Etats musulmans à la recherche d’un second souffle au sommet de l’OCI
Dakar, 11 mars 2008 (Apic) Les pays musulmans du monde cherchent à adapter leur organisation commune, l’Organisation de la conférence islamique (OCI), aux nouvelles réalités du monde. Ils tiennent leur 11e sommet ordinaire à Dakar, les jeudi 13 et vendredi 14 mars prochain. Quelque 37 souverains des pays arabes du Golfe, chefs d’Etat ou leurs représentants participeront à ces assises, les secondes en 17 ans, à l’occasion de leurs travaux dans la capitale sénégalaise.
L’OCI a été créée en 1972, à la suite de l’incendie, le 21 août 1969, de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam après la Kaaba sur laquelle s’orientent quotidiennement plus d’un milliard de musulmans pour leurs cinq prières, et la mosquée du prophète Mahomet à Médine, en Arabie saoudite.
Pour le secrétariat général de l’Organisation et le Sénégal, pays hôte, «le contexte a changé et l’OCI doit s’adapter». Elle est à la croisée des chemins. L’islam «cristallise quasiment les passions contradictoires du monde moderne». La réalité qui s’impose à cette religion monothéiste est «à la fois perçue comme défi de la Oumma (communauté) et menace au-dehors. D’où, l’émergence d’un conflit, souvent violent, avec la civilisation occidentale», à savoir la civilisation judéo-chrétienne.
Les musulmans en Occident deviennent suspects après le 11 septembre
En Europe et en Amérique du Nord, la présence des communautés musulmanes est sujette à controverses. Elles sont considérées «tout au moins comme une bombe démographique» ou une réalité menaçant la civilisation occidentale. Ces communautés sont régulièrement la cible de partis politiques d’extrême droite, racistes et xénophobes pour lesquels il est nécessaire de mener une «croisade» contre les musulmans, censés représenter un «péril racial».
Dans le même temps, la communauté islamique mondiale semble être divisée. D’un côté, les conservateurs, de l’autre côté, les militants politiques, plus connus sous les appellations d’islamistes, d’intégristes ou de fondamentalistes. Autant les conservateurs sont plus tolérants, ouverts et modérés, autant les intégristes sont violents, agressifs et intolérants. Ils rejettent toute immixtion de ce qu’ils appellent les «puissances judéo-chrétiennes» dans les affaires musulmanes.
Ils dénoncent «l’occidentalisation» de la communauté islamique universelle, ainsi que la mainmise des occidentaux, des Etats-Unis en particulier, sur les ressources naturelles, pétrole et gaz, des Arabes. La violence est devenue le mode d’expression de leur contestation, notent les observateurs. Du coup, les détracteurs de l’islam voient en cette confession une religion violente.
Les critiques envers l’islam se sont exacerbées depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, faisant prospérer des idées erronées sur l’islam. Ainsi, la violence utilisée par des musulmans, au nom de la cause islamique, n’est pas partagée par l’ensemble de la «Oumma». «D’autant qu’elle n’épargne non plus les coreligionnaires musulmans, ni les institutions et les dirigeants qui les représentent», selon les observateurs.
L’OCI a du mal à faire disparaître cet amalgame entre islam et terrorisme, entretenu par les « idéologues de tous bords qui tirent des arguments, bons ou mauvais, de l’activisme de quelque musulmans adeptes de la violence pour régler les différends. Pendant ce temps, les musulmans du monde présentent une «façade lézardée» par des conflits politiques et idéologiques profonds, quelque fois raciaux, déplore l’Agence de presse sénégalaise (APS).
Les lignes de fracture chez les mahométans sont nombreuses. Outre les conflits, il y a les défis de l’éducation, de la formation, de l’emploi des jeunes, du rôle et de la place de la femme dans la société, de la paix et de la sécurité internationale, et du développement.
Pour le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, la charte de l’OCI de 1972 est dépassée, car le monde a beaucoup évolué et l’islam a pris une nouvelle dimension. «Il faut donc rénover et moderniser les institutions de l’OCI (.) Les musulmans doivent arrêter de se plaindre d’être des victimes pour devenir les acteurs de leur propre histoire», a-t-il ajouté dans une déclaration à la presse marocaine.
Atta Manane Bakhit, secrétaire général adjoint de l’OCI, a confirmé ces propos, en rappelant que le nombre de pays membres de l’organisation est passé de 25 en 1971 à 57 en 2007. «Le monde musulman traverse actuellement des situations difficiles accentuées par des guerres civiles dans plusieurs Etats membres (.) et quand on considère tous ces facteurs, il est difficile pour l’organisation de continuer sans changer (.)», a-t-il insisté. (apic/ibc/be)
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