Lausanne: Assemblée générale 2008 de Pax Christi Suisse à Notre-Dame au Valentin
Lausanne, 21 avril 2008 (Apic) Pax Christi Suisse, la section suisse du mouvement catholique international pour la paix fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, peine à joindre les deux bouts. Si Pax Christi ne trouve pas de nouvelles sources de financement avant 2010, le mouvement devra certainement fermer son secrétariat dans les locaux du Centre diocésain au Chemin du Cardinal Journet 3 à Villars-sur-Glâne. Et se contenter de l’engagement de ses bénévoles.
En présentant les comptes de l’association, samedi 19 avril à Notre-Dame au Valentin, à Lausanne, le trésorier Eric Revillet n’a pas caché la réalité à la quinzaine de membres présents: Pax Christi a certes le soutien de la Conférence des Ordinaires Romands (COR), mais dans la discussion avec les évêques romands, la subvention conjointe de 50’000 francs de l’Action de Carême et de la Conférence Centrale Catholique Romaine (RKZ) n’est garantie que pour 2008 et 2009. Après, Pax Christi devra trouver des fonds ailleurs, faute de quoi le mouvement devra travailler sur une base totalement bénévole.
«Nous avons 12 à 15 mois pour développer des stratégies afin d’obtenir de nouvelles recettes, sinon.», constate Eric Revillet. Le mouvement a clos ses comptes 2007 avec une perte de près de 9’500 francs (sur des dépenses en 2007 de 79’300 francs). Malgré le développement de ses activités dans les paroisses et les écoles de Suisse romande, le secrétariat avait déjà dû se séparer l’an dernier d’Adrien-Claude Zoller, collaborateur scientifique (à mi-temps), pour des raisons financières. Actuellement, Pax Christi récolte en outre près de 20’000 francs annuellement par des actions, quêtes dans les paroisses et abonnement au Bulletin «Si tu veux la paix».
Mais évidemment, cela n’est pas suffisant pour faire vivre le secrétariat, d’autant plus que Pax Christi n’a plus pu compter sur sa part à la quête du Dimanche pour les Droits Humains (autour du 10 décembre), action que le mouvement menait chaque année avec Amnesty International, l’ACAT, Justice et Paix et la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) auprès de l’ensemble des paroisses chrétiennes de Suisse. C’était un revenu variable, mais important (un peu plus de 10’000 francs en 2006).
De la ségrégation raciale aux Etats-Unis au «macro-apartheid de la mondialisation»
En introduction de la journée, le Père Jean-Pierre Barbey, qui s’est fait connaître comme «aumônier des réfugiés» dans le canton de Vaud, a évoqué l’engagement de Rosa Parks, une humble couturière noire, qui un jour de décembre 1955, à Montgomery, en Alabama, refusa de céder sa place à un Blanc dans le bus, contrevenant ainsi à la loi en vigueur dans cet Etat américain ségrégationniste. En agissant ainsi, pour la dignité de ses soeurs et de ses frères de couleur, elle va être le détonateur d’une action qui allait durer 382 jours: le fameux boycott des bus de Montgomery, mené par deux pasteurs, Ralph Abernathy et Martin Luther King.
Durant plus d’un an, ce ne sont pas moins de 40’000 Noirs qui vont parcourir à pied, à vélo ou en covoiturage les kilomètres les séparant de leur lieu de travail. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des Etats-Unis déclare contraires à la Constitution les lois imposant la ségrégation dans les transports. «N’est ce pas là un des fruits de l’Esprit Saint, promis par Jésus à ses disciples: restituer à ceux qui en étaient privés, leur dignité d’Enfant de Dieu? Ne nous arrêtons pas en chemin!», a lancé le Père Barbey.
«Oui, je rêve et me réjouis de ce que aujourd’hui d’autres couturières, d’autres femmes et d’autres hommes osent affirmer en toute paix et simplicité de coeur leurs convictions profondes. Quitte à devoir le payer d’une amende ou par un séjour derrière les barreaux! (.) Je rêve que dans nos Eglises, avant de chanter: ’laisserons nous à notre table un peu d’espace à l’étranger? Trouvera-t-il quand il viendra un peu de pain et d’amitié?’, nos communautés invitent à nos messes un requérant débouté ou un autre frappé d’une ’Non Entrée en Matière’ (NEM). Qu’ils viennent eux-mêmes nous faire connaître dans quelles conditions inhumaines ils doivent vivre. Aujourd’hui, au milieu de nous…»
Savoir dire non au système, pour dire oui à la libération
Dans la partie thématique de la journée consacrée à l’éclairage de la situation en Afrique du Sud et en Palestine/Israël, répondant à l’interpellation du Père Jean-Pierre Barbey, Soeur Claire-Marie Jeannotat a souligné que Rosa Parks avait su dire non, «pour dire oui à sa dignité de femme, d’enfant de Dieu». La religieuse de la Congrégation de la Sainte-Croix de Menzingen a vécu trente-quatre ans en Afrique du Sud, dans la pire période d’apartheid, système raciste contre lequel elle s’est battue de toutes ses forces.
«Savoir dire non, c’est héroïque, le système ne va pas te pardonner. «, a-t-elle lancé. A l’époque, elle se lie d’amitié avec le théologien sud-africain Albert Nolan, «un homme de paix, qui a eu lui aussi le courage de dire non». Ce religieux, qui fut d’abord employé de banque, a écouté, regardé et jugé le système de l’apartheid à la lumière de l’Evangile.
De grandes similitudes entre le système d’apartheid et la politique d’Israël
«Mais ce n’est pas tout: il a agi. Car il faut agir, c’est l’orthopraxie face à l’orthodoxie, et quand l’orthodoxie veut la paix, comme le désire la hiérarchie, l’orthopraxie veut la libération. Etre baptisé, c’est dire non au système et à la loi et l’ordre qui ne bénéficient qu’à une minorité! En effet, après avoir dit non, il faut faire quelque chose. J’ai dû moi-même me convertir, car je croyais tout savoir». En Afrique du Sud, déplore-t-elle, les séquelles de l’apartheid ne sont pas guéries après la libération de 1994 et le combat pour la justice continue.
Rentrée en Suisse en 1981, la religieuse jurassienne n’a cessé depuis lors de se battre contre toutes les formes d’apartheid et de rejet de l’autre, «car l’apartheid continue globalement, au niveau mondial. Et la mondialisation, c’est un nouveau défi pour nous, car c’est une forme de macro-apartheid!». La religieuse, en écoutant l’exposé du journaliste de l’agence Apic Jacques Berset, de retour d’Israël, sur la situation des chrétiens en Terre Sainte et les discriminations dont sont victimes les Palestiniens citoyens d’Israël et ceux des territoires occupés, s’est vite retrouvée en terrain connu. Et de s’écrier: «Il y a de grandes similitudes entre l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid et la politique d’Israël». (apic/com/be)
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