L’archevêque de Kirkouk parlera des chrétiens oubliés d’Irak

Fribourg: La Faculté de théologie de l’Université invite Mgr Louis Sako le 9 mai

Fribourg, 29 avril 2008 (Apic) «Nous avons besoin de votre solidarité, pas seulement en paroles, mais avec des actions concrètes, des petits projets en faveur de la population.», lance Mgr Louis Sako. L’archevêque chaldéen de Kirkouk sera l’invité, vendredi 9 mai, de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Il parlera de la communauté chrétienne d’Irak en proie aux menaces, aux attentats et aux enlèvements. Une grande partie d’entre elle a déjà, au cours des dernières années, fui le pays de ses ancêtres. Avec un espoir de retour de plus en plus ténu.

La Faculté de théologie, en coordination avec l’association humanitaire «Basmat al-Qarib» (Le sourire du prochain), qui promeut notamment des parrainages de familles en Irak (*), a invité Mgr Louis Sako le 9 mai prochain. De 17h à 19h, il donnera à l’auditoire C de l’Université de Fribourg, à Miséricorde, une conférence suivie d’une table ronde avec la participation de représentants de plusieurs organisations humanitaires. Le débat sera animé par Jacques Berset, rédacteur en chef de l’agence de presse catholique Apic.

L’archevêque chaldéen de Kirkouk – qui vit dans l’un des plus grands centres pétroliers du pays – parlera des chrétiens oubliés de l’Irak et de l’espoir qui s’évanouit d’un Irak moderne, ouvert, libéral et démocratique. Le pays, qui dispose pourtant de grandes richesses, s’enfonce tous les jours davantage dans le chaos et la misère.

L’insécurité créée par les groupes extrémistes et les criminels de droit commun a fait fuir une majorité des 1,2 million de chrétiens qui vivaient encore dans ce pays de 25 millions d’habitants. Ils ont quitté Bassora, où ils étaient peu nombreux, mais surtout Bagdad et Mossoul. Dans cette dernière ville, l’ancienne Ninive, située à quelque 400 km au nord de Bagdad, les chrétiens qui restent vivent dans la peur et songent à partir.

«La ville est en grande partie aux mains de résistants et de groupes terroristes sunnites qui contrôlent la majorité des quartiers. L’armée n’en contrôle plus qu’une petite partie. c’est devenu très dangereux pour nous», a déclaré ce mardi 29 avril Mgr Sako, joint par téléphone par l’agence Apic dans sa résidence épiscopale de Kirkouk.

L’enlèvement et la mort de Mgr Paulos Faraj Rahho ont semé peur et angoisse

Les chrétiens de Mossoul qui ne sont pas réfugiés à l’étranger se sont regroupés dans les villages chrétiens de la Plaine de Ninive, protégés par des milices financées par un ministre chrétien. «Les gens sont fatigués, désespérés, et ce sentiment ne touche pas seulement les chrétiens, mais c’est une minorité devenue très vulnérable. L’enlèvement le 29 février de Mgr Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul, retrouvé mort le 13 mars dernier, a semé encore davantage de crainte et d’angoisse au sein de la minorité chrétienne!»

A Bagdad et Mossoul, les attentats à la bombe, les voitures piégées, les enlèvements, les menaces constantes, font que les quartiers chrétiens se vident: il n’y a bientôt plus personne à la messe du dimanche. De nombreux prêtres – avec ou sans permission de leur évêque! – ont trouvé refuge à l’étranger, tant la situation est devenue intenable.

Mgr Sako, qui fêtera ses 60 ans en juillet prochain, est depuis novembre 2003 archevêque de cette métropole multi-ethnique du Nord de l’Irak. Kirkouk est revendiquée par les Kurdes, qui veulent en faire leur capitale. Fortement arabisée sous Saddam Hussein, la ville «kurde» est également peuplée d’Arabes, d’Assyriens et de Turcomans.

En invitant Mgr Sako et Mgr Jacques Isaac, recteur du «Babel College», la seule Faculté de théologie catholique en Irak, la Faculté de théologie de Fribourg veut apporter un soutien aux chrétiens d’Irak ainsi que promouvoir les échanges scientifiques et culturels. Elle s’intéresse aux activités de cette institution qui a dû quitter il y a un plus d’un an le dangereux quartier de Dora, à Bagdad, pour se réfugier à Ankawa, dans la banlieue d’Arbil (Irbil), au Kurdistan irakien.

La Faculté de théologie de Fribourg souhaite mettre sur pied des échanges et des collaborations avec ce Collège. A cette occasion, elle invite vendredi 9 mai à 10h00, Mgr Jacques Isaac, recteur du «Babel College», pour une rencontre avec les autorités de la Faculté de théologie. Une messe avec les évêques irakiens, pour la paix en Irak, sera célébrée en l’église St-Pierre de Fribourg le 10 mai à 17h30. JB

(*) Fondée en 2004, l’Association Basmat Al-Qarib oeuvre en Suisse pour promouvoir la coopération entre la Suisse et l’Irak dans les domaines des droits de la femme et de la famille. «En ce sens il est important pour Basmat Al’Qarib de faire connaître un autre regard que celui de l’horreur, un regard avec des perspectives ouvrant sur l’avenir du peuple irakien», déclare sa fondatrice, Soeur Lusia Shammas Markos, qui fait son doctorat à l’Université de Fribourg.

(**) L’Université de Fribourg est depuis longtemps attentive à la situation difficile que traverse le peuple irakien. Au cours de ces dernières années, plusieurs activités ont été réalisées, notamment un colloque sur la situation des femmes et des enfants irakiens, en novembre 2006. Une prise de position, signée par le doyen de la Faculté de théologie, le professeur Max Küchler, et par le recteur de l’Université, le Père Guido Vergauwen, a été envoyée au Saint-Siège le 10 août 2007. Une autre missive en faveur des droits des minorités ethniques et religieuses en Irak a été adressée à Micheline Calmy-Rey, cheffe du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). (apic/be)

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