Fribourg: Hommage à Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, en l’église de Cugy
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg, 20 avril 2008 (Apic) Eglise comble vendredi soir dans la petite bourgade broyarde de Cugy, près de Payerne, où les membres du mouvement des Focolari étaient venus en nombre à la messe célébrée à la mémoire de sa fondatrice, Chiara Lubich, décédée à 88 ans le 14 mars à Rocca di Papa, près de Rome. Au même moment, sur les cinq continents, des commémorations étaient mises sur pied à la mémoire de cette femme originaire de Trente, en Italie du Nord, qui avait des liens d’amitié très forts avec la Suisse (*), et avec Fribourg en particulier.
Né pendant la Seconde Guerre mondiale, le mouvement des Focolari possède aujourd’hui des antennes dans 182 pays, des millions de sympathisants – de confession catholique, mais également de toute religion et croyances -, dans le monde entier, dont 30’000 en Suisse.
Présidée par le chanoine Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale St-Nicolas de Fribourg, assisté d’une vingtaine de prêtres, cette messe de commémoration, à un mois de la mort de Chiara Lubich, a permis de retracer en images la vie et l’oeuvre de cette pionnière de l’oecuménisme et du dialogue interreligieux. Illustration de la dimension essentielle de ce mouvement, la présence dans l’église de Cugy de sympathisants de l’Eglise réformée et d’une famille musulmane amie de Chiara Lubich.
La foule a tout d’abord été saluée par le Zurichois August «Gusti» Oggenfuss, membre de l’équipe de gestion du Centre international de Rencontre et de Formation des Focolari à Montet, un village voisin de Cugy. Il a rappelé la figure de Chiara Lubich, cette jeune fille de la ville de Trente, qui dut se battre pour pouvoir étudier, la famille connaissant la misère parce que le père, socialiste, avait perdu son travail. C’est que l’on était alors en plein régime fasciste. Elle allait rencontrer cette intuition de l’unité – «que tous soient un!» sous les bombardements de sa ville en 1943 et au fil des ans, elle allait devenir l’une des grandes figures spirituelles de notre temps.
Au nom de Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, et de toute l’Eglise diocésaine, le chanoine Ducarroz a rendu un vibrant hommage à cette pionnière de l’oecuménisme, à ce grand apôtre de l’amour fraternel et universel, à cet «humble messager d’espérance et de paix», comme aimait à l’appeler le pape Benoît XVI. «Je me sens tout petit aujourd’hui devant l’immense figure de Chiara Lubich. Mais il y a plus grand qu’elle, comme elle nous le rappelait, c’est le Christ qu’elle a suivi». «Chiara Lubich est un exemple lumineux de cet amour offert à tous… Quelle leçon pour chacun de nous!».
A la fin de la célébration, la foule s’est rendue pour une agape au Centre international de Rencontre et de Formation du mouvement des Focolari, à Montet, qui est l’une des 33 «cités pilotes» du mouvement établi sur les cinq continents. JB
(*) En août dernier, Chiara Lubich, avait été faite officiellement bourgeoise d’honneur de la commune de Mollens, en Valais, où elle résidait une partie de l’année depuis 1974.
Encadré
2000 jeunes sont déjà passés par Montet
Le Centre international de Rencontre et de Formation des Focolari à Montet offre une formation spirituelle et humaine aux jeunes «focolarini» venus du monde entier: depuis 1981, ils sont plus de 2’000 jeunes à avoir passé une année dans la bourgade de la Broye fribourgeoise. Ces jeunes, qui sont actuellement 104, sont de 33 nationalités différentes.
Les Européens sont de Suisse, d’Italie, de France, d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, du Luxembourg, de Malte, du Portugal, de Slovaquie, de Grande-Bretagne. Les Africains viennent d’Egypte, de Côte d’Ivoire, de Tanzanie, du Cameroun, du Kenya, de Madagascar, d’Ouganda. Les Asiatiques sont de Corée, des Philippines, de Chine, du Pakistan, du Vietnam, d’Indonésie, de Jordanie, du Liban, tandis que des Amériques viennent des jeunes du Brésil, d’Argentine, de Colombie, du Panama, du Mexique, du Nicaragua et des Etats-Unis.
Au cours de l’année qu’ils passent à Montet, les jeunes acquièrent des bases d’Ecriture sainte, de théologie, de morale et d’éthique sociale. Ils approfondissent la spiritualité de l’unité, qui est à la base du mouvement des Focolari, et développent leur connaissance des dialogues oecuméniques et interreligieux.
Mais ces jeunes doivent également assurer, par le travail, les bases économiques de leur séjour en Suisse: ils travaillent ainsi auprès de familles de la région, ou dans de petites entreprises qui se sont développées au fil des ans, comme l’artisanat du bois, le conditionnement de saumon fumé, les articles pour la prime enfance, les sièges de bureaux. Ils vivent dans de petites communautés d’hommes ou de femmes qui sont comme des familles, dans lesquelles ils mettent tout en commun et partagent la Parole de Dieu. A la fin de leur séjour à Montet, ils rejoignent l’une des 700 communautés de Focolari répandues dans le monde.
Depuis plus de 25 ans, Montet a accueilli plus de 100’000 visiteurs – des groupes de jeunes et d’enfants, mais également des pasteurs et des prêtres, des familles des milieux les plus divers. Les Focolari se sont également engagés dans la région: depuis 1994, deux communautés «focolare» de Montet sont au service d’enfants, de jeunes, de familles, qui ont trouvé dans leur spiritualité une style de vie qui les attire. Certains sont également engagés au service des paroisses de la région et du diocèse, ainsi que dans des projets oecuméniques, notamment à Payerne. JB
Encadré
Pionnière du dialogue interreligieux
Née à Trente, en Italie, en 1920, Chiara Lubich a donné naissance, en 1943, durant la Deuxième Guerre mondiale, à une oeuvre présente actuellement dans 182 pays et qui compte quelques 2,5 millions de membres. Parmi eux, des membres de 350 Eglises et Communautés ecclésiales, des personnes de religion musulmane, juive, bouddhiste, hindoue, taoïste, ainsi que des personnes sans conviction religieuse
En soixante ans d’existence, cette spiritualité de l’unité a fait naître des milliers d’initiatives concrètes menées à bien par des adultes, des jeunes et des enfants. Afin d’apporter une réponse aux graves disparités sociales, Chiara Lubich lançait en 1991 à Sao Paulo au Brésil l’»Economie de communion». Un projet qui anime aujourd’hui plus de 700 entreprises dans le monde.
L’engagement de Chiara Lubich a été notamment récompensé par le Prix Templeton pour le progrès de la Religion (1977), par le Prix Unesco de l’éducation à la Paix (1996), par le Prix européen des droits de l’homme (1998). Depuis 1996, neuf titres de Docteur honoris causa ont été décernés à Chiara Lubich par des universités d’Europe, d’Amérique latine, d’Asie et des Etats-Unis. Des titres qui lui reconnaissent l’apport décisif de son expérience appliquée à différentes disciplines: de la philosophie à l’économie en passant par la psychologie, la théologie et les communications sociales.
Citoyenne d’honneur de plusieurs villes à travers le monde, cumulant les prix oecuméniques, Chiara Lubich était encore présidente d’honneur de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix (WCRP). Elle est intervenue lors de la rencontre interreligieuse d’Assise en janvier de l’année dernière. Chiara Lubich, simple laïque, était une personnalité écoutée par les plus hautes autorités civiles ou religieuses de toutes confessions et religions. Approuvée par Jean XXIII, écoutée par Paul VI, proche de Jean Paul II, elle a participé à deux synodes d’évêques. (apic/be)
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