Irak: L’assassinat du Père Youssef Adel est un «nouveau message» envoyé aux chrétiens

Accusés d’être à la solde des «croisés» qui occupent le pays

Bagdad, 7 avril 2008 (Apic) Des centaine de chrétiens ont participé dimanche aux funérailles du Père Youssef Adel, curé de la paroisse syriaque orthodoxe de St-Pierre et St-Paul, assassiné samedi 5 avril dans le quartier de Karrada, au centre de Bagdad.

Le Père Adel, âgé de 47 ans, avait déjà auparavant fui la violence sectaire en quittant le quartier à majorité sunnite de Dora, alors que les insurgés commençaient à incendier les églises et à déloger les familles chrétiennes de leurs maisons, sommés de partir sous peine de mort.

Le Père Youssef Adel avait déménagé avec sa femme Lamia dans un quartier relativement calme du district central de Karrada. Il s’occupait là de la paroisse de St-Pierre et St-Paul. Ce nouvel assassinat d’un prêtre est un «message» délivré aux chrétiens par les terroristes qui poussent les minorités religieuses à chercher refuge dans les zones chrétiennes de la Plaine de Ninive, non loin de Mossoul, au Kurdistan irakien ou dans les pays voisins, notamment en Syrie et en Jordanie.

Le cardinal Emmanuel III Delly, patriarche de l’Eglise chaldéenne catholique à Bagdad, a déclaré que les chrétiens irakiens étaient choqués après l’assassinat de samedi. «Nous prions et demandons à Dieu la sécurité pour l’Irak», a-t-il déclaré à la presse.

En s’en prenant aux minorités religieuses, les terroristes veulent effacer la diversité socioculturelle du pays et porter atteinte encore davantage à l’unité nationale et à la coexistence de nombreuses communautés religieuses et ethniques, notent les observateurs. Le Père Youssef Adel était directeur d’une école supérieure mixte, fréquentée tant par des chrétiens que des musulmans, garçons et filles confondus. Le prêtre avait déjà reçu des menaces dans le but de lui faire quitter ses fonctions.

Les chrétiens irakiens sont dans le collimateur, dénonce l’évêque de Troyes

Comme les autres chrétiens, il était accusé par les fondamentalistes islamiques d’être au service des «croisés» qui occupent le pays. Avant l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003, la communauté chrétienne irakienne comptait près de 800’000 membres (3% environ d’une population en très grande majorité musulmane chiite et sunnite).

Le dernier attentat antichrétien, l’enlèvement le 29 février de Mgr Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul, retrouvé mort le 13 mars dernier, avait déjà semé la crainte au sein de la minorité chrétienne qui fond comme neige au soleil. La majorité des chrétiens irakiens a déjà cherché refuge à l’étranger.

Ce nouvel événement dramatique survient après toute une série d’attentats contre des églises et des enlèvements et assassinats de prêtres et de diacres ces derniers mois notamment à Bagdad, Mossoul et Kirkouk. Ces attaques ciblées contre la minorité chrétienne ont pour but de la pousser hors de cette contrée entre Tigre et Euphrate qu’elle habite depuis les premiers siècles du christianisme.

Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, dans l’Aube, et président de Pax Christi France, a estimé que l’assassinat du Père Youssef Adel est une «nouvelle preuve que les chrétiens irakiens sont visés au plan religieux et persécutés du seul fait de leur appartenance». Pour le prélat français, qui conduisait récemment une délégation de Pax Christi en Irak, il ne suffit pas de déplorer ces attentats: «Le moment est venu de créer une commission internationale d’enquête pour trouver les sources et les auteurs de ces crimes et protéger les chrétiens qui restent encore dans le pays».

Mgr Marc Stenger a demandé dimanche la création d’une «commission internationale d’enquête pour trouver les sources et les auteurs de ces crimes et protéger les chrétiens qui restent encore dans le pays», avant de demander au gouvernement français de prendre une initiative dans ce sens. Il a encore relevé que le prêtre syriaque orthodoxe assassiné était «un homme de paix, de tolérance et d’unité». Il a été tué parce qu’il incarne des valeurs autres que le recours à la violence et le droit du plus fort, a-t-il ajouté. (apic/com/asian/px/be)

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