«La culture de l’internet et l’Eglise»
Rome, 28 avril 2008 (Apic) Le Comité exécutif de la Commission épiscopale européenne pour les médias (CEEM), réuni au Vatican du 25 au 27 avril, a planché sur «La culture de l’internet et l’Eglise». Ses membres ont préparé la prochaine assemblée plénière 2009 qui se tiendra sur ce thème en mars prochain à Rome. Elle réunira les évêques présidents des Commissions épiscopales pour les communications sociales des Conférences épiscopales d’Europe ainsi que des experts.
La CEEM est une commission du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE) chargée de suivre l’évolution des médias et des communications ecclésiales, de soutenir l’action des Conférences épiscopales dans ce domaine, et de définir des lignes de politique médiatique.
La tâche d’approfondir le thème de l’Assemblée plénière 2009 a été confiée à Nicoletta Vittadini, professeur de sociologie de l’éducation à l’Université catholique du Sacré-Coeur de Rome.
La culture de l’internet est une culture de type réticulaire, a-t-elle remarqué. C’est un réseau horizontal de personnes qui dialoguent entre elle. Dans cette technologie horizontale, caractérisée par la capillarité (accès de l’usager individuel), la connectivité (possibilité d’entrer en relation avec d’autres usagers), la socialité (on parle de «social network»), le partage des connaissances et les relations entre individus sont centrales, note la spécialiste. Qui souligne que la «toile» (le «web» dans la terminologie anglo-saxonne) est née dans une culture techno-méritocratique, un monde qui accueille ceux qui apportent une contribution dont la valeur est établie par ceux qui appartiennent à la même communauté de «pairs».
Les caractéristiques de la «toile», qui commencent à avoir des effets sur la société, sont particulièrement visibles chez les jeunes, chez qui les phénomènes liés aux processus de définition de la valeur tendent à devenir de plus en plus horizontaux (celui qui définit la valeur n’est plus un adulte mais un réseau de «pairs»), et où les relations communicatives interpersonnelles tendent à être remplacées par un simple contact.
Naissance d’une nouvelle culture chez les jeunes
«Le but est le contact en lui-même, la communication est un prétexte, et non plus une fin. Il existe en outre une tendance à remplacer l’expérience du monde par l’expérimentation, autrement dit par la possibilité d’agir comme dans un espace virtuel. Mais quand l’expérimentation prend la place de l’expérience, elle peut devenir incontrôlée», insiste-t-elle.
De plus, la culture de la «toile» est une culture où le rapport avec l’autorité tend à ne plus être reconnu a priori. Les autorités présentes dans le monde réel doivent réacquérir de l’autorité sur la «toile». En 2009, les évêques d’Europe responsables des médias réfléchiront sur les effets de la culture de l’internet dans et sur la société, et dans et sur l’Eglise. Ils s’interrogeront sur la façon dont les chrétiens peuvent interagir avec cette culture et sur la contribution qu’internet peut apporter aux communautés chrétiennes dans le domaine du dialogue oecuménique et interreligieux.
L’Eglise doit repenser sa stratégie de communication
La complexité croissante du panorama médiatique demande, de la part de l’Eglise, une réponse qui ne soit ni simpliste, ni univoque, mais structurée et coordonnée à différents niveaux. Si l’Eglise est présente depuis longtemps dans le monde des médias (par ses publications, radio, TV et sites internet), elle est appelée aujourd’hui à repenser et à revoir sa stratégie de communication de façon à mieux coordonner ses ressources, relève pour sa part le Conseil Pontifical pour les Communication Sociales (CPCS). Qui estime qu’une authentique culture médiatique est de plus en plus nécessaire à l’intérieur de l’Eglise.
Une authentique culture médiatique de plus en plus nécessaire au sein de l’Eglise
Mgr Carlo Maria Celli, Président du CPCS, conçoit le service du Saint-Siège au monde de la communication à l’aide d’une série de chantiers en cours en 2008. En particulier: la formation des agents pastoraux de la communication; un dialogue constants avec les instances universitaires qui s’occupent des communications sociales pour mieux définir l’identité et la mission des Facultés de communications sociales des Universités catholiques; une meilleure connaissance de la réalité des radios catholiques; un effort renouvelé dans la réflexion théologique sur la communication; l’ouverture à de nouvelles formes de présence audiovisuelle ayant une portée internationale, comme le nouveau service d’information H2Onews (journal télévisé en plusieurs langues sur l’Eglise à Rome et dans le monde «dans la communion autour du successeur de Pierre», ndr); la proposition de nouvelles émissions en mondovision sur certains temps forts de la vie de l’Eglise, etc.
Ne pas oublier ceux qui sont en recherche
L’une des tâches fondamentales de l’Eglise est l’option préférentielle pour les grandes masses de personnes en recherche et qui ont soif de Dieu, selon le Conseil Pontifical pour les Communication Sociales (CPCS). «Les médias catholiques doivent être une présence, une compagnie constante, une proposition pour ces personnes qui sont à la recherche de Dieu», poursuit le président du CPCS. «Nous devons éviter de rester trop centrés sur nous-mêmes, de ne parler que comme des catholiques à d’autres catholiques, en oubliant tous ceux qui ne font pas partie de nos communautés et qui sont en recherche».
Face à l’attitude «unilatéralement critique» de certains moyens de communication, l’Eglise ne doit pas avoir peur: elle doit continuer à croire malgré tout dans le dialogue et dans l’écoute, selon l’ecclésiologie du Concile Vatican II. D’après les évêques responsables des groupes linguistiques régionaux d’Europe et leurs experts, on note certes une présence croissante de l’Eglise dans les médias et un nouvel intérêt pour la sphère religieuse. Mais «on constate aussi des situations problématiques».
Parmi celles-ci la révision des modalités d’accès au service audiovisuel public. Dans plusieurs pays, des dispositions récentes et la présence de nouvelles religions ont conduit à repenser la présence des émissions catholiques dans le service public; la banalisation de certaines cérémonies religieuses ayant un relief national ou international (mariage, funérailles.), présentées comme une sorte de débat télévisé où le caractère liturgique de la cérémonie passe au second plan; l’instrumentalisation de l’Eglise à des fins politiques, surtout dans les débats sur certains thèmes éthiques (fécondation, embryologie, euthanasie, défense de la vie, etc.); la présentation de l’Eglise comme une institution intéressée uniquement à défendre ses propres intérêts; une vision de la religion comme un obstacle au «vivre ensemble», surtout depuis les attentats terroristes de New York et de Londres.
Pour les rapporteurs des groupes de réflexion, il faut diffuser une image de l’Eglise basée sur le témoignage de ses fidèles et sur la présentation du message chrétien. Aujourd’hui plus que jamais, notent-ils, la cohérence et l’authenticité sont nécessaires. Les jeunes sont très intéressés à la religion et au style de vie qu’elle propose. Au cours de la rencontre, les évêques ont rencontré le Père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, qui a parlé notamment du dernier voyage du pape Benoît XVI aux Etats-Unis, et Silvia Costantini, cofondatrice du service d’information catholique H2Onews. Les participants ont pu apprécier la contribution de cette nouvelle agence au service de l’information catholique en Europe et dans le monde. (apic/com/ccee/be)
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