Philippine: Un archevêque continue sa croisade contre le jeu, malgré un procès
Manille, 22 mai 2008 (Apic) Malgré le procès en diffamation auquel il doit faire face, un archevêque philippin a déclaré qu’il continuerait à dénoncer la promotion des jeux d’argent à laquelle se livre le gouvernement philippin. Il dénonce une nouvelle fois le cautionnement des autorités de ces jeux d’argent illégaux.
«Même les barreaux de fer de la prison ne peuvent pas m’empêcher de poursuivre ma croisade contre le jeu légal et illégal, qui est encouragé par ce gouvernement», a déclaré à l’Agence ENI Mgr Oscar Cruz, archevêque catholique de Lingayen, dans la province de Pangasinan.
Mgr Cruz a versé une caution de 10’000 pesos (235 dollars) le 14 mai pour sa libération après que le juge Antonio Rosales, de la Cour de justice régionale de Manille, eut lancé un mandat d’arrêt contre l’archevêque, le 12 mai.
Des employés de la société d’Etat chargée des jeux d’argent, la Philippine Amusement and Gaming Corporation, ont intenté un procès à l’archevêque pour avoir déclaré en 2004 que les membres féminins du personnel «devaient tout simplement se comporter comme de pitoyables GRO [guest relations officers]», c’est-à-dire des femmes d’accompagnement, lors d’une fête d’anniversaire organisée en l’honneur de José Miguel Arroyo, époux de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo.
Le bureau du procureur de la ville de Manille avait rejeté une première plainte déposée contre Mgr Cruz en 2004, mais le ministère de la Justice a contesté cette décision et, en 2008, a ordonné aux plaignants de lui intenter un nouveau procès.
Lors d’une interview par téléphone, le prélat de 74 ans a déclaré à ENI que les accusations de diffamation étaient encouragées par les «personnes au pouvoir» pour réduire au silence sa croisade contre le jeu. Il a déploré que le gouvernement de la présidente Arroyo encourage «une culture du jeu d’argent».
«Aujourd’hui, le jeu s’adresse à toutes les classes – il y a les casinos pour les classes supérieures, le loto pour les classes moyennes, et le bingo, les loteries locales et le jueteng [jeu de chiffres illégal] pour les classes populaires», a déclaré Mgr Cruz.
Le loto du pauvre
La société d’Etat Philippine Amusement and Gaming Corporation gère légalement les casinos et le loto, tandis que les gouvernements municipaux et provinciaux gèrent les loteries locales et le bingo, qui sont également légaux. Les recettes de la société des jeux sont reversées à un «fonds social présidentiel» que le bureau de la présidente Arroyo «redistribue» lorsqu’une catastrophe naturelle se produit.
Bien qu’il soit illégal, le jueteng, également appelé «le loto du pauvre», serait protégé par des personnalités locales et nationales, y compris dans l’armée et la police. Dans le passé, Mgr Cruz a dénoncé d’importants seigneurs du jueteng, qui étaient selon lui liés au couple Arroyo. La présidente et son mari ont nié les accusations.
Dans l’affaire en diffamation, l’archevêque Cruz a déclaré que quel que soit le verdict prononcé à son encontre, «le gouvernement Arroyo serait le perdant, car je m’élèverai d’autant plus contre ce vice du jeu». Pour sa part, le secrétaire à la Justice Raul Gonzales a déclaré aux médias : «Même un évêque ne peut se soustraire à la justice. Donc Mgr Cruz pourrait être emprisonné si la Cour le déclare coupable». (apic/eni/pr)
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