Malgré les recommandations du rapport Bouchard-Taylor

Québec: Le gouvernement n’a pas l’intention de retirer le crucifix à l’Assemblée nationale

Québec, 26 mai 2008 (Apic) Le gouvernement du Québec n’a pas l’intention de retirer le crucifix à l’Assemblée nationale, malgré les recommandations du rapport Bouchard-Taylor. Ce rapporte porte le nom des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor – coprésidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles – qui ont rédigé une sorte de manifeste pour une société laïque et ouverte, alors que le Québec doit faire face à un certain malaise identitaire.

Ce rapport de quelque 300 pages, présenté jeudi dernier à la presse, contient 37 recommandations, dont une demandant que le crucifix soit déplacé du Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Réagissant à cette recommandation, le Premier ministre Jean Charest a relevé que le crucifix avait une très forte valeur symbolique et qu’il fallait le voir dans une perspective historique. Pour le Premier ministre québécois, le crucifix est un symbole de près de 400 ans d’histoire de cette province canadienne qui ne peut pas être effacé. Rappelons que durant ces près de 4 siècles, l’Eglise au Québec, avec toutes les communautés religieuses, a assumé la quasi- totalité des services sociaux, de santé et d’éducation de la province.

Les commissaires recommandaient que «le crucifix au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale soit retiré et replacé dans l’Hôtel du Parlement à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale».

«C’est notre histoire, on ne peut écrire l’histoire à l’envers», a lancé Jean Charest. «L’Eglise a joué un rôle important dans l’histoire du Québec et le crucifix est le symbole de cette histoire», a-t-il déclaré peu après la présentation des recommandations des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor, qui interviennent dans le cadre du débat entourant les «accommodements raisonnables» (*). Cette motion a été adoptée à l’unanimité des 100 députés présents à l’Assemblée nationale lors du vote.

Défendant leur position dans la société auprès de la Commission de consultation gouvernementale Bouchard-Taylor, les évêques catholiques avaient prôné la nécessité de maintenir une place pour la religion dans l’espace public, en plaidant pour une laïcité «ouverte». Notons que le gouvernement du Québec ne rejette pas l’ensemble des recommandations du rapport Bouchard-Taylor et le Premier ministre Charest a promis des mesures pour aider les administrations publiques à traiter les questions d’accommodement dans le respect de la laïcité des institutions québécoises.

La Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles a déposé son rapport au terme d’une vaste consultation de 15 mois. Le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard ont en effet tenu des consultations publiques durant plus d’un an à travers la province pour recueillir l’opinion des Québécois sur ce qui est appelé les «accommodement raisonnables». Ils suggèrent notamment au gouvernement du Québec de produire un livre blanc sur la laïcité, de promouvoir l’interculturalisme, de mieux intégrer ses immigrants et de les protéger plus efficacement contre toute forme de discrimination. La commission propose d’interdire le port de signes religieux aux titulaires de fonctions qui doivent incarner la neutralité de l’Etat, à savoir les magistrats, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison, le président et le vice-président de l’Assemblée nationale du Québec.

(*) «Accommodement raisonnable» est une expression juridique canadienne pour désigner différentes mesures destinées à minimiser la discrimination dont pourrait être victime un individu issu d’une minorité à l’intérieur de la société canadienne. Ce concept s’applique à plusieurs motifs de discrimination, dont le sexe, la grossesse, l’âge, le handicap et la religion. (apic/be)

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