Une église-mémorial qui divise

Russie: Tensions entre chrétiens et musulmans à propos de la tragédie de Beslan

Moscou, 26 mars 2008 (Apic) Le projet de construction d’une église orthodoxe en mémoire des 330 victimes de Beslan, en Russie, crée des tensions entre chrétiens et musulmans. Le 1er septembre 2004, des terroristes tchétchènes avaient fait irruption dans une école de la ville de Beslan, dans la région du Caucase. Les hommes armés avaient pris plus de 1’000 personnes en otages, avant tout des enfants et des adolescents.

Lors de la libération des otages par les forces spéciales du Ministère russe de l’Intérieur, dans des circonstances non encore entièrement clarifiées à ce jour, il y eut un véritable bain de sang faisant au moins 330 victimes parmi les otages.

L’évêque orthodoxe de Stavropol et de Vladikavkaz, Feofan (Aschurkow), avait annoncé, il y a un certain temps déjà, qu’une église devrait être érigée sur le terrain de l’école, à la mémoire des otages tués. En raison de la situation confessionnelle de l’Ossétie du Nord, la plupart des victimes étaient des chrétiens orthodoxes; quelques-unes aussi étaient musulmanes. Un accord avait été passé, en mars 2005, entre le Patriarcat de Moscou et l’Eglise russe orthodoxe hors-frontières pour la construction d’un monastère et d’un centre de réhabilitation à Beslan.

Protestation des musulmans

Dans ce contexte, le président du «Conseil des muftis russes», Rawil Gainutdin, a protesté contre le plan de construction d’une église sur le site du massacre. Il a affirmé que l’Eglise orthodoxe russe voulait manifestement accaparer pour elle la tragédie de Beslan. Ce serait, selon lui, irresponsable de présenter les événements comme s’il s’agissait d’un drame qui avait atteint seulement les chrétiens. Les quelque 20 millions de musulmans qui vivent dans la région en seraient «exclus», si l’on acceptait le plan de construction d’une église proposé par l’évêque Feofan. Ce dont a besoin la région, c’est, à son avis, d’un monument qui commémore une tragédie nationale, sans référence à une quelconque religion.

Quant aux habitants de Beslan, ils auraient, selon la porte parole du diocèse orthodoxe local, opté pour la construction d’une église comme mémorial. Il s’agit alors pour elle de respecter le choix de personnes qui ont perdu un ou plusieurs proches lors de ces événements ou qui ont elles-mêmes été otages. L’administration de l’Ossétie du Nord se cantonne dans des affirmations assez vagues à propos des discussions en cours concernant les options à prendre pour ériger le mémorial. (apic/ak/js)

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