Genève : Non à la dérivation des eaux du fleuve Sao Francisco au Brésil
Par Michel Bavarel, pour l’Apic
Genève, le 15 mai (APIC) À 85 ans, Dom Tomas Balduino, évêque émérite du diocèse brésilien de Goiás, continue de défendre les petits paysans, s’opposant ainsi au président Lula accusé de favoriser l’agrobusiness. Invité par la Commission Tiers-monde de l’Eglise catholique (COTMEC) et le Centre catholique international de Genève (CCIG), il est venu à Genève pour alerter l’opinion sur le projet pharaonique de dérivation des eaux du fleuve Sao Francisco et promouvoir une alternative.
« Ce projet va contre le fleuve qui est en train de mourir et contre les populations qui vivent de ce fleuve. Contre également les habitants du « Nordeste » qui manquent d’eau. Au lieu de résoudre le problème, la dérivation l’aggrave. Cela revient à tirer le sang d’un patient qui est déjà aux urgences. Au bénéfice de la monoculture de la canne à sucre, pour fabriquer de l’éthanol qui alimente les moteurs, et de l’arboriculture pour l’exportation des fruits. »
La dérivation des eaux du Sao Francisco, deuxième fleuve brésilien après l’Amazone, qui court sur environ 3’000 kilomètres, suscite des oppositions. Un évêque, Dom Luiz Cappio, a même entrepris deux grèves de la faim, la première en 2005 et la seconde, de 24 jours, en novembre et décembre derniers. En vain. Le Tribunal suprême a décidé que, malgré les recours, les travaux ne devaient pas être paralysés. Ils se poursuivent donc, sous la protection de l’armée.
Comment, alors, garder l’espoir ?
« La cause n’est pas seulement celle de Dom Cappio. Celui-ci est devenu un symbole. Son geste a mobilisé une multitude d’organisations populaires. Et maintenant, elles avancent d’elles-mêmes. Elles se sont réunies à l’issue de la grève de la faim pour chercher à résoudre la question d’une manière créative. On ne se contente pas de se plaindre d’une situation négative, mais on veut promouvoir une alternative. Il s’agit de vivre d’une manière conviviale avec le milieu semi-aride, au lieu de lui imposer un système de monoculture, d’engrais chimiques et d’empoisonnement du sol ».
Les petits agriculteurs chassés dans les favelas
Un organisme gouvernemental, l’Agence nationale des eaux, avait élaboré un plan pour fournir de l’eau à 30 millions d’habitants de la zone semi-aride, grâce à de nombreux projets, comme la construction d’un million de citernes pour recueillir la pluie. Un plan abandonné en faveur de la dérivation du fleuve qui, selon Lula, devrait secourir 12 millions de personnes.
Ce choix s’inscrit dans un choix plus fondamental : le gouvernement de Lula néglige l’agriculture familiale au profit de l’agrobusiness, estime Dom Balduino. « Dès les débuts de ce gouvernement, on a vu que la réforme agraire ne progressait pas. On a fait une option en faveur du capital au détriment du social. Ce que Lula a fait dans le domaine social, c’est une assistance aux familles démunies, la ’bourse familiale’. Certes, la réforme agraire revient plus cher, mais elle offre un avenir à ceux qui obtiennent une terre, avec l’appui nécessaire ».
Une forte pression chasse les petits agriculteurs vers les favelas. On commence à sentir les effets de la crise alimentaire mondiale au Brésil. « Les multinationales, comme Monsanto qui produit des OGM – acceptés par le gouvernement de Lula – ne visent pas à vaincre la faim mais à faire du profit », souligne Dom Balduino. En octobre dernier, une autre multinationale, également engagée dans la production d’OGM, l’helvétique Syngenta, a été impliquée dans un violent incident. Des vigiles ont attaqué des militants qui occupaient un champ expérimental dans l’État du Paraná. Il y a eu deux tués, un occupant et un vigile et des blessés.
La trahison de Lula
« Ce n’est pas un cas isolé. On constate que c’est dans les zones où l’agrobusiness est le plus développé qu’il y a le plus de violence. C’est flagrant dans les champs de canne à sucre où l’on a découvert plus de la moitié, 3’000 sur 5’600, des victimes du travail esclave qui ont été libérés l’an dernier. Or Lula a décerné le titre de » héros » aux patrons des usines de sucre. »
Quand on demande à Dom Balduino s’il a le sentiment que le président a trahi la cause qu’il défendait autrefois, l’évêque ne récuse par le terme. « Oui, c’est une trahison. Cependant, Lula garde un fort soutien, grâce à son charisme, grâce aussi aux bourses familiales qui le rendent populaire dans les milieux pauvres. Cela lui vaut des millions de voix ».
Cependant, Lula perd certains appuis. C’est ainsi qu’une figure de l’écologie, connue bien au-delà du Brésil, la ministre de l’environnement Marina Silva, en place depuis 2003, vient de démissionner. « Il y a longtemps qu’on voulait sa tête, commente Dom Balduino. Avec son départ, l’Amazonie risque d’être encore plus livrée à ceux qui étaient freinés par sa présence et qui dévastent la forêt pour en retirer du bois, à ceux qui veulent la défricher pour faire des pâturages ou planter du soja. » (apic/mba/js)
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