Historique: F. Lugo met fin à 61 ans de pourvoir conservateur

Paraguay: L’ex-évêque de San Pedro élu à la présidence du pays

Asunción, 21 avril (Apic) Historique: un évêque a été élu à la présidence du Paraguay, mettant fin à plus de 60 ans de règne de la droite conservatrice, au pouvoir depuis 1947.

A la tête de l’Alliance patriotique pour le changement (Apc), qui rassemble une trentaine de formations politiques progressistes et organisations sociales, l’ex-évêque (suspendu «a divinis») du diocèse de San Pedro, Fernando Armindo Lugo Méndez, est depuis quelques heures le président du Paraguay Avec 92% des suffrages dépouillés, les chiffres parlent d’eux-mêmes: 41% des voix favorables et un écart de 10% par rapport à la seconde candidature – Blanca Ovelar pour le Parti Colorado, au pouvoir depuis 61 ans – et de presque 20% par rapport au troisième candidat, le général putschiste Lino Oviedo. Le taux de participation à ce scrutin est de 65%.

A l’annonce de cette victoire, le centre de la capitale Asunción était en liesse, rassemblant près de 80’000 personnes dans la zone du Panthéon des héros que l’ex-évêque Lugo a choisi pour prononcer son discours: «Le triomphe est au peuple paraguayen qui a cru au changement et l’a fait devenir aujourd’hui réalité. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans l’histoire du pays. Dès maintenant, les choses changeront en mieux. Vous êtes les héros de ce résultat. (.) Notre pays a fait preuve aujourd’hui d’un grand civisme parce que nous remportons ce changement que nous souhaitions depuis le début de la campagne électorale».

Aux côtés du tombeur de la droite, figuraient le vice-président élu Federico Franco du parti libéral radical Authentique (centre) et les représentants d’autres groupes décisifs pour la victoire de l’Apc, comme le Mouvement populaire Tekojoja et le Parti Mouvement au socialisme (P-mas).

La droite ne désarmera pas

Il y a moins de deux semaines, une des organisations qui ont soutenu le candidat Lugo (»Laicos pela Mudança», «Laïcs pour le changement») avait rappelé que : la pauvreté afflige dans le pays un tiers minimum de la population. Au moins 500’000 Paraguayens ont émigré par nécessité à l’étranger (notamment en Argentine et en Espagne) ; près de la moitié du territoire national est concentré entre les mains d’étrangers et est destiné aux monocultures, donnant lieu à l’expulsion des paysans et endommageant gravement l’environnement.

Le Paraguay se trouve aux premières places dans le monde pour son niveau de corruption et de trafics de mafias, de drogue, de contrebandiers, d’entreprises malhonnêtes d’ampleur transnationale. C’est à tout cela que la coalition composite de l’ex-évêque Lugo, caractérisée en son sein par une grande variété de positions politiques, devra faire face. Bien qu’étant déjà certains, les résultats électoraux ne seront officiels, d’après les estimations, que le 16 mai prochain. Le nouveau président sera investi de ses fonctions, selon les dispositions nationales, le 15 août. «Ni clientélisme ni sectarisme» est l’un des mots d’ordre énoncés par Lugo concernant la formation du nouveau gouvernement dont feront partie «les meilleurs», au-delà de leurs couleurs politiques. Cependant, la composition du nouveau parlement sera elle aussi décisive au sein duquel le parti Colorado – auquel appartient Nicanor Duarte qui a déjà annoncé une féroce opposition – et les partisans du général Oviedo pourraient devenir une source de gouvernance difficile.

L’autre chemin de l’ex-évêque

La dernière fois manifestation de liesse populaire comparable à celle de dimanche au Paraguay remonte à la chute du dictateur Alfredo Stroessner. C’était en 1989.

Avec la victoire de «l’évêque des pauvres», ainsi nommé dans le pays, le marché commun régional du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay plus les pays associés Chili et Bolivie et le Venezuela en cours d’intégration) ne compte désormais que des gouvernements de gauche.

Fernando Lugo est une figure très aimée des campesinos, également pour son récent passé d’évêque dans le diocèse pauvre de San Pedro. Mais un décret du cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, devait cependant le suspendu ad divinis. Le décret en question interdit à l’évêque d’exercer le ministère pastoral, sauf en cas d’extrême urgence, a été rendu public par la nonciature d’Asuncion, le 1er février 2007.

Le président élu du Paraguay avait reçu du cardinal Re une lettre d’avertissement dès l’annoncé de sa candidature le 25 décembre 2006. L’évêque, nommé en 1994 par Jean Paul II, avait présenté sa démission en 2004. Plus récemment, il avait demandé à Benoît XVI d’être réduit à l’état laïc. Une demande refusée, comme l’a expliqué le cardinal Re, parce que «l’épiscopat est une charge acceptée librement et pour toujours». Il a aussi précisé qu’un évêque travaille «pour la sauvegarde des âmes et pas pour le gouvernement de la communauté politique».

Mgr Fernando Lugo avait donc dû se résoudre à annoncer sa décision de présenter sa candidature aux élections présidentielles, assurant que «sa renonciation» à son ministère de prêtre était «douloureuse mais, en même temps, le rendait heureux car à partir d’aujourd’hui, sa cathédrale était le pays». Il avait aussi expliqué vouloir «mettre fin à une longue histoire d’exclusion sociale, dans laquelle les responsables ont un nom». Il faisait référence aux soixante ans de pouvoir du parti Colorado. «Je ne me sens ni de gauche, ni de droite, ni de dessus, ni de dessous», avait encore déclaré l’évêque défiant l’actuel président Nicanor Duarte. A partir d’aujourd’hui, avec mon entrée dans l’arène politique, je suis à la disposition du peuple, avait-il expliqué. Il l’a confirmé dimanche soir, sa victoire historique acquise. (apic/misna/ag/arch/pr)

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