Berne: Dissolution de l’association migratio, la Commission de la CES pour les migrants
Berne, 15 mai 2008 (Apic) L’Assemblée des membres de migratio a approuvé à la quasi-unanimité, mercredi 14 mai à Berne, la dissolution pour le 30 septembre prochain de cette Commission pour les migrants de la Conférence des évêques suisses (CES). Mais il n’y a cependant pas de retrait de l’engagement des évêques en faveur de la cause des migrants.
Si, comme l’ont voulu les évêques suisses, migratio à Lucerne disparaît comme association autonome au sens des art. 60 et suivants du code civil suisse, elle continuera cependant d’exister et de conseiller la CES en matière de pastorale des migrants.
Dès la fin de l’année le siège et le secrétariat de cette association seront transférés de Lucerne à Fribourg. Elle sera désormais directement rattachée à la CES. La réorganisation de migratio – dont la dissolution a été refusée mercredi par deux membres seulement – a déjà démarré il y a quatre ans, a précisé à l’Apic son président, l’ancien conseil national démocrate-chrétien tessinois Fulvio Caccia. Ce dernier devrait rester actif au sein d’un curatorium qui remplacera le comité de migratio et qui continuera d’épauler son travail.
En collaboration avec la Conférence centrale catholique romaine (RKZ) qui finance migratio, les évêques suisses avaient demandé un audit sur cette Commission fondée dans les années 60, à une époque où l’immigration était composée essentiellement de «travailleurs étrangers» venant d’Italie et d’Espagne. Aujourd’hui, l’immigration s’est fortement diversifiée et migratio prend en charge une quinzaine de Missions linguistiques (pour les Albanais, les Italiens, les Croates, les Polonais, les Slovaques, les Espagnols, les Tchèques, les Vietnamiens, les Coréens, les Philippins, les Portugais, les Slovènes, les Tamouls, les Hongrois), tandis que les Cambodgiens, les Laotiens, les Ukrainiens grecs-catholiques (uniates) sont visités régulièrement ou de manière sporadique par des prêtres étrangers.
Réorganisation nécessaire: la réalité des migrations change, les moyens stagnent
Fulvio Caccia rappelle qu’une réorganisation de migratio était nécessaire, notamment parce que les aumôniers travaillant dans les Missions linguistiques étaient traités «de façon substantiellement différente» – en général ils étaient moins bien payés – que les prêtres de paroisse. Pour traiter tous les prêtres de façon équitable, a-t-on estimé, il est nécessaire que les questions administratives concernant ces aumôniers soient réglées avec l’organisation administrative des Eglises cantonales où ces Missions ont leur siège, la fonction de migratio étant de suivre en particulier les Missions qui travaillent au plan national.
Etant donné la présence plus ou moins longue en Suisse de diverses communautés étrangères (dont les ressortissants sont déjà, dans certains cas, de la deuxième ou de la troisième génération), la Commission pastorale de migratio a dû établir des hiérarchies. Si les aumôniers sont mieux payés, ils sont désormais moins nombreux. Ainsi, des communautés comme les Polonais ou les Italiens, d’émigration plus ancienne, ont subi des réductions, car les moyens financiers disponibles ne sont pas extensibles. «Il a bien fallu une réallocation des moyens, car de nouveaux besoins émergent, et s’il faut ouvrir de nouvelles Missions, il faut bien trouver des moyens», admet Fulvio Caccia. Qui relève que les fonds destinés à migratio en provenance de la RKZ s’élèvent tout de même à 1,6 -1,7 million de francs par année. «Le budget défini en accord entre la CES et la RKZ est, sauf catastrophe, garanti pour les prochaines années!» Notons que le secrétaire général et directeur national de migratio Urs Köppel prendra sa retraite fin septembre prochain. JB
Encadré
Pour beaucoup, «l’émigration est le seul rêve qui leur reste»
Pour beaucoup de jeunes du monde entier, comme c’était le cas pour la jeunesse espagnole des années 60 dans l’Espagne du dictateur Franco, «l’émigration est le seul rêve qui leur reste», a souligné Don Miguel Blanco Perez, dans la partie thématique de la journée. Depuis 30 ans missionnaire pour les communautés de langue espagnole à Fribourg, coordinateur national pour ces Missions, Don Miguel a rappelé une époque où dans certaines régions d’Espagne, des villages se vidaient complètement de leurs hommes, les enfants étant confiés aux bons soins des épouses ou des grands-mères.
«C’est à partir de 1958 que commencent à arriver les premiers Espagnols en Suisse. Ils sont venus à Genève travailler dans un secteur très florissant à l’époque, l’industrie du tricotage. C’étaient des ouvriers qualifiés qui venaient de Catalogne», témoigne-t-il.
Durant les années 60 et 70, quatre régions – la Galice, l’Estrémadure, la Manche (terre de Don Quichotte) et l’Andalousie – ont perdu la moitié des places de travail dans l’agriculture à cause de l’émigration. Pour la seule Andalousie, la terre du flamenco, au sud du pays, un million et demi de personnes ont émigré, dont près de 100’000 en Suisse. A cette époque, l’émigration se nourrissait principalement des couches les plus pauvres de la population, notamment les journaliers agricoles qui cherchaient à fuir la misère des campagnes. «Puisque la révolution était pratiquement impossible à cause des représailles de l’Etat (franquiste, ndr), l’émigration semblait être la solution la plus encourageante», souligne Don Miguel. Et l’aumônier des immigrés de souligner que l’action de l’Eglise était alors très présente, des Missions catholiques espagnoles étant fondées un peu partout.
«En Suisse, comme dans le reste de l’Europe, les premiers émigrants peu formés constitueront les éternels manoeuvres, le sous-prolétariat permanent, qui n’aura pas beaucoup de possibilités d’ascension sociale. Le statut de saisonnier – ce dernier était soumis à l’obligation de ne séjourner que neuf mois en Suisse – rend l’étranger d’autant plus vulnérable». Dans ce temps-là, le saisonnier ne pouvait pas obtenir un bail à loyer, il ne pouvait quitter son employeur, faire venir sa famille en Suisse, et était souvent confiné dans des baraquements en bois en lisière de forêt ou en périphérie des agglomérations.
«Les saisonniers passaient un contrôle sanitaire qui pouvait s’avérer impitoyable. Déclarés inaptes au travail, ils étaient renvoyés immédiatement!» Don Miguel rappelle qu’ainsi à l’époque, la politique des étrangers était marquée par un système de rotation, leur admission étant essentiellement temporaire, la Suisse se refusant d’être vraiment un pays d’immigration. C’était également l’époque des initiatives populaires contre la surpopulation étrangère, «l’épouvantail Schwarzenbach», comme le qualifie Don Miguel. Certes, la situation est différente aujourd’hui, depuis l’entrée en vigueur des premiers accords bilatéraux avec l’Union européenne, qui a mis un terme au régime des saisonniers, dont l’abolition avait été refusée par le peuple suisse lors de la votation sur l’initiative «Etre solidaires» deux décennies auparavant.
Aujourd’hui, relève l’aumônier, beaucoup de migrants espagnols en Suisse sont retournés vivre en Espagne, leur contingent passant de 160’000 à 70’000 actuellement. «Dans les Missions catholiques de langue espagnole, au fur et à mesure qu’un bon nombre de migrants de la première génération rentrait au pays, surtout pour la retraite, dans la même proportion, et encore davantage, arrivaient des Sud-Américains – des «latinos» – en provenance de 23 pays. Ils ont deux références communes: la langue et la religion». A l’heure actuelle, dans les Missions espagnoles, ces derniers arrivés constituent souvent la moitié ou plus des fidèles, en particulier à Genève, Berne ou Zurich. Avec toujours les mêmes problèmes.
Comme le dit Don Miguel, «en plus de notre ministère sacerdotal, de l’administration des sacrements, moi comme mes confrères, nous sommes aussi des assistants sociaux, des médiateurs dans les conflits familiaux, des conseillers juridiques, des traducteurs à l’hôpital, chez le médecin ou le patron, voire au tribunal.» Les participants ont également goûté les réflexions sur «Migratio entre Babylone et Pentecôte» -, d’Alois Odermatt, de Steinhausen – qui participe depuis 30 ans à l’élaboration des documents sur la pastorale des migrants. (apic/be)
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