De plus en plus menacée par l’agrobusiness mondialisé

Québec: Les évêques catholiques demandent que la province protège l’agriculture familiale

Montréal, 28 avril 2008 (Apic) Les évêques catholiques du Québec lancent un appel au gouvernement de la province canadienne demandant «un contrat social avec le monde rural». Dans son traditionnel message à l’occasion du 1er mai, fête des travailleurs, le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec réaffirme le rôle essentiel de l’agriculture dans la société québécoise, en prenant la défense de l’agriculture familiale de plus en plus menacée par l’agrobusiness mondialisé.

Lundi 28 avril, Mgr Roger Ebacher, archevêque de Gatineau, à l’occasion de la visite d’une ferme familiale, a fait connaître au public le message des évêques du Québec à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs/ses, le 1er mai 2008.

Sur le thème «Fruits de la terre et du travail humain – Pour un contrat social avec le monde rural», le message est publié par le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), dont est membre l’archevêque de Gatineau.

Dans le contexte de la crise alimentaire à l’échelle planétaire et au moment où la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec (CAAAQ) vient de déposer son rapport, le Comité des affaires sociales de l’AECQ désire apporter sa réflexion sur la difficile réalité des producteurs/trices agricoles au Québec.

Soulignant les effets de l’industrialisation sur l’agriculture, les évêques relèvent qu’avant 1960, l’agriculture était un mode de vie. «Les gens vivaient au rythme de la nature, elle leur enseignait le soin et le respect à donner à la terre. Le territoire était occupé par de nombreuses fermes de type familial. En introduisant de nouvelles technologies et méthodes de production, l’industrialisation a apporté d’importants changements au monde rural». A long terme, relèvent-ils, ces changements ont eu des répercussions sur les cultivateurs, la culture du sol, les élevages, l’environnement, la taille des fermes, la commercialisation des produits agricoles et la désertification des campagnes.

L’exigence de spécialisation et de productivité destinée à rentabiliser les investissements a joué un rôle dans la diminution d’un nombre important de familles et de fermes dans la campagne. Elle a favorisé la concentration des entreprises agricoles et agroalimentaires. Selon le document de consultation de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire, la population agricole ne représente plus que 6,4% de la population rurale du Québec. Les régions périphériques ont continué de subir une dévitalisation de leurs communautés rurales mettant en cause la viabilité de leurs services publics et privés.

Pour les jeunes, il devient plus en plus complexe de s’établir dans le secteur agricole. Même s’ils ont reçu une formation technique ou universitaire dans le domaine, plusieurs obstacles se pointent devant eux. Tout d’abord, les exigences de la profession qui astreint à travailler 7 jours sur 7, surtout dans les productions animales. De plus, la valeur marchande des fermes ayant considérablement augmenté, il faut une mise de fond substantielle pour un acheter une ferme, en transférer la propriété ou s’associer avec les parents.

L’industrialisation a aussi transformé les machineries agricoles et les façons de travailler la terre afin de répondre aux exigences des productions spécialisées et des marchés, note le document des évêques. Certaines pratiques ont des effets néfastes sur l’écosystème, l’environnement et à plus long terme sur la santé de tous.

Et de citer l’exemple frappant de la pratique de la monoculture sur de vastes terres agricoles et l’usage excessif de fertilisants chimiques et de pesticides utilisés pour accroître les rendements. Les évêques déplorent également une pratique qui s’impose de plus en plus: l’utilisation de semences génétiquement modifiées et brevetées sous le contrôle de multinationales.

L’usage détourné du sol agricole: la production du bioéthanol et de la drogue

Avec la montée du prix du pétrole, les évêques notent l’apparition de la culture de matières végétales pour produire du bioéthanol afin de répondre à des besoins énergétiques de consommation. «Nous perdons aussi de plus en plus de bonnes terres fertiles au profit d’étalements urbains et de projets de construction d’autoroutes et de méga centres d’achats en périphérie des villes. De plus, depuis quelques années, des terres agricoles et des zones boisées de diverses régions du Québec sont envahies par la culture de la marijuana pour le marché de la drogue à l’insu des agriculteurs et agricultrices».

L’agriculture est en crise, constatent les évêques dans un véritable cri d’alarme. Parmi les causes, ils mentionnent l’endettement des fermes, l’instabilité et la libéralisation des marchés, les maladies dans les troupeaux (tremblante du mouton, crise de la vache folle), les changements climatiques, les exigences environnementales, les problèmes de cohabitation avec les citadins. «Il en résulte des conséquences très sérieuses qui conduisent à la perte de la qualité de vie familiale».

Défendant l’idée de «souveraineté alimentaire» et d’une agriculture plus écologique, les évêques prônent des pratiques de développement durable pour sortir des impasses provoquées par les exigences de l’agriculture industrielle et par la mondialisation des marchés. Ils demandent un rapprochement des agriculteurs vers les consommateurs. «Nous avons besoin d’un contrat social qui liera l’Etat, les citoyens et les agriculteurs/trices, plutôt que d’être au service d’une industrie», insistent encore les évêques dans leur document.

«Le Congrès eucharistique international 2008, qui se tiendra à Québec du 15 au 22 juin, sera l’occasion de rappeler combien le mémorial de la messe nous invite à partager les fruits de la terre et du travail des humains. Nous sommes conviés à poursuivre avec d’autres un engagement solidaire pour la protection de la terre et le bien de l’humanité», conclut le Comité des affaires sociales composé de Mgr Gilles Lussier, Mgr Roger Ebacher, Mgr Jean Gagnon, Mgr Pierre-André Fournier, le Père jésuite Pierre Côté, et Mmes Andrée Cyr-Desroches, Denise Martel et Rolande Parrot. (apic/com/be)

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