Une maman et sa fille retenues sept semaines en zone de transit

Genève: L’aumônerie de Cointrin dénonce les conséquences de la loi sur l’asile

Michel Bavarel, correspondant de l’Apic à Genève

Genève, 28 mai 2008 (Apic) Pour que sa fillette échappe à l’excision, une Nigériane a fui son pays avec elle. Elles viennent de passer sept semaines dans la zone de transit de Cointrin. L’aumônerie oecuménique de l’aéroport dénonce les conditions de séjour dans cette zone.

La fillette a mal à la tête et aux yeux. Sa maman est également souffrante. Elles ont enfin pu quitter, le 20 mai, la zone de transit de l’aéroport de Cointrin. Au bout de sept semaines. Sept semaines à respirer l’air conditionné, à dormir dans un dortoir sans fenêtre, à manger une nourriture monotone – des pâtes avec une sauce ou un sandwich – et à vivre dans l’angoisse. Avec, pendant tout ce temps, deux seules sorties d’une demi-heure chacune, escortées par la police, le long de la piste où flottent des effluves de kérosène.

La maman, qui a fait des études universitaires, a voulu épargner à sa fillette de sept ans – son enfant unique – les affres de l’excision. D’autant, dit-elle, que l’opération, effectuée dans de piètres conditions d’hygiène, provoque souvent une infection qui peut aboutir au décès, issue fréquente selon elle. Toute la famille de son mari faisait pression. Son refus, ajoute la maman, l’exposait elle-même à la mort. Alors elle s’est enfuie avec sa fillette. Elles se sont cachées dans une église d’où l’on a organisé leur départ pour le Canada. Mais le voyage s’est arrêté à Genève.

Depuis le 1er janvier, à la suite de l’adoption par le peuple d’une nouvelle loi sur l’asile, la procédure peut se dérouler entièrement à l’aéroport – pour la minorité de requérants qui arrivent par avion – et le séjour durer jusqu’à deux mois, au lieu de trois semaines auparavant. Seulement, les conditions de vie n’ont pas été adaptées. Il n’y a aucune autre activité qu’un poste de télévision et le lèche-vitrine. Il existe bien une garderie, mais elle ne reçoit les enfants que jusqu’à cinq ans.

« Nous sommes inquiets »

Cette maman et sa fillette n’ont pas été, bien sûr, les seules « pensionnaires » de la zone de transit. A plusieurs reprises, l’aumônerie oecuménique de l’aéroport a protesté auprès de l’Office fédéral des migrations (ODM). « Nous sommes plus inquiets que les mots pourraient l’exprimer pour les requérants d’asile », écrit-elle encore dans un récent courrier. Jusqu’à présent, l’ODM se borne à annoncer, pour le futur (sans doute pas avant des mois), de « nouveaux équipements et des locaux spacieux ». Ainsi qu’un accès téléphonique et une certaine somme d’argent de poche (dans les centres d’enregistrement, comme celui de Vallorbe, les requérants reçoivent déjà 3 francs par jour).

Actuellement, les requérants retenus à Cointrin ne touchent pas un centime et ne peuvent téléphoner qu’en Suisse. Ce qui limite leurs moyens de se défendre. La demande d’asile de cette maman et de sa fillette a été rejetée, de même que leur recours, pour lequel on ne dispose que de cinq jours. L’autorité estime qu’elles pourraient se rendre dans une autre région du Nigeria. Cependant, Michel Ottet, de l’association ELISA-ASILE, a contesté le maintien dans la zone de transit. Et le Tribunal administratif fédéral lui a donné raison.

C’est ainsi que la maman et sa fille se retrouvent aujourd’hui au Centre des Tattes qui, à Genève, accueille les déboutés de l’asile. Elles ont fait l’objet d’une décision de renvoi définitive et exécutoire et sont munies d’une attestation de délai de départ et d’aide d’urgence. Elles ont touché 275 francs, pour elles deux, pour deux semaines et doivent se présenter chaque quinze jours à l’Office de la population. D’autres démarches juridiques vont être tentées. Et les aumôniers continuent de les accompagner… (apic/mba/bb)

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