Rome: Crise entre le Saint-Siège et l’Argentine

Le cardinal Bergoglio «convoqué» au Vatican

Rome, 23 mai 2008 (Apic) Le cardinal Jorge Maria Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, a été convoqué exceptionnellement à Rome afin de résoudre la crise diplomatique que traversent le Vatican et l’Argentine. Le Saint-Siège a officieusement confirmé cette «convocation», le 23 mai.

Selon des sources argentines, le cardinal jésuite, président de la Conférence épiscopale de son pays dont le franc parlé irrite le gouvernement, devrait arriver à Rome le 24 mai. Au cours de sa visite au Vatican, il sera accompagné des deux vice-présidents de la Conférence épiscopale argentine et de son secrétaire général. L’objectif de cette visite est de préparer la venue à Rome, au début juin, de la présidente argentine, Cristina Fernandez Kirchner, dans le cadre du sommet de la FAO sur la crise alimentaire mondiale. A cette occasion, des représentants argentins et du Saint-Siège sont appelés à se rencontrer.

Malgré quelques espoirs d’éclaircies, le climat est extrêmement tendu entre l’Argentine, à 90% catholique, le clergé local très engagé politiquement et le Saint-Siège.

En novembre 2007, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, en voyage dans le pays, avait espéré «la résolution de ces problèmes avec la collaboration de tous». Il avait alors déclaré que la Conférence épiscopale d’Argentine était en train de chercher à nouer «le dialogue avec le gouvernement et à envoyer un message» à la nouvelle présidente Cristina Kirchner (élue le 28 octobre 2007). L’Eglise «implore la bénédiction de Dieu» pour la présidente élue, avait déclaré le cardinal secrétaire d’Etat, le jour de sa prise de fonction. Il lui avait aussi transmis un message de Benoît XVI dans lequel celui-ci espérait le «progrès matériel et moral de l’Argentine». Quant à la présidente, elle avait alors invité le pape à se rendre en Argentine.

Ambassadeur divorcé et remarié refusé

Mais, alors que les relations entre la nouvelle présidente et l’Eglise catholique semblaient sur la voie de la normalisation, une nouvelle affaire est venue ternir ces rapports. En avril 2008, le Saint-Siège a en effet fait savoir qu’il ne donnerait pas son accord à la désignation d’un nouvel ambassadeur d’Argentine auprès du Saint-Siège. Alberto Iribarne, ancien ministre de la Justice de Nestor Kirchner (époux et prédécesseur de l’actuelle chef de l’Etat), est catholique, divorcé et remarié depuis neuf ans.

Depuis, les tensions se sont multipliées. L’Argentine et le Saint-Siège n’arrivent pas non plus à trouver un accord pour le remplacement de Mgr Antonio Baseatto, évêque aux armées qui, en 2005, avait recommandé «de jeter à la mer avec une pierre au cou», le ministre de la santé de l’époque, Gines Gonzales Garcia, favorable à la dépénalisation de l’avortement.

Dernier épisode à cette crise diplomatique: la présidente argentine a décidé de mettre fin au traditionnel Te Deum dans la cathédrale de Buenos Aires qui, chaque 25 mai depuis 198 ans, venait saluer l’anniversaire de l’indépendance du pays. Cette cérémonie catholique devrait être remplacée par une célébration «multi-religieuse» dans la cathédrale de Salta, dans le nord du pays.

Selon le Père Guillermo Marco, actuel président de la pastorale universitaire de Buenos Aires et porte-parole durant de nombreuses années de l’archevêque de la capitale, cette décision est une réponse aux critiques récurrentes du cardinal Bergoglio à l’encontre du gouvernement. «Pendant longtemps, la seule institution qui a mis en garde contre les dangers de certaines tendances dans ce gouvernement et le précédent était l’Eglise catholique», a déclaré ce prêtre aux médias argentins. «Cette fuite de Buenos Aires (l’annulation du Te Deum dans la cathédrale de la capitale argentine, ndlr) est due, en partie, au mécontentement que suscitent au sein du gouvernement les homélies du cardinal», a-t-il ajouté. (apic/imedia/hy/bb)

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