Le Père Théodose Florentini, figure catholique du 19ème siècle

Suisse: Sur les traces d’un capucin réformateur social né il y a 200 ans

Père Nestor Werlen, pour l’Apic

Lucerne, 13 mai 2008 (Apic) Les communautés des Soeurs de Menzingen et d’Ingenbohl, ainsi que l’ordre des capucins s’apprêtent à célébrer le 200ème anniversaire de la naissance du Père Théodose Florentini, capucin de Müstair dans les Grisons. Grande figure du catholicisme suisse du 19ème siècle, ce religieux est le fondateur des deux Congrégations de Soeurs, l’initiateur de la réouverture du Collège de Schwyz et de la création de la Conférence des évêques suisses (CES).

Le 23 mai débutera l’année commémorative du 200ème anniversaire de la naissance du Père Théodose Florentini. Né à Müstair, dans les Grisons, le 23 mai 1808, Anton Crispin Florentini, en religion Théodose Florentini, est une des grandes figures du catholicisme suisse du 19ème siècle dont l’oeuvre persiste encore aujourd’hui tant au niveau de l’Eglise que de l’Etat.

Entré chez les capucins en 1825, le Père Théodose fut envoyé à Bolzano, Stans, Baden et Coire, avant de poursuivre ses études de théologie à Sion. Ordonné prêtre en 1830, il se vit confier la charge de maître des novices à Soleure en 1831. L’année suivante, il fut transféré à Baden où il enseigna la théologie et devient Gardien (Supérieur) du couvent. C’est pendant cette période qu’il élabore d’importants projets qui prendront forme plus tard: fondation d’une congrégation féminine destinée à l’enseignement et « Caritas ».

Expulsé de Baden en 1841, lors du recensement populaire, considéré comme agitateur, il effectua un court séjour en Alsace, puis revint à Altdorf. Curé de la cathédrale de Coire de 1845 à 1858, il était un missionnaire populaire et un écrivain ascétique. Nommé vicaire général de l’évêque de Coire en 1860, il mourut en 1865 à Heiden, en Appenzell Rhodes Extérieures (AR).

Fondateur « révolutionnaire »

Malgré certains déboires dans la réalisation de ses projets, le Père Théodose fut au 19ème siècle celui qui reconnut le caractère problématique de l’époque industrielle et qui essaya d’en soulager les maux.

Sa vision des « mendiants propriétaires de fabriques », – formulée par lui de la façon suivante: « Transformez les fabriques en couvents! » – était vraiment utopique. L’achat de la fabrique Camenzind, proche du couvent d’Ingenbohl, le transfert de l’imprimerie des Frères d’Ortenstein à Ingenbohl, l’acquisition de la fabrique de textiles à Oberleutensdorf, en Bohême et de la fabrique de papier à Thal (en 1864) étaient en soi des nobles causes, mais cela valut à la femme qui était le plus proche du capucin, la bienheureuse Mère Theresia Scherer, et à la jeune communauté d’Ingenbohl, un lourd endettement porté héroïquement durant des décennies. Malgré tout on peut dire ainsi que Karl Marx n’était pas le premier à reconnaître la misère sociale.

Aujourd’hui encore, et bien au-delà des frontières suisses, les deux communautés féminines qu’il fonda, l’une pour « l’éducation des jeunes filles et fillettes », l’autre pour les diverses activités de l’oeuvre de Caritas (soin des malades, orphelinats, homes pour personnes âgées, travail des enfants) sont de grande importance. La séparation des congrégations de Menzingen et d’Ingenbohl laissa des marques douloureuses, mais, vu la multiplicité des tâches, s’avérait inévitable. Florentini collaborait avec des femmes dont l’engagement permit l’épanouissement des deux congrégations: Maria Bernarda Heimgartner, la première Supérieure générale (1844-1863) des Soeurs de Menzingen, dont le procès de béatification est en cours, et Maria Theresia Scherer, la première Supérieure générale (1857-1888) des Soeurs d’Ingenbohl dont le pape Jean Paul II prononça la béatification en 1995. Les deux Congrégations sont actives, aujourd’hui, bien au-delà des frontières suisses. Leur fondement théologique est une spiritualité franciscaine, particulièrement tournée sur le mystère de la Croix.

Multiples activités

A côté de ses activités en Eglise et au couvent, Théodose Florentini trouve encore le temps d’écrire des livres, notamment une « Vie de Saints » en quatre volumes qu’il publia à Ingenbohl dans l’imprimerie qu’il avait créée. Il fut, en quelque sorte, un des premiers défenseurs de l’ « apostolat de la presse ». Parmi ses autres oeuvres d’importance figurent la réouverture du Collège de Schwyz en 1856, la fondation d’une association du livre en 1859 et la convocation de la première Conférence des évêques en 1863.

Un caractère bien trempé

Pour mener à bien ses projets, le capucin savait ce qu’il se voulait et soumettait facilement des collaboratrices et collaborateurs à rude épreuve. Poussé par un zèle insatiable, il ne pouvait tolérer l’attente et la tiédeur. Personnalité de grande envergure, il a suscité des émules, notamment au sein de son ordre, même si celui-ci était parfois réticent à l’égard de son oeuvre. Ainsi, le Père capucin argovien, Rufin Steimer (1866-1928) suivit les traces de Florentini et fonda Caritas Suisse. NW/JS

Encadré

Apprendre à connaître Florentini

(réd.) En l’honneur du Père capucin et réformateur social Théodose Florentini plusieurs activités auront lieu cet automne. Le 25 septembre, les 9 et 23 octobre et le 6 novembre sont organisés des cercles de lecture à l’Université de Lucerne qui éclaireront la personnalité du Père Théodose et les aspects importants de son oeuvre. (Chaque fois à 17.00 h, à la Pfistergasse 20. Entrée libre.) De plus, le samedi 15 novembre, à la Paulus-Akademie de Zurich (Carl-Spitteler-Strasse 38) aura lieu un symposium de toute une journée. Le programme est accessible chez les capucins suisses, Wesemlinstr. 42, 6006 Lucerne. Tél. 041 429 67 55. Courriel: luzern@kapuziner.org JS

Une photo du P. Théodose est disponible à l’agence de presse Apic:apic@kipa-apic.ch (apic/com/js)

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