Les religions appelées à semer des « Graines de paix »

Genève: Entretien entre un musulman, un juif et un chrétien

Genève, le 7 mars (Apic) La jeune association «Graines de paix» a invité dimanche le père Christian Delorme, l’universitaire musulman Rachid Benzine et le grand rabbin Marc Raphaël Guedj à un échange de vues sur le rôle des religions dans la transmission des valeurs.

Le public a ainsi pu entendre, tout un dimanche après-midi, au théâtre de l’Espérance, à Genève, des propos d’une haute tenue sur les conditions à remplir pour que les religions contribuent à la paix et à l’harmonie et ne soient pas instrumentalisées par les fauteurs de violence.

« Nos intervenants ne sont ni fanatiques ni intégristes et sont portés au dialogue ». C’est de cette manière que Delia Mamon, la présidente de « Graines de paix », a présenté Rachid Benzine, Christian Delorme et Marc Raphaël Guedj.

« Graines de paix », basée en Suisse, se définit comme « apolitique, areligieuse et indépendante de toute obédience ». Face à la montée de la violence, elle cherche à éveiller des réflexes de paix en s’appuyant sur des valeurs humaines. Ces valeurs sont-elles éternelles et universelles ? demande Christian Delorme, connu pour sa présence auprès des jeunes des banlieues lyonnaises. En tout cas, elles bougent. C’est ainsi, par exemple, qu’en Occident, la sauvegarde de la création n’est apparue que récemment au premier plan.

Pour Christian Delorme, on ne peut pas se contenter de considérer le message des religions. C’est ainsi que, dans l’histoire, les chrétiens n’ont pas toujours été fidèles aux Béatitudes, tant s’en faut. Qu’est-ce qui fait que des hommes peuvent devenir des salauds ou des saints ? Durant la guerre d’Algérie, se souvient le prêtre, deux groupes de soldats français ont été capables de dire non à la torture : des communistes et des chrétiens. Les uns et les autres avaient été formés au respect de la dignité humaine dans leur famille, puis dans une organisation militante. Voilà comment peuvent être transmises les valeurs, souligne Christian Delorme.

Les dangers de l’absolu

D’une grande subtilité, les propos des deux autres orateurs se prêtent mal à une tentative de résumé. Voici à peine un reflet de l’une ou l’autre des idées émises, au risque de les trahir.

Il ne suffit pas de citer des passages du Coran ou de la Bible montrant qu’ils prônent la paix. Nos textes contiennent des éléments de violence comme des éléments de paix, souligne Rachid Benzine, un universitaire qui applique la méthode historico-critique à l’islam. Pour lui, les religions sont des langages. Avant d’invoquer la « Parole de Dieu », il s’agit de se demander, en dehors de toute référence religieuse, ce qu’est un langage humain. Un texte est une trace de la parole et non pas la parole, les mots ne sont pas la réalité, mais des conventions.

A partir de là, il s’agit de réinterroger nos héritages, de questionner nos vérités et de voir comment nos différences se sont constituées, historiquement et humainement, pour qu’elles ne deviennent pas différents.

Pour Marc Raphaël Guedj qui préside, à Genève, la fondation Racines et sources, il ne suffit pas de prononcer le mot « valeurs » pour se sauver de la violence. « Si je comprends la justice comme un absolu, elle peut être source de violence. L’amour lui-même peut être source de fureur. » Il s’agit de mettre les valeurs en tension. « Si je suis absolument charitable, je ne suis pas juste. Si je suis absolument juste, je ne suis pas charitable ». Cependant, pour le grand rabbin, il y a toujours un point qui transcende les valeurs et les met en harmonie. Il insiste pour que la transmission, en particulier aux enfants, ne consiste pas à plaquer sur leur esprit des vérités toutes faites, mais à permettre aux valeurs religieuses de germer dans leur conscience. Sinon, elles deviendront source de violence.

« La vérité n’est pas saisissable. Ou je la détiens et le dialogue est impossible ou je dialogue et je la relativise », a dit en conclusion Marc Raphaël Guedj. (apic/mba)

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