« Un pédophile ne peut pas être prêtre »
De Washington, Antoine-Marie Izoard, agence I.MEDIA
Washington, 16 avril 2008 (Apic) A bord de l’avion qui le mène à Washington, le 15 avril, Benoît XVI a évoqué les abus sexuels commis par des prêtres américains ces dernières années, se sentant particulièrement « honteux. « Un pédophile ne peut pas être prêtre », a affirmé le pape qui a par ailleurs souhaité « aider les victimes ».
Intervenant devant la presse qui l’accompagne dans ce 8e voyage à l’étranger, le pape a également évoqué les principaux objectifs de son séjour aux Etats-Unis, du 15 au 20 avril. Interrogé sur les affaires de pédophilie concernant des prêtres et qui ont éclaté ces dernières années aux Etats-Unis, il a ainsi évoqué « la souffrance de l’Eglise américaine et de l’Eglise en général ». « Il est difficile pour moi de comprendre comment des prêtres ont ainsi trahi leur mission », a confié le pape avant d’affirmer en anglais: « je suis profondément honteux ». « Nous ferons le maximum pour que cela n’ait plus lieu ».
« Nous avons des normes pour réagir de façon correcte », a encore dit le pape avant d’apporter une précision : « je ne parlerai pas actuellement des homosexuels, mais de la pédophilie qui est une autre chose ». « Nous exclurons totalement les pédophiles du ministère sacré », a-t-il alors affirmé, ajoutant que « c’est absolument incompatible » et que « ceux qui sont vraiment coupables de pédophilie ne peuvent être prêtres ».
Justice, pastorale et prévention
Le pape a ainsi évoqué trois niveaux d’action: la justice; la pastorale et la prévention. En premier lieu, il a souhaité « clairement aider les victimes parce qu’elles sont profondément touchées », répétant encore qu’ »un pédophile ne peut pas être prêtre ». Au niveau pastoral, Benoît XVI a souhaité promouvoir « la guérison, l’aide, l’assistance et la réconciliation ». Enfin, concernant la formation des séminaristes, le pape a appelé les évêques à « un fort discernement », notant qu’ »il est plus important d’avoir de bons prêtres que beaucoup de prêtres ». « Nous ferons tout notre possible pour guérir cette blessure », a conclu le souverain pontife.
L’Eglise américaine a recensé quelque 4000 victimes d’abus sexuels par des prêtres catholiques depuis un demi-siècle dans le pays. Benoît XVI devrait évoquer cette question délicate lors de sa rencontre avec les prêtres de la côte est des Etats-Unis, dans la cathédrale Saint-Patrick de New York, le 19 avril.
Egalement interrogé sur l’importance de l’immigration hispanique en Amérique du Nord, Benoît XVI a regretté le phénomène migratoire qui entraîne « le grand problème de la séparation des familles, qui est un danger pour le tissu social » des pays d’origine. Il a alors invité les différents Etats à faire en sorte que « personne n’ait plus besoin d’émigrer », en offrant du travail ou l’aide sociale nécessaire. Le pape a affirmé qu’il évoquerait cette question lors de sa rencontre avec le président américain George W. Bush, à la Maison-Blanche, le 16 avril.
Concept positif de laïcité aux Etats-Unis
Benoît XVI a aussi évoqué la présence de la religion aux Etats-Unis. « En Europe, nous ne pouvons pas tout simplement copier les Etats-Unis », a souligné le pape avant de parler du « concept positif de laïcité » dans le pays. Revenant sur la naissance des Etats-Unis, le pape a parlé d’un « Etat laïque séculier ouvert à toutes confessions et toutes formes de religion », un Etat « laïque par amour de la religion ». Devant « l’attaque d’un nouveau sécularisme » aux Etats-Unis « la situation est plus compliquée », a cependant reconnu Benoît XVI avant d’affirmer toutefois que « le modèle fondamental américain semble digne d’être observé aussi en Europe ».
Au cours de son intervention, le pape a également évoqué les deux objectifs de son voyage aux Etats-Unis: une « visite à l’Eglise des Etats-Unis » à l’occasion du bicentenaire de cinq diocèses américains, souhaitant aussi aider l’Eglise du pays à « réfléchir sur le passé » ainsi qu’à « répondre aux grands défis de notre époque, du présent et de l’avenir ». Benoît XVI a aussi évoqué sa rencontre interreligieuse, sa rencontre oecuménique et celle « avec nos frères juifs ».
Deuxième objectif, sa visite aux Nations Unies à l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme. Alors que cette visite a lieu dans un moment de « crise des valeurs », le pape a rappelé que « les Droits de l’homme, les valeurs et les principes non négociables sont le fondement de toutes les institutions ». Souhaitant pouvoir réaffirmer devant les Nations Unies cette « conception fondamentale », il a aussi expliqué que les Droits de l’homme représentaient « la philosophie fondatrice des Nations Unies ». Il s’agit, a encore affirmé Benoît XVI, de « valeurs communes que tous doivent respecter ».
Le pape est intervenu quelques minutes au cours du vol qui le menait aux Etats-Unis, alors que son avion survolait la France. Il a répondu à quatre questions posées par des journalistes participant à ce voyage, des questions sélectionnées au préalable par le Bureau de presse du Saint-Siège. (apic/imedia/ami/bb)
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